Tag Archives: génétique

Analyse ADN laboratoire police scientifique transfert

Quand l’ADN d’un enquêteur absent se retrouve sur un scellé judiciaire

Une affaire non résolue depuis dix-huit ans est rouverte. Sur un sac plastique conservé comme scellé judiciaire, les analystes obtiennent un profil ADN complet. Comparé à la base d’élimination du personnel, il livre un nom : celui d’un enquêteur. Le problème est que cet enquêteur se trouvait à quatre-vingts kilomètres du laboratoire et n’a jamais été ni sur les lieux ni dans la salle de stockage des scellés. Le profil génétique était pourtant bien le sien. La génétique avait identifié une personne avec une quasi-certitude sur un objet qu’elle n’avait jamais manipulé. Ce cas, rapporté début 2026 par Gao et al dans Forensic Science International: Genetics, rappelle une distinction trop souvent négligée. Savoir de qui provient une trace et savoir comment elle y est arrivée sont deux questions différentes.

Identifier la source n’est pas expliquer l’activité

Le résultat du laboratoire de police scientifique répondait parfaitement à une question, celle de l’origine du matériel génétique, mais il n’apportait aucune information fiable sur les circonstances du dépôt. Cette distinction structure depuis longtemps le raisonnement des experts en génétique forensique. En 1998, Cook, Evett et al. [1] ont proposé dans Science & Justice une hiérarchie des propositions distinguant trois niveaux d’interprétation, allant de la source à l’infraction elle-même. Le niveau sous-source, propre à l’ADN, lui a été ajouté plus tard, notamment par Evett et al. en 2002 [2]. Déterminer à qui correspond le profil biologique d’une trace se situe tout en bas de cette échelle. Expliquer comment ce profil s’est retrouvé là, sur un support ou sur une scène de crime, relève du niveau de l’activité, plus élevé et bien plus difficile à établir. Pour un magistrat, la nuance est décisive. Un laboratoire peut affirmer avec une grande robustesse que le profil ADN établi à partir d’une trace biologique concorde avec le profil génétique d’un individu sans pouvoir dire, avec la même assurance, ce que cette présence signifie.

Les quatre niveaux d’interprétation

L’exemple classique de Cook et Evett, une affaire d’agression sexuelle où chaque niveau ajoute une couche d’inférence par rapport au précédent :

  • Le niveau sous-source :
    « L’ADN du prélèvement provient du suspect » (plutôt que d’une personne inconnue). C’est ce que mesure directement la comparaison génétique brute. On ne parle que d’ADN, rien de plus.
  • Le niveau source :
    « Le sperme provient du suspect ». On ajoute l’identification du fluide biologique, encore faut-il avoir établi que la trace est bien du sperme.
  • Le niveau activité :
    « Le suspect a eu un rapport sexuel avec la victime ». On ajoute le mécanisme du dépôt, là où interviennent transfert, persistance et contamination.
  • Le niveau crime :
    « Le suspect a violé la victime ». On ajoute l’absence de consentement, que l’expert ne peut pas trancher puisque cela revient au juge.

À chaque marche, la science peut en dire un peu moins, et le poids de la preuve diminue.

Ce que la sensibilité des méthodes a changé

La question n’est pas nouvelle, mais elle a changé d’échelle avec les progrès des analyses génétiques. Les kits actuels permettent l’obtention de profils ADN exploitables à partir de quelques cellules, là où il fallait autrefois une quantité d’ADN beaucoup plus importante. En 1997, Van Oorschot et Jones [9] ont montré qu’un simple contact suffit à déposer de l’ADN. Depuis, la littérature a documenté de nombreuses voies de transfert, directes comme indirectes, dont la revue de Van Oorschot et al. de 2019 [10] dresse l’état des lieux. L’effet est à double tranchant. La sensibilité qui permet de rouvrir des affaires anciennes augmente également la probabilité de mettre en évidence un profil ADN étranger aux faits. Les études restent prudentes sur les fréquences, très variables selon les conditions, au point que certains auteurs tiennent le transfert secondaire pour un événement peu courant. Aucune généralisation ne s’impose donc, ni pour minimiser le transfert ni pour le surestimer.

Le risque de transfert d’ADN dans la gestion des scellés judiciaires

Le cheminement d’un scellé judiciaire, de la scène de crime jusqu’à la paillasse du laboratoire, traverse une série de manipulations au cours desquelles de l’ADN peut se déplacer. Le conditionnement de l’objet lui-même y participe. Stella et al [7] ont montré en 2026 que ce transfert peut être double : l’ADN déposé sur un objet peut migrer vers la paroi interne du conditionnement, et le profil recherché manquer à l’analyse ; ou alors l’ADN peut se transférer à une autre zone de l’objet, où il n’a pas lieu d’être et brouille l’interprétation. Goray et al [6] ont relevé en 2019 que la face externe des gants pouvait porter, en plus du profil ADN recherché, celui des analystes, en particulier au moment d’ouvrir et de refermer l’emballage. C’est précisément ce risque que cherchent à écarter les protocoles d’examen mis en place par les services de police scientifique, qui imposent des gants décontaminés, changés à chaque nouvelle manipulation.

Les outils d’examen posent également un problème comparable, décrit dès 2015 par Szkuta et al [8]. Qu’un enquêteur contamine un objet ou un support après les faits n’est donc pas une hypothèse farfelue, et l’équipe de Fonneløp [3-4] a étudié ce phénomène jusque sur les sachets de scellé judiciaires.

Pour expliquer la présence de ce profil ADN sur un scellé que l’enquêteur n’avait jamais approché, Gao et al. [5] écartent le transfert d’objet à objet au profit d’une voie probablement aéroportée. L’ADN se serait fixé sur les vêtements d’un collègue avant de se détacher à l’approche de la zone de pré-traitement. Sans la base ADN d’élimination du personnel, cette hypothèse n’aurait jamais vu le jour.

