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Intelligence artificielle lutte contre le crime

Intelligence artificielle : Un algorithme anti-criminalité

Et si la police pouvait connaître à l’avance le lieu d’un crime? Une possibilité bien réelle avec ce nouvel outil de l’intelligence artificielle mis au point par une équipe de chercheurs américains.

2054 à Washington DC : des humains mutants prédisent les crimes et permettent d’en arrêter les futurs auteurs grâce à leur don de précognition. Tel est le « pitch »du film Minority report sorti en 2002 et qui oscille en permanence entre l’utopie et le cauchemar absolu d’une société sous contrôle.

2022 à Chicago : Ishanu Chattopadhyay et son équipe de chercheurs ont créé un algorithme capable de prédire une semaine à l’avance le niveau de criminalité qui pourrait se développer dans une zone précise. Avec des résultats fiables à près de 90%!

L’Intelligence artificielle, nouveau prophète?

Pour arriver à ce taux de précision absolument stupéfiant, la zone urbaine a d’abord été divisée en carrés de 300 mètres de côté. Les chercheurs ont ensuite fait travaillé leur algorithme sur les données concernant la criminalité de la ville de 2014 à 2016 et ce dernier a prévu avec succès le niveau de criminalité pour les semaines suivantes. Ces performances se sont répétées dans les sept autres grandes villes des Etats Unis qui ont été étudiées.

Face à ce niveau de résultats, la question qui se pose désormais est l’utilisation qui doit être faite de ce type de modélisation. Elle pourrait devenir un auxiliaire de prévention pour garantir la sécurité des biens et des personnes, mais ne pourrait-elle pas également devenir un outil de contrôle implacable, en pointant notamment certaines populations?

C’est la principale critique faite aux Etats Unis où un précédent algorithme a déjà été testé par la police de Chicago. Conçu pour repérer les personnes les plus à risque d’être impliquées dans une fusillade, il a dressé une liste qui comprenait 56% d’afro-américains entre 20 et 29 ans, créant selon certains un véritable risque de discrimination raciale…

Focus sur un lieu et non sur un suspect.

Pour le chercheur Ishanu Chattopadhyay, son algorithme présente toutefois une différence essentielle : ses prédictions ne concernent que des lieux et non pas d’éventuels suspects. Leur exploitation pourraient donc contribuer à mettre en place une véritable politique sécuritaire dans certaines régions qui irait bien au-delà de l’aide apportée aux policiers sur le terrain.

Les études de cette équipe de Chicago ont par ailleurs mis en évidence que le nombre d’arrestations étaient plus élevé dans les quartiers les plus riches, signe d’une activité policière plus importante. De là à y voir une autre forme de discrimination…

boîte noire traque le crime

La boîte noire traque le crime

Embarquée depuis 1960 dans les avions de ligne, la boîte noire a fait son apparition dès le 6 juillet 2022 dans les véhicules neufs fabriqués dans l’Union Européenne. Si certains y voient un véritable « mouchard », ce dispositif est avant tout une précieuse source d’informations en cas d’accidents, de faits délictuels ou criminels.

Système d’alerte à la somnolence, de détection en marche arrière ou d’adaptation intelligente de la vitesse… La voiture est devenue en quelques années un petit bijou de technologie généralement apprécié par les conducteurs. La mise en place de cette fameuse boîte noire qui n’est pas sans rappeler celle qui équipe le cockpit des avions, suscite en revanche beaucoup moins d’enthousiasme, le dispositif étant jugé trop intrusif.

Un enregistrement limité à quelques données.

Une inquiétude infondée car cet équipement n’a pas pour vocation d’épier le moindre fait et geste du conducteur et de ses passagers le temps du parcours. Contrairement au boîtier embarqué dans un avion, il n’enregistre aucun son ni conversation. De même, aucune donnée ne peut être utilisée afin d’identifier les personnes qui se trouvent à bord du véhicule ou encore évaluer la conduite du conducteur en enregistrant par exemple la fréquence des accélérations ou des freinages.

Son but ? Tout simplement d’analyser ce qui s’est passé en cas d’accident. A cet effet, le boîtier enregistre des données purement objectives telles que la vitesse, la force de collision, la pression sur l’accélérateur ou le frein, l’action des systèmes de sécurité (ABS), le port de la ceinture… La puce électronique utilisée pour enregistrer ces données ne retient que les 30 secondes précédant l’accident et les 15 secondes qui suivent.

Un accès strictement réservé aux autorités

Pas question non plus de partager ces données avec les compagnies d’assurance comme le craignent certains usagers ! Seuls les autorités judiciaires ou les instituts de recherche pourront y avoir accès pour tirer au clair les circonstances d’accidents aux conséquences souvent tragiques comme en témoigne cette affaire qui s’est déroulée sur le périphérique parisien.

Le 21 février 2013, au terme d’une course poursuite à 150 km/heure, Malamine TRAORE, âgé de 22 ans au moment des faits, encastrait son 4×4 Range Rover dans un véhicule sérigraphié de la BAC, tuant sur le coup deux fonctionnaires de police et en blessant grièvement un troisième.

