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Iris identification post-mortem avec utilisation en police scientifique - Forenseek

Identification post-mortem par l’iris

Longtemps, on a cru l’iris inutilisable presque aussitôt après la mort. Plusieurs travaux récents démontrent l’inverse, et le plus complet d’entre eux vient de paraître aux États-Unis.

L’iris est l’anneau coloré qui entoure la pupille. Son relief, fait de cryptes, de sillons et de stries, dessine une texture qui n’appartient qu’à un seul individu et qui se fixe dès la petite enfance, au point de ne plus évoluer ensuite. Une photographie en haute définition suffit à le saisir, après quoi un algorithme en extrait un code propre à la personne, puis le confronte à l’ensemble des profils déjà enregistrés dans une base de données. En France, la biométrie de l’iris reste très peu déployée, mais elle accompagne depuis des années l’identification des personnes vivantes ailleurs dans le monde. Aux États-Unis, le FBI en a fait un service à part entière, le NGI Iris Service, alimenté par un réseau national où les shérifs enregistrent l’iris des personnes mises en cause ou condamnées au moment de leur incarcération. Une question restait pourtant en suspens, que presque personne n’avait sérieusement creusée. Que devient cet identifiant lorsque la personne meurt ?

Une certitude que la science a fini par démentir

Quand survient la mort, la pupille se fige, le plus souvent grande ouverte et la cornée se couvre peu à peu d’un voile blanchâtre, ce film laiteux que l’on aperçoit parfois dans le regard d’un défunt. Dès 2001, John Daugman, l’ingénieur britannique à l’origine de la reconnaissance automatique de l’iris, expliquait à la BBC que ce double phénomène compliquait sérieusement l’analyse. L’idée s’est installée durablement, au point de nourrir l’affirmation, répétée comme une évidence, selon laquelle l’iris devenait inexploitable en quelques minutes.

Les 15 dernières années ont patiemment défait cette certitude, étude après étude [3]. Dès 2016, on a établi que l’iris pouvait encore être reconnu plusieurs jours après le décès [3]. La conservation du corps s’est vite imposée comme le facteur décisif. Lorsque le corps est en extérieur, l’iris se dégrade rapidement, là où les empreintes digitales et le visage résistent bien mieux à la décomposition, comme l’avait observé l’équipe de Bolme [3]. À l’opposé, Sauerwein et ses collègues ont retrouvé des iris parfaitement analysables 34 jours après la mort, sur des corps en extérieur mais exposés au froid de l’hiver [3]. Les premières recherches réellement suivies dans la durée, menées à Varsovie par l’équipe de Mateusz Trokielewicz, ont abouti à un constat que peu de spécialistes anticipaient. Dans de bonnes conditions, l’iris s’analyse sans difficulté notable 5 à 7 heures après la mort, et l’identification demeure parfois possible jusqu’à 3 semaines après la mort [4].

L’étude la plus complète à ce jour

La démonstration la plus aboutie est toute récente. Elle est portée par une large équipe réunissant l’université de Notre Dame et l’université d’État du Michigan, sous la direction de Rasel Ahmed Bhuiyan, et elle a été retenue par une revue de référence en biométrie [1]. Les chercheurs ont d’abord constitué un ensemble d’images sans équivalent, plus de 10 000 photographies d’iris recueillies sur 259 personnes décédées, en lumière visible comme en lumière infrarouge, celle qui révèle le mieux le relief de l’iris [1]. Pour certaines, le délai séparant la mort de la prise de vue atteignait 1 674 heures, soit près de 70 jours [1].