Ce que cette distinction change pour l’appréciation de la preuve

Pour les professionnels du droit, la leçon à tirer de cette affaire n’est pas que l’ADN serait peu fiable, mais plutôt qu’une identification génétique solide au niveau de la source peut coexister avec une explication fragile au niveau de l’activité. Tout le risque tient dans le glissement de l’une à l’autre, quand la force de la première vient teinter l’appréciation de la seconde. Pour éviter ce glissement, une partie des spécialistes en génétique forensique milite pour que l’expert raisonne explicitement au niveau de l’activité et expose les scénarios compatibles avec ses observations. C’est notamment la position de l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne et des recommandations européennes sur le rapport évaluatif [11].

Conclusion :

Le cas de l’enquêteur absent de la scène de crime illustre cet enjeu mieux qu’un rappel théorique. Son profil ADN, parfaitement authentique, figurait sur un scellé judiciaire qu’il n’avait jamais touché, dans une affaire dont il n’avait jamais visité les lieux. Sans un dispositif de contrôle qui a fait apparaître une autre explication, cette trace aurait pu être interprétée comme une véritable piste d’enquête avec un profil ADN « pertinent ». Une preuve génétique ne vaut donc pas seulement par ce qu’elle identifie, mais par ce qu’elle autorise raisonnablement à inférer. Et cela ne se décide jamais sur une seule et unique trace. Un profil génétique s’évalue dans un faisceau d’indices, jamais isolément.

Sources

  • [1] Cook R., Evett I.W., Jackson G., Jones P.J., Lambert J.A. (1998). A hierarchy of propositions: deciding which level to address in casework. Science & Justice, 38(4), 231-239.
  • [2] Evett I.W., Gill P.D., Jackson G., Whitaker J., Champod C. (2002). Interpreting small quantities of DNA: the hierarchy of propositions and the use of Bayesian networks. Journal of Forensic Sciences, 47(3), 520-530.
  • [3] Fonneløp A.E., Egeland T., Gill P. (2015). Secondary and subsequent DNA transfer during criminal investigation. Forensic Science International: Genetics, 17, 155-162.
  • [4] Fonneløp A.E., Johannessen H., Egeland T., Gill P. (2016). Contamination during criminal investigation: Detecting police contamination and secondary DNA transfer from evidence bags. Forensic Science International: Genetics, 23, 121-129.
  • [5] Gao L. et al. (2026). A rare and atypical case of long-distance indirect DNA transfer: Contamination from an investigator never present at the scene. Forensic Science International: Genetics.
  • [6] Goray M., Pirie E., van Oorschot R.A.H. (2019). DNA transfer: DNA acquired by gloves during casework examinations. Forensic Science International: Genetics, 38, 167-174.
  • [7] Stella C.J., Goray M., Meakin G.E., van Oorschot R.A.H. (2026). DNA transfer in packaging: Investigation of mitigation strategies. Journal of Forensic Sciences, 71(1), 197-210.
  • [8] Szkuta B., Harvey M.L., Ballantyne K.N., van Oorschot R.A.H. (2015). DNA transfer by examination tools, a risk for forensic casework? Forensic Science International: Genetics, 16, 246-254.
  • [9] van Oorschot R.A.H., Jones M.K. (1997). DNA fingerprints from fingerprints. Nature, 387, 767.
  • [10] van Oorschot R.A.H., Szkuta B., Meakin G.E., Kokshoorn B., Goray M. (2019). DNA transfer in forensic science: A review. Forensic Science International: Genetics, 38, 140-166.
  • [11] ENFSI, Guideline for Evaluative Reporting in Forensic Science, 2015

Analyse génétique d'un cheveu sans bulbe pour la police scientifique

Le cheveu sans racine, source fiable d’identification génétique

Le cheveu sans racine figure parmi les traces biologiques que l’on peut découvrir sur une scène de crime, et parmi les plus difficiles à exploiter dans les laboratoires de la police scientifique. Dépourvu de racine, il livre rarement un profil exploitable par les méthodes classiques et reste le plus souvent cantonné à l’analyse d’ADN mitochondrial, peu discriminante. Cependant, une étude parue dans Genome Biology en février 2026, signée par l’équipe de Joshua Kapp et Richard Green (University of California Santa Cruz et Astrea Forensics), offre désormais de nouvelles perspectives. En transposant les outils mis au point pour séquencer l’ADN ancien ou dégradé, les auteurs montrent que quelques centimètres de tige pilaire suffisent à établir un profil génétique classique exploitable, permettant de rapprocher ou d’écarter un individu avec un poids statistique élevé. L’enjeu concerne aussi bien les affaires criminelles classiques – notamment les infractions à caractère sexuel, lorsque des cheveux ou des poils pubiens sont retrouvés sur la victime – que les affaires non élucidées (cold cases) ou encore l’identification de restes humains.