Au-delà de ses nombreuses condamnations pour des délits routiers, d’une absence de permis de conduire et d’une alcoolémie à 1,4 g, l’analyse de la boîte noire qui équipait le véhicule a démontré que le chauffard n’avait jamais retiré son pied de l’accélérateur ou entamé une quelconque manœuvre d’évitement, et ce même si celui-ci a toujours nié avoir délibérément percuté la voiture de police. Jugé pour « violence volontaire sur personnes dépositaires de l’autorité publique ayant entraîné la mort sans intention de la donner », il a été condamné en appel à 15 ans de réclusion criminelle.

Nul doute qu’à l’avenir, ces enregistreurs de données automobiles pourront contribuer, avec les autres éléments matériels liés aux véhicules, à résoudre de nombreuses affaires délictuelles ou criminelles.

ADN environnemental article police scientifique Forenseek

Gendarmes français en Ukraine : leur mission, l’identification des victimes

L’Ukraine et de nombreuses ONG construisent un dossier pour traduire la Russie devant la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. Le 11 avril 2022, une équipe de 18 gendarmes de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN) s’est rendu en Ukraine afin d’assister leurs homologues dans la difficile mission d’identification des victimes de catastrophes. L’AFP a pu échanger avec le Général de Division Patrick TOURON commandant du Pôle Judiciaire de la Gendarmerie Nationale.

Les gendarmes français dépêchés lundi en Ukraine ont pour mission première d’identifier les victimes et de déterminer les causes de leur mort, a expliqué lundi à l’AFP le général Patrick Touron, commandant du pôle judiciaire de la gendarmerie. « Cette équipe de dix-huit gendarmes de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN) est essentiellement composée de spécialistes de
l’identification, renforcés de deux balisticiens et d’un spécialiste en explosifs », a détaillé le général.
Leur mission a une durée « indéterminée », mais des relèves sont d’ores et déjà prévues. « Dès mardi, ils seront à Kiev, lieu de leur mission pour l’instant », a poursuivi le général.

L’IRCGN est une des seules structures techniques en Europe capable de se projeter

en deux heures sur un théâtre d’opérations

Général de Division Patrick TOURON

Ils y seront « encadrés par les forces de sécurité ukrainiennes » et travailleront avec leurs homologues ukrainiens. « L’IRCGN est une des seules structures techniques en Europe capable de se projeter en deux heures sur un théâtre d’opérations », qu’il s’agisse d’un théâtre de guerre (au Mali, notamment) ou d’une catastrophe naturelle (tsunami de décembre 2004), a fait valoir le général Touron. Outre le laboratoire mobile destiné aux analyses ADN, l’équipe est partie avec sept véhicules, dont un camion transportant douze « chambres mortuaires à froid » pour conserver les corps autopsiés. Elle est totalement autonome car dotée de moyens lui permettant d’être fournie en électricité notamment.

Nous sommes là-bas pour les victimes, pour aider les familles à trouver leurs

proches, examiner les corps pour déterminer les causes de la mort

a insisté le
Général, en soulignant qu’il s’agissait une coopération entre la France et l’Ukraine

Par la suite, a-t-il dit, « une structure internationale sera mise en place à mesure que d’autres pays enverront sur place des équipes » pour participer aux identifications et à l’enquête de la Cour pénale internationale (CPI) sur les « crimes de guerre » commis en Ukraine. Dimanche, la justice ukrainienne a affirmé que 1.222 personnes avaient été tuées dans la région de Kiev depuis le début de l’invasion, sans préciser s’il s’agissait uniquement de civils. Les images de vingt cadavres vêtus de vêtements civils dans une rue à Boutcha, dans le nord-ouest de Kiev, ont fait le tour du monde. Les autorités ukrainiennes ont dénoncé un « crime de guerre » de l’armée russe, que Moscou a aussitôt démenti. Vendredi, le président Emmanuel Macron avait affirmé que la France était en train de « rassembler les preuves » contre « des crimes de guerre des Russes » en Ukraine et avait annoncé l’envoi de gendarmes et magistrats français dans le pays.

ADN environnemental article police scientifique Forenseek

Traquer l’invisible grâce à l’ADN environnemental

L’ADN est partout, dans l’eau, la terre et même dans l’air! Et les scientifiques disposent désormais de méthodes d’analyse capables de capter et de séquencer cet ADN environnemental.

Grâce à des progrès importants au niveau de la PCR (Polymerase Chain Reaction) et du séquençage, la technique de l’ADNe ou ADN environnemental a désormais le vent en poupe. Dernière prouesse en date dans un domaine qui repousse sans cesse les limites: la captation et le séquençage de l’ADN présent dans l’atmosphère. 

L’ADN environnemental : une technique fiable et non invasive.