Le corpus comporte un cas encore jamais publié, celui d’une personne dont l’œil a été photographié avant puis après la mort, ce qui a permis d’effectuer une comparaison directe entre l’iris du vivant et celui du défunt [1]. Il intègre aussi des configurations atypiques, rarement documentées jusque-là, comme celle d’un œil sorti de son orbite à la suite d’une blessure [1]. En y ajoutant les rares collections déjà disponibles, l’équipe a réuni des images de 338 personnes décédées, le plus vaste échantillonnage jamais constitué sur le sujet, puis les a soumises à 5 logiciels de reconnaissance, des plus anciens aux plus récents, certains reposant sur l’intelligence artificielle, d’autres déjà commercialisés [1]. Le résultat confirme et affine ce que la littérature laissait entrevoir. Lorsque le corps a été conservé dans de bonnes conditions, les logiciels actuels reconnaissent encore l’iris plusieurs heures, parfois plusieurs jours, après la mort [1]. Là encore, tout se joue sur la conservation, et l’écart peut être considérable. Un corps abandonné dans un champ au cœur de l’été verra son iris se dégrader en quelques jours, jusqu’à rendre toute comparaison impossible. Le même corps placé dans un tiroir réfrigéré d’un institut médico-légal (IML), autour de 6 degrés, conserve un iris exploitable plusieurs semaines [1].

Pour un enquêteur, un magistrat ou un médecin légiste, la conséquence est limpide. Aucun délai fixe ne marque le moment où l’iris cesserait d’être identifiable. Il n’existe que des conditions plus ou moins favorables, qu’il faudra reconstituer et documenter pour chaque cas.

L’étude ne se limite pas à mesurer des performances. Elle livre aussi un logiciel libre, baptisé PMExpert conçu pour épauler l’examinateur et qui est déjà employé depuis 2021 au sein d’un institut médico-légal américain [1]. Plutôt que de trancher par un « oui » ou un « non » définitif, il indique les zones de l’iris sur lesquelles il s’appuie pour rapprocher deux images (ante-mortem et post-mortem), et laisse ainsi à l’expert la possibilité de vérifier et d’évaluer la correspondance [1]. Le logiciel et les données qui l’accompagnent sont mis gratuitement à la disposition des services, par l’intermédiaire des archives publiques américaines de la justice pénale [1].

Estimer depuis combien de temps la personne est morte

Les mêmes images ont nourri une seconde recherche, qu’il faut soigneusement distinguer de la première [2]. Celle-ci ne cherche plus à identifier un individu par son iris, mais à estimer depuis combien de temps un individu est décédé. Conduite par Rasel Ahmed Bhuiyan et Adam Czajka, présentée à la conférence WACV 2025, elle s’appuie sur des collections européennes et sur le nouveau jeu de données, soit 348 personnes au total [2]. Le principe n’a rien d’inédit. Depuis des siècles, le médecin légiste estime l’intervalle post-mortem à partir de signes positifs de la mort qui évoluent à un rythme relativement régulier, comme le refroidissement cadavérique, l’installation des lividités cadavériques ou encore l’apparition puis la disparition des rigidités cadavériques. La nouveauté tient au signe choisi et à la manière de le lire.

Ici, ce que la machine observe, c’est ce voile blanc qui gagne progressivement l’œil après la mort. Plus il est marqué, plus la mort est ancienne. Les chercheurs ont entraîné un programme d’intelligence artificielle à effectuer cette lecture à partir de la seule photographie de l’iris [2]. La précision dépend, une fois encore, des facteurs environnementaux. Dans la situation la plus proche du réel, lorsque le programme doit se prononcer sur des corps et des environnements dont il n’a pas connaissance, il se trompe en moyenne d’environ 3 jours [2]. Il peut donc désigner une période mais jamais une heure précise. La faisabilité est acquise, mais on reste loin d’un outil pleinement fiable pour dater la mort [2].

Pour la justice, une piste à manier avec prudence

Concrètement, à quoi cela peut-il servir dans une enquête ? Devant un corps non identifié, on photographie l’œil, le logiciel propose une liste de correspondances possibles à partir d’un fichier, et un expert vient ensuite confirmer ou écarter chacune d’elles [1]. L’iris ne remplacera ni l’ADN, ni les empreintes papillaires, ni l’odontologie, qui sont les trois identifiants primaires utilisés pour identifier formellement un corps. Il vient s’y ajouter, surtout lorsque ces méthodes demandent du temps ou se révèlent inutilisables, faute de données ante-mortem, sur des corps trop dégradés ou fragmentés.