Pourquoi le cheveu sans racine échappait à l’analyse ADN nucléaire

L’identification par génétique forensique repose le plus souvent sur l’analyse de marqueurs STR (Short Tandem Repeat), également appelées microsatellites. Il s’agit de courtes séquences d’ADN qui se répètent, et dont le nombre de répétitions varie d’un individu à l’autre. En analysant plusieurs dizaines de ces zones, il est possible d’établir une sorte de « code-barres » génétique propre à chaque personne. Le profil obtenu alimente les bases de données nationales, comme le FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) en France ou le CODIS aux États-Unis. Cette approche est rapide, robuste et très discriminante, mais elle exige un ADN relativement bien conservé, composé de fragments suffisamment longs (soit plusieurs centaines de nucléotides). Or la tige du cheveu (sans bulbe) ne contient qu’un ADN nucléaire massivement dégradé. L’étude de Kapp et ses collègues (2026) confirme à ce propos que la quasi-totalité des fragments mesurent moins de cent nucléotides, soit bien en deçà de la longueur nécessaire pour réaliser une analyse STR classique. Cette absence d’ADN nucléaire exploitable ne résulte pas d’une dégradation progressive de la trace au fil du temps, mais d’un processus biologique propre à la formation du cheveu. Lors de la kératinisation, c’est-à-dire lorsque les cellules de la tige durcissent et se chargent en kératine, une endonucléase nommée DNase1L2, découpe l’ADN en très petits fragments. Ces fragments résiduels restent ensuite piégés dans la tige, comparables à des courts fragments d’ADN qui circulent librement dans le plasma sanguin. Leur taille très réduite explique ainsi pourquoi l’analyse génétique classique du cheveu sans bulbe était jusqu’ici difficile, voire impossible, et pourquoi les analyses se limitaient le plus souvent à l’ADN mitochondrial.

Les outils de l’analyse d’ADN ancien au service de l’enquête judiciaire

La solution retenue par Kapp et al. (2026) ne consiste pas à améliorer les méthodes d’amplification classiques existantes, mais à adopter une approche différente fondée sur le séquençage massif de l’ADN. Les auteurs appliquent ainsi un protocole optimisé pour l’ADN très dégradé, directement issu de la paléogénomique. Il s’agit de la discipline qui a permis, dès 2010, de reconstituer le génome complet d’un individu ayant vécu il y a près de 4 000 ans à partir d’une simple mèche de cheveux conservée dans les collections d’un musée à Copenhague (Rasmussen et al., 2010).

Chaque cheveu est d’abord nettoyé en surface à l’aide d’une solution diluée d’hypochlorite de sodium, afin d’éliminer l’ADN exogène et les contaminations microbiennes. Cette étape constitue un avantage par rapport à l’os ou à la dent, dont la décontamination est plus complexe. L’ADN est ensuite extrait puis préparé selon une méthode conçue pour conserver les fragments les plus courts, sans les fragmenter davantage. Ces fragments sont enfin analysés par séquençage à haut débit, à raison d’environ 300 millions de lectures par cheveu. Point important pour les laboratoires, l’ensemble du protocole a été pensé pour pouvoir être automatisé, condition essentielle à une éventuelle utilisation en routine.

De quelques centimètres de cheveu à un profil génétique exploitable

À partir de quelques centimètres seulement (cinq centimètres de cheveu ou trois centimètres de poil pubien), les auteurs parviennent à obtenir suffisamment d’ADN nucléaire pour analyser le génome. Plus particulièrement Kapp et al. (2026) atteignent une couverture moyenne du génome de 2,18 fois pour les cheveux et 2,64 fois pour les poils pubiens. La couverture mesure le nombre moyen de fois où chaque position du génome est lue. Une valeur de « 2 » signifie que chaque position a été observée environ deux fois en moyenne. L’essentiel de l’ADN humain récupéré est nucléaire, la part mitochondriale restant minoritaire, autour de 3%. Cette quantité, modeste en apparence, suffit à reconstruire un profil de polymorphismes nucléotidiques, les SNP (Single Nucleotide Polymorphism), ces positions du génome où un seul nucléotide varie d’un individu à l’autre. Comme la couverture demeure faible, les positions non lues sont complétées par imputation, une inférence statistique qui s’appuie sur un panel de référence de génomes connus, ici le projet 1000 Génomes, pour déduire les génotypes manquants à partir des variants voisins. La détermination du sexe est immédiate puisqu’elle découle du rapport entre les lectures portées par le chromosome X et celles portées par un autosome de taille comparable. Pour les 77 cheveux dont la couverture moyenne dépasse une fois, la concordance des génotypes avec l’ADN de référence prélevé dans la salive du même donneur dépasse 99,4%.

Principe du séquençage par fragments (shotgun sequencing). L’ADN, qu’il soit naturellement dégradé ou volontairement fragmenté, se présente sous la forme de courts segments (ici < 1 000 paires de bases). Chaque fragment est séquencé individuellement, puis les lectures obtenues sont alignées par chevauchement de leurs régions communes. Cet assemblage permet de reconstituer, de proche en proche, la séquence complète de la molécule d’origine — y compris lorsque l’ADN de départ est trop court et trop abîmé pour les méthodes d’amplification classiques. Crédit : Forenseek

Identifier ou écarter une personne : l’approche statistique

L’apport décisif de l’étude de Kapp et al. (2026) tient à la fiabilité de la méthode proposée. Les auteurs ont comparé l’ADN extrait de 80 cheveux avec des profils génétiques de référence établis à partir de la salive de 50 personnes. Ils s’attendaient ainsi à 80 comparaisons positives, lorsque le cheveu et la salive provenaient de la même source, et à près de 4 000 comparaisons négatives, lorsque les échantillons provenaient de sources différentes. Pour chaque comparaison, un outil calcule un rapport de vraisemblance, c’est-à-dire le rapport entre deux probabilités : celle d’observer l’ADN du cheveu si celui-ci provient de la personne comparée, et celle de l’observer s’il provient d’un individu inconnu et non apparenté. Sur l’ensemble des tests, le calcul a fourni le résultat attendu, « identification » ou « exclusion », sans la moindre erreur. Le résultat reste valable même lorsque la quantité d’informations issues du cheveu est volontairement réduite à moins de 0,2 fois de couverture, ce qui correspond à une trace très pauvre en ADN. Les auteurs relèvent que les comparaisons négatives (lorsque le cheveu analysé ne provient pas de la personne de référence) permettent de conclure à une exclusion de manière particulièrement robuste. Les comparaisons positives (lorsque le cheveu et l’échantillon de référence proviennent de la même personne) permettent quant à elles d’établir un rapprochement, mais avec un résultat statistiquement moins marqué. Cette asymétrie permet une véritable prudence en contexte judiciaire, puisqu’elle limite le risque d’attribuer à tort une trace génétique pauvre à une personne. Concrètement, un seul cheveu peut désormais identifier une personne, et non plus seulement fournir un renseignement d’orientation.