Le principe de l’ADNe repose sur la capacité qu’ont tous les êtres vivants, à laisser sur leur passage des fragments d’ADN provenant de l’urine, des fèces, des poils, des écailles, des sécrétions…Ceux-ci se retrouvent ensuite dans l’environnement :  l’océan, l’eau d’un lac ou d’une rivière, le sol, les sédiments et comme l’ont démontré deux études réalisées dans des parcs zoologiques, dans l’air ambiant. Ces traces constituent une source d’informations précieuses pour identifier la présence ou le passage de certaines espèces, de l’infiniment petit comme les bactéries ou les virus aux espèces particulièrement discrètes ou rares qu’il est difficile, voire impossible, de répertorier avec les méthodes classiques. L’autre intérêt et non le moindre de la technique de l’ADNe, c’est le fait qu’elle soit non-invasive. Il suffit en effet de prélever une petite quantité du milieu dans lequel  évoluent les espèces que l’on souhaite étudier sans avoir à intervenir sur les individus eux-mêmes. 

De la simple trace au barcoding.

Une fois prélevés, les échantillons d’eau ou de terre sont envoyés en laboratoire pour analyse.  Le protocole, qui comporte pas moins de quatre étapes, exige la plus grande rigueur de la part des scientifiques afin d’éviter les risques de contamination. 

La première étape consiste à isoler les molécules d’ADN grâce à des méthodes de biologie moléculaire (par précipitation et centrifugation) désormais bien maîtrisées et largement automatisées, ce qui a permis d’en faire baisser le coût. Dans un deuxième temps, cet ADN est amplifié par PCR afin d’en obtenir des quantités suffisantes pour pouvoir le séquencer.

Le séquençage ADN permet de déterminer la séquence ADN correspondant à une espèce, c’est à dire le fragment de nucléotides qui la caractérise et la différencie des autres. Ces séquences sont ensuite répertoriées dans des bases de données internationales selon le concept du barcoding moléculaire inventé en 2003 par Paul Hebert, zoologiste et écologue canadien. Classés sous la forme de code-barres et intégrés dans un système informatisé, les fragments d’ADN peuvent être ainsi facilement comparés et identifiés en un temps record. 

Un  vaste champ d’application.

En quelques années, la technique de l’ADN environnemental est devenu un outil particulièrement apprécié des chercheurs pour l’étude de la biodiversité. Grâce à l’analyse des prélèvements, il est en effet possible d’identifier et de quantifier les êtres vivants présents dans les milieux naturels, de suivre les espèces rares ou en danger ou au contraire de surveiller l’émergence d’espèces exotiques envahissantes susceptibles de déséquilibrer l’environnement. Plus étonnant encore, l’analyse d’un simple échantillon de miel est capable de recenser toutes les espèces végétales butinées par les abeilles alors que l’ADN piégé dans quelques grammes de sédiments permet de remonter le temps, révélant quelles espèces peuplaient certains territoires il y a des milliers d’années. 

Enfin, tout récemment, cette technique a apporté une contribution significative à la lutte contre la pandémie de Covid 19. Dans ce cas, c’est l’ARN viral qui a été traqué dans les eaux usées, permettant de quantifier la présence du virus et par conséquent de mieux anticiper l’évolution de l’épidémie. A l’avenir, cet outil pourrait également servir à repérer en amont l’apparition de nouveaux variants.  En attendant de nouvelles applications, toutes aussi fascinantes, dans bien d’autres domaines. 

Sources :

https://planet-vie.ens.fr/thematiques/ecologie/l-adn-environnemental-un-nouvel-outil-pour-espionner-les-especes-sauvages
https://www.ofb.gouv.fr/actualites/ladn-environnemental
https://www.notre-planete.info/actualites/4354-ADN-environnemental-biodiversite
https://www.lemonde.fr/sciences/article/2022/03/16/detecter-l-arn-environnemental-pour-suivre-l-epidemie-de-covid-19_6117759_1650684.html
https://www.encyclopedie-environnement.org/vivant/metabarcoding-codes-barres-adn-caracteriser-biodiversite/

La preuve absolue n’existe pas

Ce chemin qui remonte de l’acte criminel à son auteur est ce qu’on appelle la preuve. Elle est – à des titres divers – la préoccupation quotidienne des enquêteurs, des organes de poursuite et des juges. Sa nature essentiellement rétrospective en fait la difficulté, l’imprévisibilité, l’incertitude. On ne remonte pas le temps comme ça. Des années de cours d’assises m’ont enseigné que le chemin qui sépare la preuve la plus spectaculaire d’une déclaration de culpabilité est mystérieux : on croit la tenir, elle s’échappe, elle semble obscure, elle s’impose. « Toi qui pénètres ici, méfie-toi : la preuve absolue n’existe pas » pourrait être l’avertissement gravé au fronton des laboratoires de criminalistique. Et pour cause.

Quand c’est trop beau pour être vrai 

Il venait de tuer le vieil amant qui avait refusé de céder à ses exigences financières quand, pris de remord, il avait alerté la police pour qu’on tente de lui prodiguer les soins qui, pensait-il, pourrait le sauver. Sans révéler son nom, il avait pris la fuite avant l’arrivée des secours. Arrêté peu après et confronté à l’enregistrement de son message, il avait reconnu les faits mais une partie de la procédure qui contenait ses aveux fut annulée. A la reprise de l’instruction, il avait décidé de changer son système de défense et de nier les faits, position qu’il avait maintenue jusqu’à son procès. Le président décida de lui laisser longtemps la parole au cours de son interrogatoire de personnalité pour que chacun puisse se familiariser avec le son de sa voix. Vint alors le moment de l’examen des faits et la diffusion de son message enregistré par les services de police.