Son principal atout tient à sa rapidité. Comparer l’iris d’un œil à un fichier biométrique ne demande que quelques secondes, un argument qui peut compter lorsqu’il faut identifier de nombreuses victimes dans l’urgence, après une catastrophe de masse par exemple. Cette capacité à identifier de manière fiable un individu après sa mort soulève toutefois une difficulté de sécurité de premier ordre. Si l’iris d’une personne décédée reste identifiable, on conçoit qu’un œil arraché volontairement, ou même une simple image conservée, puisse servir à déverrouiller un téléphone ou à franchir un contrôle biométrique fondé sur ce procédé. Les auteurs ont anticipé ce cas de figure et ont adapté un logiciel chargé de repérer les faux yeux et montré qu’il apprend très vite à reconnaître l’iris d’un défunt pour le rejeter [1].

Conclusion

Reste à mesurer la portée réelle de cette avancée. La fenêtre d’exploitation existe, mais elle se referme vite, à mesure que le voile cornéen s’épaissit et que les tissus se décomposent. Les images nécessaires pour entraîner et éprouver les logiciels demeurent rares et difficiles à réunir, ce que les chercheurs reconnaissent eux-mêmes comme un frein majeur [1]. Et aucun cadre ne définit encore ce qui rendrait une telle identification recevable devant un tribunal. Tant que ce cadre fait défaut, l’iris d’une personne décédée s’apprécie comme n’importe quelle autre expertise, avec ses conditions à documenter et sa part de discussion.

Une évidence mérite surtout d’être rappelée. Identifier quelqu’un par son iris suppose de disposer au préalable de cet iris, enregistré du vivant de la personne, lors d’une demande de passeport biométrique dans les pays qui le prévoient, ou à l’occasion d’un accès à un site sécurisé par reconnaissance de l’iris. Sans cette référence, la plus performante des analyses ne mène nulle part. En France, où l’iris n’alimente aucun fichier d’identification, la technique relève donc, pour l’instant, de la veille plus que de la pratique courante. Elle mérite néanmoins qu’on la suive de près, car elle illustre une tendance de fond, celle d’une criminalistique qui apprend à faire parler le corps lorsque l’ADN et les empreintes se taisent.

Sources :

  • [1] Bhuiyan R. A., Farmanifard P., Sharma R., Kuehlkamp A., Boyd A., Flynn P. J., Bowyer K. W., Ross A., Chute D., Czajka A. (2026). Beyond Mortality, Advancements in Post-Mortem Iris Recognition through Data Collection and Computer-Aided Forensic Examination. IEEE Transactions on Biometrics, Behavior, and Identity Science, early access. arXiv:2603.26976. https://ieeexplore.ieee.org/document/11063436
  • [2] Bhuiyan R. A., Czajka A. (2025). Forensic Iris Image-Based Post-Mortem Interval Estimation. IEEE/CVF Winter Conference on Applications of Computer Vision, WACV 2025. arXiv:2404.10172.
  • [3] Boyd A., Yadav S., Swearingen T., Kuehlkamp A., Trokielewicz M., Benjamin E., Maciejewicz P., Chute D., Ross A., Flynn P., Bowyer K., Czajka A. (2020). Post-Mortem Iris Recognition, A Survey and Assessment of the State of the Art. IEEE Access, vol. 8, p. 136570-136593.
  • [4] Trokielewicz M., Maciejewicz P., Czajka A. (2024). Post-mortem Iris Biometrics, Field, Applications and Methods. Forensic Science International.

Peut-on reconstruire une activité humaine à partir d’un smartphone ?