Une vraie avancée pour les affaires non élucidées

Les conséquences de cette étude pour les enquêtes judiciaires sont multiples et notables. Les scènes de crime et certains scellés judiciaires (notamment les vêtements et linges de lit) regorgent souvent de cheveux, y compris quand les autres traces font défaut. De nombreux dossiers non résolus (cold cases) conservent par ailleurs des cheveux prélevés pour des examens morphologiques, jusqu’ici considérés comme inexploitables pour l’analyse de l’ADN nucléaire. Le profil SNP dense obtenu grâce à la méthode développée par Kapp et al. (2026) ouvre la voie à la généalogie génétique investigative, qui consiste à rechercher des parents éloignés d’un individu dans les bases de données de tests génétiques grand public, méthode à l’origine de la résolution de centaines d’affaires aux États-Unis. Une distinction importante s’impose toutefois pour le lecteur français. La recherche en parentèle, légalisée par la loi du 3 juin 2016 et codifiée à l’article 706-56-1-1 du code de procédure pénale, est autorisée. Elle permet d’interroger le FNAEG, sur la base de profils STR, pour repérer un proche parent déjà connu des services judiciaires et déjà fiché. La généalogie génétique investigative constitue une démarche différente, puisqu’elle repose sur des profils SNP et sur l’exploitation de bases de données commerciales étrangères. Cette pratique est pour l’heure interdite, le recours aux tests récréatifs étant prohibé en France et passible d’une amende. Le projet de loi dit SURE, porté par le garde des Sceaux, prévoit de l’autoriser dans son article 3, seulement pour les crimes les plus graves et sous le contrôle du juge. Adopté par le Sénat en avril 2026, le texte est en cours d’examen à l’Assemblée nationale et nourrit un vif débat sur le consentement, la fiabilité des bases étrangères et la protection des données personnelles.

Au sein de Forenseek, nous formulons toutefois une réserve quant à la portée de cette étude. En effet, plusieurs auteurs de cette étude sont liés à la société qui développe et commercialise la technologie. De nouvelles études scientifiques et une validation indépendante par des laboratoires accrédités reste à mener avant tout usage dans le cadre judiciaire. Notons que le cheveu peut également être utilisée pour une analyse protéomique à des fins d’identification.

Sources :

  • Kapp J. D., Wanket C., Nguyen R. et al. Rootless hair as a reliable source of forensic genetic information. Genome Biology, 2026, 27:104. disponible ici : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41703596/
  • Brandhagen M. D., Loreille O., Irwin J. A. Fragmented nuclear DNA is the predominant genetic material in human hair shafts. Genes, 2018.
  • Fischer H. et al. DNase1L2 degrades nuclear DNA during corneocyte formation. Journal of Investigative Dermatology, 2007.
  • Nguyen R., Kapp J. D., Sacco S. et al. A computational approach for positive genetic identification and relatedness detection from low-coverage shotgun sequencing data. Journal of Heredity, 2023.
  • National Institute of Justice. Nuclear DNA from Rootless Hair for Forensic Purposes. Project summary, 2024.
  • Code de procédure pénale, articles 706-54 (FNAEG) et 706-56-1-1 (recherche en parentèle) ; loi n° 98-468 du 17 juin 1998 ; loi n° 2016-731 du 3 juin 2016.
  • Code civil, article 16-10 (examen des caractéristiques génétiques).
  • Projet de loi relatif à la justice criminelle et au respect des victimes, dit SURE, article 3 ; dossiers législatifs du Sénat et de l’Assemblée nationale, 2026.
Quand un baiser permet de transférer l'ADN d'une tierce personne sur un mégot de cigarette. Forenseek

Mégots de cigarette : un simple baiser peut-il fausser l’interprétation ADN ?

Une problématique classique des scènes d’infraction

Le mégot de cigarette est un support biologique de premier plan. Riche en cellules épithéliales déposées par la salive, il permet généralement d’obtenir des profils génétiques exploitables. En pratique, la découverte d’un mélange ADN sur un filtre est souvent interprétée comme le signe que deux personnes ont fumé la même cigarette ou se sont succédé dans un intervalle rapproché. Or, avec l’augmentation de la sensibilité des techniques de quantification et d’amplification STR, les laboratoires détectent aujourd’hui des quantités infimes d’ADN, y compris issues de transferts indirects. La question n’est donc plus seulement de savoir « à qui appartient ce profil ? », mais « comment cet ADN est-il arrivé là ? ».

Un protocole expérimental à deux scénarios réalistes

Les auteurs de cette étude pilote ont testé deux configurations distinctes.

Premier scénario : baiser puis cigarette.
Un couple s’embrasse (baiser avec échange salivaire), puis chacun fume une cigarette à différents intervalles : immédiatement, puis 5, 15, 30, 60, 90 et 120 minutes après le contact. L’objectif est d’évaluer si l’ADN du partenaire, resté dans la cavité buccale, peut être transféré secondairement sur le filtre.

Deuxième scénario : cigarette partagée.
Les deux partenaires fument alternativement la même cigarette, reproduisant un cas de co-consommation directe. Les échantillons ont été analysés soit immédiatement après collecte, soit après un délai de conservation de 30 jours, afin d’évaluer l’effet du temps sur la quantité et la qualité de l’ADN récupéré.