Lors de la suspension qui est un moment de détente et d’échanges informels, tous les juges et jurés avaient parfaitement reconnu la voix de l’accusé. L’affaire était pliée. Sauf que…

Sauf qu’à la reprise, et pour enfoncer le clou, le ministère public avait sollicité la rediffusion du message accablant, ce qui fut fait. Vint la suspension suivante qui vit l’un des jurés pris d’un doute. A la requête de la partie civile, on rediffusa le message, mais à la coupure d’après, ils étaient trois à s’interroger.
Autant dire que sollicité une dernière fois d’ordonner la rediffusion du message enregistré, le président, instruit par l’expérience, s’en garda bien. L’accusé dont seuls les professionnels avaient connaissance des aveux rétractés, aurait probablement été acquitté si l’on s’était éternisé à rediffuser son appel.

Plus une preuve semble définitive, plus on doit s’en méfier


Sa coupe de cheveux très particulière à l’époque, était reconnaissable entre mille : rasé tout autour de la tête, ne laissant apparaître qu’une brosse ovale de cheveux noirs et drus sur le front haut, mince et élancé, aucun de ces détails n’échappa à la vidéosurveillance du parking sous-terrain dans lequel il avait pénétré à visage découvert pour commettre son forfait. Il fut acquitté.

Quelle plus belle preuve que de voir la victime désigner elle-même son tueur avec son propre sang, qui plus est, en commettant une faute d’orthographe dont elle était coutumière ?! La condamnation de l’accusé ne fit pourtant pas obstacle au mouvement qui, invoquant une erreur judiciaire, aboutit à la grâce du condamné.

Combien de chances avez-vous de vous tromper dans l’identification de cette empreinte génétique, demande-t-on fréquemment à l’expert ? Une sur un milliard, environ, répond-il. Jusqu’au jour où l’on s’aperçoit, ce qui est arrivé sous mes yeux, qu’une erreur matérielle contenue dans l’expertise dictée à la va-vite, avait faussement désigné l’accusé.

Les exemples de la sorte abondent et l’on pourrait en tirer une première leçon : plus une preuve semble définitive, plus on doit s’en méfier.

Progresser encore et encore

Tout ceci ne saurait dissuader les techniciens et experts de chercher en permanence à perfectionner les techniques de recherche et il faut bien reconnaître que depuis la découverte de la dactyloscopie, le chemin parcouru qui a permis d’identifier les criminels ou de mettre hors de cause les suspects est impressionnant.

La recherche scientifique est permanente et on ne soupçonne probablement pas quels progrès futurs vont encore éclairer la vérité.

Mais aussi loin que l’on puisse progresser, il est une solution de continuité qui séparera toujours l’administration de la preuve de la déclaration de culpabilité et engendrera parfois la frustration du meilleur limier, c’est celle du travail de la raison.

Sans reprendre in extenso la déclaration qu’adresse aux jurés le président de la cour d’assises à la fin des débats, avant que la cour se rende dans la chambre des délibérations, il convient toutefois d’en citer ce passage contenu dans le plus bel article du code pénal, l’article 353 qui postule la liberté de la preuve et l’intime conviction : « …la loi…prescrit [aux juges]…de chercher…quelle impression ont faites sur leur raison les preuves rapportées contre l’accusé et les moyens de sa défense… ». Aussi parfaite que soit la preuve, sa démonstration exigera donc toujours un travail de la raison sans lequel aucune décision de culpabilité ne peut être prononcée. Or, il n’est rien de plus incertain que la raison, même si la collégialité en atténue fortement l’aléa.


Les difficultés d’un délibéré 

Il est, par exemple, particulièrement difficile de se prononcer sur l’intention homicide. Que signifie : donner volontairement la mort ? Doit-on sonder la pensée exacte de l’accusé au moment précis d’un acte auquel il ne pensait peut-être pas l’instant d’avant et qu’il va regretter aussitôt son forfait commis ? Voulait-il vraiment donner la mort ? C’est, à l’évidence impossible. Il va donc falloir déterminer si la mort est la conséquence matérielle logiquement prévisible d’un acte commis par une personne consciente et lucide.

De même les traces d’ADN désignant un accusé sur les sous-vêtements de la plaignante d’un viol, aussi catégoriques soient-elles, ne dispenseront jamais d’une interrogation sur le consentement, ni les traces de défense constatées sur les poignets de celle-ci, sur les origines et circonstances de la lutte.

Sans oublier et c’est peut-être l’essentiel, qu’un procès – où le doute profite à l’accusé – est l’exercice singulier qui commande aux juges de déterminer ce dont ils sont sûrs, d’agissant de faits auxquels ils n’ont pas assisté.