Une étude récente menée par des chercheurs du Netherlands Forensic Institute et de l’Université d’Amsterdam examine la possibilité d’exploiter, dans un cadre judiciaire, les données issues des capteurs intégrés aux smartphones. L’enjeu est de déterminer si ces signaux de mouvement peuvent être traduits en une évaluation probabiliste permettant d’apprécier si une activité humaine donnée a eu lieu à un moment déterminé. À mesure que les objets du quotidien enregistrent des traces comportementales de plus en plus fines, la question de leur intégration méthodologique dans le raisonnement judiciaire devient centrale.

Comprendre la reconnaissance d’activité

La Human Activity Recognition, souvent abrégée HAR, est un champ de recherche développé depuis une dizaine d’années, d’abord dans les domaines de la santé connectée, du sport et des objets intelligents. Son principe consiste à exploiter les capteurs intégrés aux smartphones pour identifier des catégories de mouvements à partir de signaux numériques. Les téléphones contiennent notamment un accéléromètre et un gyroscope qui enregistrent en continu des variations de mouvement et d’orientation. À partir de ces séries de données, des modèles statistiques entraînés sur des activités connues apprennent à reconnaître des motifs caractéristiques. Marche, course ou immobilité présentent des signatures différentes que l’algorithme peut comparer aux données issues d’un téléphone analysé. 

Dans un usage courant, cette classification sert par exemple à suivre une activité physique ou détecter une chute. En contexte judiciaire, l’enjeu est plus restreint et plus exigeant. Il s’agit d’examiner ce que ces enregistrements permettent raisonnablement de soutenir au sujet d’une activité donnée, et ce qu’ils ne permettent pas d’affirmer.

De la classification à l’évaluation probabiliste

En sciences forensiques, la question n’est pas de déclarer qu’un événement a eu lieu, mais d’apprécier la force avec laquelle des données soutiennent une hypothèse par rapport à une autre. Les résultats issus des modèles de reconnaissance d’activité peuvent être traduits dans ce cadre en exprimant leur valeur sous forme de rapport de vraisemblance. Concrètement, il s’agit de déterminer si la séquence enregistrée est davantage attendue sous un scénario plutôt que sous un scénario alternatif clairement défini. L’algorithme ne décide pas qu’une personne courait ou marchait. Il fournit une mesure comparative du soutien apporté par les données à l’une des hypothèses examinées.

Illustration méthodologique en situation judiciaire

Imaginons un smartphone saisi dans le cadre d’une enquête pour agression. À un horaire déterminant pour les faits, les capteurs de mouvement ont enregistré une séquence de données.

Deux hypothèses sont formulées. Selon la première, la personne marchait normalement. Selon la seconde, elle courait. L’analyse des données montre que les signaux observés sont dix fois plus probables sous l’hypothèse d’une course que sous celle d’une marche. Le Likelihood Ratio est alors de dix en faveur de l’hypothèse selon laquelle la personne courait. Ce résultat ne constitue pas une preuve directe de la course. Il exprime un soutien probabiliste des données à cette hypothèse par rapport à l’alternative. L’intégration de cette information dans le dossier dépendra des autres éléments de preuve et de la cohérence globale des scénarios.

L’intérêt majeur de cette approche est sa compatibilité avec la logique bayésienne déjà reconnue en matière de preuve scientifique.

Les limites scientifiques et méthodologiques

Les modèles de Human Activity Recognition sont généralement entraînés sur des ensembles de données collectées dans des conditions contrôlées. Or, en situation réelle, de nombreux facteurs influencent le signal enregistré. La manière dont le téléphone est porté, la position dans une poche ou un sac, la nature du sol, l’état émotionnel ou encore la configuration logicielle de l’appareil peuvent affecter les mesures.

Un stress aigu peut modifier l’amplitude et la régularité des mouvements, tout comme une mise à jour logicielle peut changer la fréquence d’échantillonnage ou les paramètres de filtrage des capteurs. Ces éléments techniques, rarement visibles pour l’utilisateur, ont pourtant un impact direct sur la structure des données exploitées. La variabilité inter-individuelle constitue également un paramètre important. Deux personnes courant à la même vitesse peuvent produire des signatures légèrement différentes. Par ailleurs, l’intégrité des données doit être vérifiée. Les journaux de capteurs peuvent être incomplets, altérés ou désactivés selon les paramètres de l’appareil.