Jusqu’à deux heures de persistance détectable

Dans le scénario « baiser puis cigarette », des allèles attribuables au partenaire non-fumeur ont été détectés sur les mégots jusqu’à 120 minutes après le contact. La quantité d’ADN transféré diminue progressivement avec le temps, mais reste détectable dans plusieurs conditions expérimentales. Autrement dit, la présence d’un profil minoritaire sur un mégot ne permet pas d’affirmer, à elle seule, que deux personnes ont fumé la cigarette. Un simple contact intime antérieur pourrait suffire à expliquer le mélange. Ce résultat s’inscrit dans la continuité de travaux récents montrant que l’ADN salivaire peut persister dans la cavité buccale pendant plusieurs dizaines de minutes, voire davantage selon les individus et les conditions physiologiques.

L’effet déterminant du délai d’analyse

L’étude met également en évidence une diminution significative de la quantité totale d’ADN après 30 jours de conservation, accompagnée d’une augmentation de l’indice de dégradation. Ce phénomène affecte particulièrement la composante minoritaire du mélange, plus fragile et plus susceptible de disparaître partiellement (pertes alléliques, déséquilibres). En pratique, cela signifie qu’un mégot analysé rapidement peut révéler un mélange détectable, alors qu’un traitement différé pourrait aboutir à un profil apparemment mono-contributeur. Cette variabilité temporelle complique l’interprétation et souligne l’importance de documenter précisément les conditions de stockage et les délais de traitement.

L’apport et les limites des marqueurs Y-STR

Dans les cas où la femme fumait après le baiser, les analyses Y-STR ont permis de suivre spécifiquement la composante masculine transférée. Des profils Y complets ont été obtenus jusqu’à une heure après le contact, avec des allèles encore détectables à deux heures dans certaines conditions. Toutefois, là encore, la dégradation progressive et la faiblesse quantitative du signal imposent prudence et contextualisation.

Interpréter au niveau de l’activité est un impératif

Ces résultats illustrent parfaitement la distinction désormais centrale entre :

  • Le niveau de la source : à qui appartient l’ADN ?
  • Le niveau de l’activité : par quel mécanisme a-t-il été déposé ?

En présence d’un mélange sur un mégot retrouvé sur une scène d’infraction, plusieurs scénarios peuvent être scientifiquement plausibles : co-consommation, manipulation successive, transfert secondaire après contact intime antérieur, voire combinaison de ces hypothèses. L’expert ne peut donc se limiter à constater la présence d’un profil ADN. Il doit discuter les mécanismes de dépôt compatibles avec les données scientifiques disponibles, en intégrant la dynamique des transferts secondaires et les effets du temps.

Conclusion

Cette étude expérimentale, menée dans des conditions contrôlées, ne prétend pas établir une règle universelle applicable à toutes les situations judiciaires. Elle apporte en revanche la démonstration claire qu’un transfert secondaire buccal vers un mégot est possible et peut rester détectable jusqu’à deux heures après un simple baiser. À l’heure où la sensibilité des techniques d’analyse génétique ne cesse de progresser, ces résultats rappellent une exigence fondamentale des sciences forensiques : la détection d’un ADN ne vaut pas, en soi, démonstration d’un scénario. L’interprétation doit s’inscrire dans une approche rigoureuse, contextualisée et raisonnée au niveau de l’activité, afin d’éviter toute surinterprétation devant les juridictions.

Source :

GIANFREDA, Denise, CORRADINI, Beatrice, FERRI, Gianmarco, FERRARI, Francesca, BORCIANI, Ilaria, CECCHI, Rossana, SANTUNIONE, Anna Laura. Preliminary study of mixed traces on cigarette butts and non-self DNA transfer, persistence, prevalence and recovery in different forensic scenarios. Legal Medicine, 2026, vol. 81, article 102803. DOI: 10.1016/j.legalmed.2026.102803.

ADN de contact : une nouvelle approche pour mieux comprendre les traces laissées

Dans le cadre des enquêtes criminelles, l’analyse de l’ADN joue un rôle central pour identifier les auteurs de crimes et délits. Mais toutes les traces biologiques ne livrent pas les mêmes informations. L’ADN de contact, c’est-à-dire celui qui est laissé involontairement sur une surface après un simple toucher, demeure difficile à interpréter pour les experts en police scientifique.

Pourquoi certaines personnes laissent-elles plus d’ADN que d’autres ? Une étude récente, menée par l’équipe de la Flinders University en Australie, propose une méthode innovante pour objectiver cette variabilité. En s’intéressant à la propension individuelle à libérer des cellules cutanées, les chercheurs ouvrent de nouvelles perspectives en génétique forensique et en interprétation des traces sur les scènes d’infraction.

Une variabilité interindividuelle bien réelle

Certains individus, qualifiés de « bons donneurs », laissent naturellement une grande quantité de cellules de peau sur les objets qu’ils manipulent. D’autres, à l’inverse, n’en déposent que très peu. Cette différence, longtemps observée par les biologistes forensiques, complique la lecture des résultats ADN, notamment lorsqu’il s’agit d’évaluer la plausibilité d’un contact direct entre une personne et un objet.

Jusqu’à présent, il était difficile de quantifier cette variabilité de manière fiable et reproductible. C’est précisément ce que propose l’étude australienne, en fournissant un protocole scientifique rigoureux.

Un protocole de mesure simple et reproductible

Les chercheurs ont mis au point un protocole basé sur une série de contacts contrôlés réalisés par 100 participants, tous invités à toucher une surface standardisée. Les cellules déposées sont ensuite :

  • Colorées par un marqueur fluorescent,
  • Comptées par microscopie,
  • Soumises à une analyse génétique pour confirmer la présence d’ADN exploitable.