Toujours les fondamentaux 

Les enquêteurs et experts n’ignorent rien de tout cela, bien sûr. Mais à cette démarche rétrospective qui est leur lot, va en succéder une autre, prospective cette fois, qui est précisément la mission de cette interface qu’est le parquet et qui consiste à évaluer, avec toutes les précautions possibles vu l’incertitude qui caractérise la démarche des juges, et à garantir la qualité de la preuve que l’autorité de poursuite va leur soumettre.

Dans cette chaîne procédurale incertaine et, à vrai dire, assez vertigineuse qui, partant de la constatation du drame, doit conduire avec suffisamment de certitude à l’identification du criminel et à la répression du crime, il convient que chacun ait une pleine conscience du rôle qui est le sien et de la place qu’il occupe.

Reconnaissance faciale guerre en ukraine forenseek

Reconnaissance faciale : une technologie à double tranchant

Les zones de conflit sont souvent l’occasion de tester et d’utiliser des nouvelles technologies. C’est le cas de la reconnaissance faciale qui va être utilisée par l’Ukraine à des fins d’identification. Pour le meilleur ou pour le pire ?

Dans son roman 1984, George Orwell avait imaginé le personnage « Big Brother » dont l’oeil surveille en permanence la population. En 2022, Big Brother a pris la forme de la reconnaissance faciale qui s’installe peu à peu dans nos sociétés même si elle n’a pas toujours bonne presse.

Dans le cadre de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, cette technologie mise à la disposition des autorités ukrainiennes par la Start-up Clearview AI, a pour but d’identifier les réfugiés qui se présentent aux points de contrôle ainsi que les personnes décédées dans les combats mais également de débusquer les agents russes qui essaieraient de s’infiltrer. Le moteur de recherche de Clearview AI dispose pour cela d’une base de données de plus de dix milliards de photos, alimentée notamment par les réseaux sociaux.

Entre biométrie et Intelligence Artificielle.

La reconnaissance faciale permet d’analyser les différentes caractéristiques d’un visage en associant plusieurs technologies : la biométrie, l’Intelligence Artificielle et la cartographie 2D ou 3D. En pratique, il suffit d’isoler le visage d’un individu à partir d’une photo ou d’une vidéo puis d’en analyser les spécificités (distance entre les yeux, taille et position des oreilles, forme des lèvres…). Les logiciels de reconnaissance faciale peuvent analyser jusqu’à 80 de ces caractéristiques, encore appelées points nodaux. Ces données sont ensuite utilisées pour créer un code numérique ou empreinte faciale qui est propre à chaque individu comme le sont les empreintes digitales. Cette empreinte peut alors être comparée à une base de données renfermant des millions d’autres visages cartographiés de la même manière. Grâce à un réseau de neurones artificiels qui s’inspire du cerveau, le Deep learning (que l’on peut traduire par « apprentissage profond »), les algorythmes de la machine ont appris à reconnaître les visages humains et peuvent à priori faire coïncider sans erreur l’empreinte proposée avec la photo correspondante.

Un outil d’exception en matière de sécurité.

Même si on ne le sait pas toujours, l’usage de la reconnaissance faciale gagne du terrain. Elle est en effet de plus en plus utilisée par les autorités, en particulier pour la surveillance dans les aéroports et aux frontières.

Aux États-Unis où aucune loi ne régit la collecte et le stockage des données personnelles, le FBI dispose déjà d’une base de 650 millions de photos collectées dans les aéroports et les réseaux sociaux. Dans de nombreuses villes américaines, les forces de l’ordre sont également équipées de caméras corporelles qui permettent la reconnaissance faciale en temps réel. Il leur suffit de prendre en photo un conducteur ou tout individu suspect et d’interroger les bases de données à leur disposition pour savoir si celui-ci est fiché.

La police française dispose quant à elle d’un fichier intégrant la reconnaissance faciale appelé TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires). Il regroupe les informations provenant des rapports d’enquêtes et d’interventions et renferme à ce jour plus de 8 millions de photos. Sa consultation est encadrée juridiquement et doit être limitée aux enquêtes pour crimes et délits ainsi qu’à la recherche de personnes disparues. Le système de reconnaissance faciale PARAFE est par ailleurs déployé dans quelques gares et aéroports particulièrement sensibles.

Cette technologie représente sans aucun doute un outil intéressant pour la sécurisation des grands événements, la recherche de fugitifs ou l’identification d’individus dangereux. La France reste toutefois très prudente quant à son utilisation. Si la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) a autorisé en 2019 la ville de Nice à une expérimentation pendant son Carnaval, les organisateurs des Jeux Olympiques 2024 semblent en revanche avoir définitivement écarté cette solution pour en garantir la sécurité.

La vie privée sous surveillance ?

Une prudence qui n’a rien d’une lubie. Car au-delà des difficultés évidentes à en contrôler l’usage et les abus éventuels dans les zones de guerre, la reconnaissance faciale pose d’emblée une question essentielle : comment protéger sa vie privée et ses données personnelles si l’on risque sans le savoir d’avoir son visage intégré dans ce type de logiciel ?

En effet, de nombreuses entreprises et plateformes internet ont déjà intégré un système de reconnaissance faciale dans leur technologie. C’est le cas d’Apple qui le propose pour déverrouiller leurs smartphones mais aussi de Twitter, Facebook, Google…. Ce qui a déjà permis à la Société Clearview AI, celle-là même qui vient d’équiper les ukrainiens, d’aspirer plusieurs milliards de photos, vidéos et données personnelles. Avec des conséquences qu’il est encore difficile de mesurer.

Sources :

https://www.lesnumeriques.com/vie-du-net/l-ukraine-utilisera-la-technologie-decriee-de-reconnaissance-faciale-clearview-ai-n178367.html

https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-protection-donnees

https://blog.digitalcook.fr/reconnaissance-faciale/#:~:text=La%20reconnaissance%20faciale%20est%20un%20algorithme%20logiciel%20utilis%C3%A9,lesquelles%20le%20visage%20de%20la%20personne%20est%20visible.

Expertise en résidus de tir en Police Scientifique

L’expertise en résidus de tir – À la recherche de microparticules pour confondre un suspect

Lorsqu’un tir par arme à feu se produit, un nuage de résidus de tir va se former et s’échapper de l’arme par les différents orifices. Les particules produites, de l’ordre du millième de millimètre et de forme globulaire, vont se déposer sur les mains et les vêtements du tireur, mais également sur tout objet/personne présent aux alentours.

Prélèvement de résidus de tir

C’est à ce titre que l’expertise en résidus de tir trouve sa principale application, à savoir confondre un individu suspecté d’avoir tiré, voire d’avoir été présent à proximité du tir, et pour lequel on retrouve des particules pouvant être attribuées à des résidus de tir.

Analyse des résidus de tir par la Police scientifique - Forenseek
Photographies en microscopie électronique à fort grossissement de particules de résidus de tir. L’aspect globulaire est bien visible.

Ainsi lorsqu’un tireur présumé est appréhendé, des prélèvements sur sa personne sont effectués au moyen d’un kit, constitué de plusieurs tamponnoirs munis de faces collantes. Ces faces collantes vont être appliquées sur les mains et visage du suspect afin d’y récolter un maximum de particules microscopiques. Ses vêtements peuvent également être saisis pour être prélevés à leur tour, de même que des objets présents dans l’environnement des tirs (comme un véhicule utilisé pour la fuite par exemple).

Prélèvement par tamponnoir de résidus de tir sur la main d'un suspect - Analyse Police scientifique - Forenseek
Illustration d’un prélèvement effectué sur la main gauche d’un individu – Crédits : Forenseek

Analyse des résidus de tir

Les résidus de tir sont alors recherchés sur ces prélèvements à l’aide de puissants microscopes électroniques couplés à des microanalyseurs X, seuls instruments capables à la fois de visualiser des microparticules tout en permettant de déterminer leur composition chimique élémentaire. Cette recherche est fastidieuse car elle peut s’apparenter, toute proportion gardée, à la recherche de confettis éparpillés aléatoirement sur un terrain de football, mais dont l’herbe n’aurait plus été coupée depuis des semaines ! Ainsi le développement de cette technique de recherche et d’analyse n’a pu se faire qu’au prix d’une automatisation quasi complète du processus. La principale tâche du microscopiste consiste donc à contrôler les résultats obtenus afin de s’assurer de l’attribution correcte à la classe des résidus de tir des différentes particules identifiées par l’analyse automatique.

Analyse criminalistique d'un tamponnoir de résidus de tir par microscope électronique à balayage - Analyse Police scientifique - Forenseek
Analyse d’un tamponnoir à l’aide d’un microscope électronique à balayage couplé à une microanalyse X – Crédits : ThermoFisher scientific

L’interprétation des résultats

En routine, la recherche se focalise sur les particules riches à la fois en plomb, baryum et antimoine. La littérature scientifique rapporte en effet que les particules contenant simultanément ces trois éléments chimiques ne peuvent provenir que d’un incident de tir. Parfois, des références balistiques sont également analysées, pour mieux caractériser le type de particule à rechercher ; le cas idéal étant d’analyser les particules produites lors d’un tir de référence réalisé au laboratoire avec l’arme et les munitions litigieuses ; des prélèvements effectués sur les mains du tireur de référence sont alors analysés, pour établir les types de résidus de tir à rechercher sur les prélèvements relatifs au suspect.

Le rapport d’expertise reprendra le nombre de particules d’intérêt retrouvées sur les prélèvements ainsi qu’une interprétation de ces résultats en fonction du contexte et des conditions de prélèvements. En effet la persistance des résidus de tir est un problème rencontré fréquemment : ces particules sont stables dans le temps et ne vont pas s’évaporer, mais à l’instar de la farine sur les mains du boulanger, toute action que le tireur aura après le tir (comme se laver et s’essuyer les mains) aura pour effet de diminuer voire d’éliminer la présence de résidus de tir sur ses mains. Se pose alors la question d’analyser ses vêtements, pour lesquels la persistance des résidus de tir est généralement meilleure. A l’inverse, détecter qu’un individu est contaminé en résidus de tir n’implique pas nécessairement qu’il a tiré.