Résultat : pour 98 des 100 individus testés, le niveau de dépôt cellulaire s’avère stable et reproductible dans le temps. Ce protocole permet de classer les individus selon trois profils : fort, modéré ou faible donneur de cellules cutanées.

Un outil pour mieux contextualiser les traces ADN de contact

L’intérêt de cette méthode dépasse le simple cadre de la biologie. Elle peut devenir un outil de contextualisation judiciaire. Par exemple : Un suspect classé comme fort donneur pourrait expliquer la présence importante de son ADN sur un objet sans qu’il ait participé à l’infraction. À l’inverse, l’absence d’ADN chez un individu faiblement émetteur ne suffit pas à écarter l’hypothèse d’un contact.

Cette information pourrait être intégrée dans le calcul des rapports de vraisemblance utilisés en interprétation génétique, apportant ainsi plus de robustesse aux expertises judiciaires.

Quelles perspectives pour la police scientifique ?

La méthode proposée présente plusieurs avantages : Elle est peu coûteuse et facile à mettre en œuvre en laboratoire. Elle pourrait être adaptée à des objets variés et à des contextes réalistes (différentes surfaces, durées de contact, humidité…). Avant une adoption large, des validations supplémentaires sont nécessaires. Mais à terme, cet outil pourrait être intégré dans les pratiques d’analyses de traces biologiques et devenir un appui pour les magistrats et enquêteurs, dans l’évaluation du poids d’une preuve ADN.

Référence :

  • Petcharoen P., Nolan M., Kirkbride K.P., Linacre A. (2024). Shedding more light on shedders. Forensic Science International: Genetics, 72, 103065, consultable ici.
  • Flinders University. (2024, August 22). Heavy skin shedders revealed: New forensic DNA test could boost crime scene investigations. ScienceDaily, consultable ici.
ADN trafic drogue narcotrafic - police scientifique

L’ADN traque aussi les narcotraficants

Du produit brut au sachet de drogue vendu dans la rue, chaque étape de manipulation multiplie les occasions de laisser des traces. Qu’il s’agisse d’empreintes digitales ou de résidus biologiques (ADN), ces indices sont précieux pour remonter jusqu’aux trafiquants.

L’ADN, clé des enquêtes criminelles

Depuis quelques années, l’analyse de l’ADN est devenue un outil incontournable pour élucider les affaires criminelles, y compris les plus anciennes (les « cold cases »). Dans une étude récente menée à l’Université Flinders, l’équipe de la doctorante en sciences forensiques Madison Nolan et du Professeur Adrian Linacre propose d’aller encore plus loin dans l’identification des suspects impliqués dans le trafic de stupéfiants grâce au profilage génétique.

Le conditionnement comme source de preuves

Avant d’être vendue, la drogue doit être transformée et conditionnée dans différents types d’emballages, qui deviennent alors une mine d’informations pour la police scientifique. Cependant, la répétition des manipulations et l’exposition aux facteurs extérieurs peuvent altérer l’ADN, le rendant parfois inexploitable. Pour améliorer le travail des enquêteurs, les chercheurs de Flinders se sont concentrés sur les zones d’emballage les plus susceptibles de conserver ces traces biologiques.

De meilleurs transferts à l’intérieur

Selon leurs conclusions, la présence d’ADN est particulièrement significative sur les gélules contenant des substances en poudre et sur les surfaces internes des sachets « Ziploc » qui renferment ces gélules, notamment au niveau des bords intérieurs de la fermeture. Même un bref contact (environ 30 secondes) suffit à y déposer des quantités d’ADN suffisantes. Le fait que ces traces se situent à l’intérieur de l’emballage limite par ailleurs les risques de contamination extérieure.

Des perspectives nouvelles pour les enquêtes

Pour la police scientifique, cette étude fournit de nouvelles pistes pour optimiser les prélèvements lors de saisies de drogue. En ciblant principalement l’extérieur des gélules et l’intérieur des sachets, il devient possible d’obtenir des profils génétiques de meilleure qualité, à condition de respecter scrupuleusement les procédures afin d’éviter toute contamination. Il n’en reste pas moins que, comme le rappellent les chercheurs, l’ADN récupéré peut déjà être altéré par les conditions de transport et de manipulation préalables, ce qui limite parfois sa fiabilité.

Sources :

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1872497324001789 https://news.flinders.edu.au/blog/2025/02/03/dna-study-targets-drug-making/

cold case bientôt résolu grâce à l'ADN en parentèle Forenseek Police scientifique

Deux cold case résolus grâce à l’ADN de parentèle?

Comme pour l’affaire Elodie Kulik en 2011 et celle du prédateur des bois en 2022, deux dossiers repris par le pôle « Cold case » de Nanterre sont en passe d’être résolus grâce à la recherche de parentèle, une technique qui met l’ADN au centre du jeu.

« On n’est jamais trahi que par les siens », un proverbe qui prend ici toute sa dimension. Deux meurtres commis à distance de douze ans et à priori sans lien entre eux pointent désormais vers un seul et même suspect et cela grâce à un rapprochement entre l’ADN des membres d’une même famille.

En 1988, Valérie Boyer, 15 ans, est retrouvée égorgée sur la voie ferrée de Saint Quentin-Fallavier. En 2000, Laïla Afif, 40 ans, est tuée d’une balle dans la tête à Verpillière. Seul point commun entre ces deux événements, la situation géographique, puisqu’ils ont eu lieu dans deux communes voisines de l’Isère. Faute de pistes sérieuses et de similitudes dans le mode opératoire, ces enquêtes se retrouvent rapidement dans l’impasse jusqu’en mars 2024. Plus de 20 ans plus tard, le pôle cold case, créé en 2022, relance en effet l’affaire Laïla Afif en demandant de nouvelles analyses de l’ADN retrouvée sur la scène de crime.

La preuve par l’ADN en parentèle

Ces expertises, élargies grâce à la technique de recherche de parentèle, permettent de trouver dans le Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG) un individu mis en cause dans une autre affaire et dont l’ADN présente une correspondance à 50% avec celui présent dans le dossier Afif. Or, la loi de la génétique est implacable : dans la mesure où l’on partage la moitié de son génome avec ses parents et ses enfants biologiques, les enquêteurs remontent logiquement la piste jusqu’au père de cet homme. Trahi par l’ADN de son fils, Mohammed C. est aujourd’hui mis en examen, non seulement pour le meurtre de Laïla Afif mais également pour celui de Valérie Boyer, l’enquête ayant permis de faire des rapprochements troublants entre ces deux affaires. Cette dernière fait partie de la série « des disparus de l’Isère » qui a défrayé la chronique dans les années 80 et dont le pôle cold case s’est d’ores et déjà emparé.

Pour aller plus loin : COLD CASES UN MAGISTRAT ENQUÊTE – Jacques DALLEST

L’histoire criminelle est jalonnée d’assassinats sordides, de meurtres sauvages, de disparitions énigmatiques et de suicides étranges. « Énigmatiques  » et  » étranges « , car ces affaires n’ont jamais été résolues, leurs auteurs jamais identifiés, les coupables jamais condamnés. Ces dossiers, sont appelés en bon français des « cold cases ». Ils se chiffrent par dizaines, et sont souvent inconnus du grand public. Seules quelques grandes affaires restées inexpliquées sont inscrites dans les tablettes de l’histoire judiciaire et suscitent toujours débats et interrogations ; l’affaire de Bruay-en-Artois, l’affaire Fontanet, l’affaire Grégory, l’affaire Boulin, ou, plus récemment, la tuerie de Chevaline. Mais qu’appelle-t-on un cold case ? Quelle signification ce terme anglo-saxon revêt-il dans notre paysage judiciaire français ? Doit-on rouvrir ces dossiers ? Comment peut-on leur trouver une issue après toutes ces années ? Dans cet essai érudit et très documenté, Jacques Dallest, ancien juge d’instruction, procureur et avocat général, fait le point sur la question comme aucun livre ne l’avait fait auparavant.

Commandez en ligne : https://amzn.to/3OJYu3L

Généalogie génétique police scientifique Forenseek

Les « biobanques », source d’info pour la police scientifique ?

En décembre 2023, le site de généalogie génétique 23andme a subi le piratage des données ADN de presque 7 millions de clients. Une cyberattaque qui met en lumière la valeur de ces informations ultrasensibles et pas seulement pour les cybercriminels !

Il suffit désormais d’un test salivaire vendu par des sociétés spécialisées dans la généalogie génétique pour connaître ses origines et identifier ses ancêtres. Un axe ludique revendiqué par les biobanques comme 23andme, MyHeritage ou Ancestry pour ne citer qu’elles. Ces sociétés communiquent en revanche assez peu sur le risque que l’on coure à confier des données aussi confidentielles que son propre ADN, ces informations pouvant être rendue publiques ou faire l’objet d’un trafic très lucratif comme le montre ce dernier hackage informatique.

Construire son arbre généalogique génétique

Les progrès sur les analyses ADN permettent de réaliser des comparaisons de plus en plus fines entre les millions de données génétiques présentes dans ces fichiers informatiques, ces derniers étant régulièrement alimentés par des tests effectués chaque année dans le Monde. Grâce à ces comparaisons, les généalogistes génétiques peuvent retrouver des individus apparentés de façon proche ou lointaine et élaborer ainsi un véritable arbre généalogique avec à la clé, des informations sur des ancêtres souvent totalement inconnus.  Une découverte amusante et parfois déroutante sur ses origines.

L’ADN de parentèle pour résoudre les crimes

Au-delà de son aspect récréatif, la généalogie génétique est une technique qui suscite de plus en plus l’intérêt de la police scientifique. Dans ce cas, les enquêteurs confrontés à une enquête qui se trouve dans l’impasse, ne scrutent pas le passé mais se focalisent plutôt sur les branches plus contemporaines de l’arbre généalogique afin de comparer les ADN présents dans ces bases publiques avec un ADN retrouvé sur une scène de crime mais inconnu au FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques). L’objectif est de trouver une correspondance et, en partant de l’identification d’un parent plus ou moins proche, de remonter jusqu’à l’auteur de la trace biologique. Au Etats-Unis, cette technique a déjà permis d’élucider 621 affaires criminelles et en France, grâce aux recherches du FBI, d’arrêter en 2022 celui qui avait été baptisé le « prédateur des bois » à cause de son mode opératoire pour perpétrer plusieurs viols entre 1998 et 2008.  

La généalogie génétique pourrait devenir un outil d’investigation très utile pour la résolution de certains « cold case ». En revanche, en France, contrairement aux Etats-Unis où cette pratique existe déjà au grand dam de certains spécialistes des questions éthiques, cette recherche ne peut pas s’effectuer en piochant dans les bases de sociétés privées mais uniquement dans les bases génétiques créées à des fins médico-légales. Reste le réel danger du piratage des données pour lequel aucune parade n’a pour l’instant été trouvé.

Sources :

Le « prédateur des bois » mis en examen et placé en détention provisoire (francetvinfo.fr)
IGG Cases (genealogyexplained.com)
Les enjeux éthiques de l’utilisation de l’ADN dans le domaine médico-légal – Sciences et Avenir

Utilisation de l'ADN dans le portrait-robot génétique

L’ADN à l’origine des portraits-robot !

Pour dessiner le portrait-robot d’un suspect, on avait coutume de faire appel à un portraitiste et à des logiciels spécialisés. Désormais, la police scientifique utilise aussi l’ADN récupérée sur la scène de crime pour dresser un profil physique très proche de la réalité.