Des études ont en effet montré qu’une personne proche du tireur peut, dans certaines circonstances, être plus contaminée que le tireur lui-même ; une personne qui entre dans une pièce, dix minutes après où un tir est survenu peut également se faire contaminer par le nuage de poudre en déposition. Ainsi et de manière générale, l’interprétation des résultats devra tenir compte de ces éléments circonstanciels pour donner un avis éclairé sur la présence éventuelle et les quantités de résidus de tir sur les prélèvements relatifs à un suspect. Il reste que malgré les éventuelles difficultés d’interprétation, on arrive souvent à des résultats exploitables qui permettent d’aider le magistrat à progresser dans son dossier. A ce titre, une étude a récemment été réalisée en Belgique pour mesurer l’impact des expertises en résidus de tir sur les décisions judiciaires. Cette étude, en cours de finalisation, fera l’objet d’un prochain article.

Chimérisme : un homme et deux ADN

Le chimérisme a depuis longtemps quitté le domaine de la mythologie pour celui de la science. Et il est plus que jamais une réalité humaine par le biais notamment des greffes d’organes ou de moelle osseuse. Un Être humain, un ADN, telle était la réalité qui s’imposait aux scientifiques depuis des siècles. Avec les progrès de la recherche médicale, voilà ce principe essentiel totalement bouleversé, comme l’illustre le cas de Chris Long.

Quand l’ADN brouille les pistes.

Cet américain atteint d’une leucémie myéloïde aigüe, avait reçu une greffe de moelle osseuse provenant d’un donneur européen inconnu. Cette procédure permet aux cellules hématopoïéiques (ou cellules sanguines) du donneur de remplacer les cellules sanguines non fonctionnelles du receveur. Rien d’étonnant, donc, de retrouver un ADN étranger dans le sang de la personne greffée !

Dans l’affaire Chris Long, toutefois, La surprise est totale quand les analyses effectuées quatre ans après la greffe, mettent en évidence que son liquide séminal contient uniquement l’ADN du donneur, en l’occurence celui d’un jeune allemand. D’autres parties de son corps comme les joues, la langue et les lèvres renferment les deux ADN alors que ses cheveux ne contiennent que son propre ADN. Les spécialistes se trouvent face à un cas de chimérisme, un terme qui désigne une personne porteuse de deux patrimoines génétiques différents.

Une anomalie de la nature.

Le phénomène est extrêmement rare. On dénombre en effet une centaine de cas de chimérisme dans le Monde.  Mais cette anomalie apparue dans le cadre d’une intervention médicale en ce qui concerne Chris Long, peut également survenir lors d’un incident dans un processus naturel.  Dans le cas d’une grossesse gémellaire dizygote, c’est à dire comportant deux embryons issus d’une double fécondation, il peut arriver que les deux œufs fusionnent à un stade très précoce de leur développement. L’embryon restant se constitue alors à partir de cellules provenant des deux œufs et il porte par conséquent les deux ADN.

La plupart du temps, le chimérisme touche certains organes ou parties de son corps ou encore certaines cellules comme ceux du groupe sanguin. Une curiosité génétique dont a été victime un autre américain en 2015 : des tests ADN prouvaient que son fils était également son neveu ! Un mystère vite levé car on s’est aperçu que le père possédait en réalité deux ADN, le sien et celui de son jumeau qui ne s’était jamais développé in utéro.

Un cas d’école pour la police scientifique.

Si le chimérisme est encore peu identifié (il est souvent mis en évidence lors d’un diagnostic prénatal) c’est parce qu’il est sans conséquence pour la personne qui en est atteinte. Cela n’empêche pas les spécialistes de s’y intéresser, la médecine légale comme la police scientifique. En l’espace de quelques années, L’ADN est devenu un atout maître dans le cadre des investigations visant à résoudre nombre d’affaires criminelles.

Le chimérisme pourrait changer la donne. En effet, si dans le cadre d’un crime sexuel, l’ADN retrouvé provenait d’une personne ayant subi une greffe de moelle osseuse, n’y aurait-il pas le risque d’incriminer un donneur innocent? Faudra-t-il désormais prélever de l’ADN sur plusieurs parties du corps afin d’éviter des erreurs d’identification aux conséquences dramatiques ? Autant de questions à résoudre et un nouveau cas d’école que les procédures scientifiques devront désormais prendre en compte.

Sources :

https://leplus.nouvelobs.com/contribution/1443694-il-est-l-oncle-de-son-propre-fils-le-chimerisme-une-anomalie-rare-et-sans-danger.html

https://www.maxisciences.com/science/l-adn-de-son-sperme-a-ete-remplace-par-celui-de-son-donneur_art44141.html

https://trustmyscience.com/apres-greffe-moelle-osseuse-sperme-ne-contient-que-adn-donneur/

Empreintes digitales relevées par la police scientifique - Forenseek

Comment sont exploitées les traces papillaires en France ?

Chaque année, les services de police scientifique de la Police Nationale et de la Gendarmerie Nationale révèlent plusieurs centaines de milliers de traces digitales, traces palmaires et même plantaires sur de nombreux supports liés aux centaines de milliers d’infractions délictuelles ou criminelles (vols avec effractions, vols de véhicule, trafics de stupéfiants, vols à main armée, viols, homicides, attentats, etc.)