En 1982, Edward Crabe, un australien de 57 ans, est assassiné dans sa chambre d’hôtel de Gold Coast situé dans l’état du Queensland. Malgré les nombreux témoignages recueillis et le prélèvement d’échantillons de sang sur la scène de crime, les enquêteurs ne réussissent pas à retrouver le coupable. 40 ans plus tard, la police australienne relance ce « cold case » en faisant appel au phénotypage de l’ADN. Cette technique encore récente, pratiquée notamment dans le laboratoire d’hématologie médico-légal de Bordeaux, permet de créer à partir de quelques cellules sanguines, le portrait-robot d’un suspect susceptible d’être identifié par les témoins ou l’entourage. 

Même inconnu, l’ADN parle !

C’est en tout cas ce qu’espèrent les policiers du Queensland qui ont lancé un nouvel appel à témoins le 9 novembre 2022. Ils comptent ainsi résoudre l’assassinat d’Edward Crabe grâce au portrait-robot établi à partir du sang retrouvé dans la chambre de la victime. Un premier profil ADN avait déjà été établi en 2020 mais celui-ci n’étant pas enregistré dans les bases de données nationales, les enquêteurs s’étaient rapidement retrouvés dans une impasse. Or, l’immense avantage du phénotypage, c’est que même lorsqu’un ADN n’est fiché nulle part, il n’en constitue pas moins une mine de renseignements sur la personne correspondante.

En quoi consiste cette technique ? On sait aujourd’hui que le matériel génétique renferme de très nombreuses informations, notamment sur le sexe, l’origine ethnique, la santé et l’apparence physique d’un individu. Les récentes techniques de séquençage de l’ADN permettent désormais d’analyser les séquences génétiques dites « codantes » et d’isoler celles qui renferment les indications morphologiques. Les scientifiques peuvent ainsi déterminer de façon suffisamment précise la forme d’un visage, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, une prédisposition à la calvitie ou encore la présence de taches de rousseur. A partir de ce profil génétique, il est possible d’établir un profil physique qui n’est à l’heure actuelle, ni complet, ni parfait mais qui peut permettre de réveiller les souvenirs de potentiels témoins.

Une technique qui tend à se perfectionner

Il existe aujourd’hui dans le Monde plusieurs équipes de chercheurs qui travaillent à perfectionner l’analyse de ces séquences génétiques liées au phénotype. L’objectif ?  Aller toujours plus loin dans la recherche des caractéristiques physiques des individus en prédisant par exemple la forme du lobe des oreilles ou encore l’âge de la personne étant à l’origine de la trace relevée.

Tous ces renseignements servent ensuite à mettre au point des programmes statistiques capables d’élaborer un portrait-robot génétique le plus proche possible de la réalité. Ces programmes, qui existent déjà aux États Unis, sont nourris par les entreprises proposant aux particuliers des tests ADN pour connaître leur généalogie et qui collaborent également avec les forces de l’ordre.

Dernièrement, une étude sur les sosies réalisée par une équipe de chercheurs du Leukaemia Research Institute à Barcelone (Espagne), est venue renforcer la réalité de ce portrait physique littéralement inscrit dans les gènes. En analysant l’ADN de ces « jumeaux virtuels », les scientifiques ont identifié des caractéristiques génétiques communes qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas à  une apparence physique similaire. Elles sont également capables d’influencer certains comportements en matière d’alimentation et même d’éducation. Des résultats qui selon l’auteure principale de l’étude, Manel Esteller  «  auront des implications futures en médecine légale – reconstruire le visage du criminel à partir de l’ADN – et en diagnostic génétique – la photo du visage du patient  donnera déjà des indices sur le génome qu’il possède. Grâce à des efforts de collaboration, le défi ultime serait de prédire la structure du visage d’une personne à partir de son paysage multiomique«  .

Portraits-robot ADN génétique police scientifique aide dans la résolution des enquêtes judiciaires.
Exemple de portraits-robot génétique édités par Snapshot DNA analysis

Le projet européen VISAGE

L’objectif global du projet européen VISAGE (VISible Attributes Through GEnomics) est d’élargir l’utilisation judiciaire de l’ADN vers la construction de portraits-robot d’auteurs inconnus à partir de traces ADN le plus rapidement possible dans les cadres juridiques actuels et les lignes directrices éthiques.

Le consortium VISAGE est composé de 13 partenaires issus d’institutions universitaires, policières et judiciaires de 8 pays européens, et réunit des chercheurs en génétique légale et des praticiens en ADN judiciaire, des généticiens statistiques et des spécialistes en sciences sociales. Les objectifs sont :

  • d’établir de nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine du phénotypage de l’ADN,
  • d’élaborer et valider de nouveaux outils dans l’analyse de l’ADN et l’interprétation statistique,
  • de valider et mettre en œuvre ces outils dans la pratique judiciaire,
  • d’étudier les dimensions éthiques, sociétales et réglementaires,
  • de diffuser largement les résultats et sensibiliser les différents protagonistes concernant la prédiction de l’apparence, de l’âge et de l’ascendance bio-géographique d’une personne à partir de traces d’ADN,
  • d’aider la justice à trouver des auteurs inconnus d’actes criminels au moyen du profilage de l’ADN

Pour aller plus loin :

https://snapshot.parabon-nanolabs.com/

Sources

https://www.newsendip.com/fr/comment-la-police-australienne-espere-resoudre-un-meurtre-de-1982-avec-un-nouveau-portrait-robot-issu-de-ladn-du-suspect/

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/police/enquete-quand-ladn-dessine-des-portraits-robots_4882409.html

https://www.sciencedaily.com/releases/2022/08/220823115609.htm