Cet indice matériel permet depuis l’affaire Francisca Rojas en 1892 en Argentine (1) et l’identification d’Henri-Léon Scheffer en 1902 par Alphonse Bertillon (2) en France, de confondre les auteurs d’infractions grâce aux traces latentes qu’ils laissent derrière eux sur les lieux de leurs méfaits.

La pratique internationale concernant l’identification dactyloscopique n’est pas uniformisée. En France, pour pouvoir identifier une trace papillaire révélée sur une scène de crime à une empreinte papillaire relevée sur un individu suspect, les experts en criminalistique s’appuient sur deux approches :

  • L’approche du standard numérique de 12 points
  • L’approche probabiliste ou holistique

Depuis près de 100 ans, la vision binaire de l’identification dactyloscopique via « le standard des 12 points » cède peu à peu la place à un continuum de conclusions. En fonction de la quantité mais également de la qualité des points caractéristiques présents sur la trace incriminée, une échelle numérique et verbale d’évaluation de rapprochement est utilisée permettant de tendre plus ou moins fortement en faveur de l’identification ou de l’exclusion.

Cette approche probabiliste n’est pour le moment utilisée que lors d’expertises dactyloscopiques complexes. Le standard numérique de 12 points étant appliqué en routine en France, découvrez notre vidéo sur l’exploitation et la comparaison des traces papillaires.  

  1. https://www.nlm.nih.gov/exhibition/visibleproofs/galleries/cases/vucetich.html
  2. https://journals.openedition.org/criminocorpus/266
Code de procédure pénale police justice - Forenseek - Préparation concours technicien police scientifique

Modification de l’Article 55-1 du Code de Procédure Pénale

Modification de l’Article 55-1 du Code de Procédure Pénale

Au cours d’une enquête de flagrance, l’article 55-1 du Code de Procédure Pénale prévoit expressément la possibilité, au cours de l’enquête judiciaire, de procéder, sur toute personne concernée par la procédure, à des opérations de prélèvements. Ces derniers peuvent se révéler nécessaires à la réalisation d’examens techniques et scientifiques de comparaison avec les traces et indices prélevés dans le cadre d’une enquête. Sous quelles conditions ces prélèvements sont-ils effectués ?

Que prévoit l’article 55-1 du CPP ?

L’officier de police judiciaire peut procéder, ou faire procéder sous son contrôle, sur toute personne susceptible de fournir des renseignements sur les faits en cause ou sur toute personne à l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre l’infraction, aux opérations de prélèvements externes nécessaires à la réalisation d’examens techniques et scientifiques de comparaison avec les traces et indices prélevés pour les nécessités de l’enquête.

Il procède, ou fait procéder sous son contrôle, aux opérations de relevés signalétiques et notamment de prise d’empreintes digitales, palmaires ou de photographies nécessaires à l’alimentation et à la consultation des fichiers de police selon les règles propres à chacun de ces fichiers.

Le refus, par une personne à l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction, de se soumettre aux opérations de prélèvement, mentionnées aux premier et deuxième alinéas ordonnées par l’officier de police judiciaire est puni d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Dans la décision n° 2003-467 DC, le Conseil constitutionnel a jugé, au sujet de l’article 30 de la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure « que l’expression « prélèvement externe » fait référence à un prélèvement n’impliquant aucune intervention corporelle interne ; qu’il ne comportera donc aucun procédé douloureux, intrusif ou attentatoire à la dignité des intéressés ; que manque dès lors en fait le moyen tiré de l’atteinte à l’inviolabilité du corps humain ; que le prélèvement externe n’affecte pas davantage la liberté individuelle de l’intéressé » (cons. 55).

La prise d’empreintes sous contrainte :

L’article 30 de la Loi n° 2022-52 du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure complète l’article 55-1 de Code de Procédure Pénale par l’alinéa suivant :

« Sans préjudice de l’application du troisième alinéa, lorsque la prise d’empreintes digitales ou palmaires ou d’une photographie constitue l’unique moyen d’identifier une personne qui est entendue en application des articles 61-1 ou 62-2 pour un crime ou un délit puni d’au moins trois ans d’emprisonnement et qui refuse de justifier de son identité ou qui fournit des éléments d’identité manifestement inexacts, cette opération peut être effectuée sans le consentement de cette personne, sur autorisation écrite du procureur de la République saisi d’une demande motivée par l’officier de police judiciaire. L’officier de police judiciaire ou, sous son contrôle, un agent de police judiciaire recourt à la contrainte dans la mesure strictement nécessaire et de manière proportionnée. Il tient compte, s’il y a lieu, de la vulnérabilité de la personne. Cette opération fait l’objet d’un procès-verbal, qui mentionne les raisons pour lesquelles elle constitue l’unique moyen d’identifier la personne ainsi que le jour et l’heure auxquels il y est procédé. Le procès-verbal est transmis au procureur de la République, copie en ayant été remise à l’intéressé. »