Enfin, comme pour toute méthode algorithmique, la validation externe, la connaissance des taux d’erreur et la transparence du modèle utilisé sont des conditions essentielles à son admissibilité en contexte judiciaire.

De la source à l’activité : un parallèle avec la génétique forensique

Ces travaux font écho à une distinction désormais classique en génétique forensique : celle entre le niveau de la source et le niveau de l’activité. Dans notre article Mégots de cigarette : un simple baiser peut-il fausser l’interprétation ADN ?, nous rappelions qu’identifier l’origine d’un profil génétique ne permet pas, à lui seul, d’expliquer comment il a été déposé. La même logique s’applique ici. Mettre en évidence un motif de mouvement compatible avec une course ne suffit pas à établir les circonstances exactes de l’action. Dans les deux cas, l’enjeu est identique. Passer d’une information technique à une interprétation au niveau de l’activité exige une comparaison explicite de scénarios et une évaluation probabiliste rigoureuse. Les données issues d’un smartphone, comme celles issues d’un profil ADN, prennent sens uniquement dans ce cadre structuré.

Enjeux juridiques et perspectives

Pour les magistrats et les experts judiciaires, la difficulté réside moins dans la technologie que dans sa compréhension méthodologique. Produire un rapport de vraisemblance suppose de définir précisément les hypothèses comparées, de documenter la validation du modèle et d’exposer clairement les limites de l’analyse. Le smartphone ne devient pas un témoin automatique des faits. Il peut, sous certaines conditions strictes, fournir un élément d’information probabiliste venant éclairer un scénario parmi d’autres. L’enjeu n’est donc pas de multiplier les données disponibles, mais d’en garantir l’interprétation scientifiquement robuste et juridiquement pertinente.

Source :

McCarthy, C., van Zandwijk, J. P., Worring, M., & Geradts, Z. (2025). Forensic Activity Classification Using Digital Traces from iPhones: A Machine Learning-based Approach.
Disponible en ligne : https://arxiv.org/abs/2512.03786

Fichier FAED empreintes Forenseek police scientifique

Le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED) partage ses informations

Créé en 1987, le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED) renferme différentes données relevées lors d’une enquête judiciaire. Son utilisation, strictement encadrée par la loi, vient d’être modifiée par décret en date du 23 avril 2024.

En janvier 2024, le FAED enregistrait les empreintes digitales et palmaires de plus de 6,7 millions d’individus ainsi que près de 300 000 traces non identifiées (chiffres CNIL). Il enregistre chaque année plus d’un million de nouveaux signalements. Cette masse d’informations fait de ce fichier un outil précieux dans la résolution des enquêtes, sa consultation permettant notamment de faire des rapprochements entre certaines affaires ou encore d’identifier des personnes disparues.

Plus d’interconnexions pour plus d’efficacité.

Le FAED n’est pas le seul fichier existant, loin de là. La France en compte un certain nombre, parmi lesquels le TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires) le CJN (Casier Judiciaire National), le DPN (Dossier Pénal Numérique) le FPR (Fichier des Personnes Recherchées), chacun d’entre eux contenant des millions de données, sans oublier les logiciels de procédure de la Police et de la Gendarmerie Nationale, le LRPPN et le LRPGN qui permettent le traitement automatisé de données à caractère personnel.

Le décret, mis en application le 24 avril 2024, vise à assurer la connexion entre eux de ces différents fichiers, dans le but évident de faciliter les rapprochements et de gagner en efficacité.

Une coopération européenne renforcée.

Le projet ne cible pas uniquement l’échelon national, il ambitionne également de relier ces fichiers nationaux à des systèmes européens afin d’en consulter les bases de données. Ce sera le cas pour le Système d’information Schengen deuxième génération  (SIS -II) qui comporte une partie centrale basée à Strasbourg associée à des bases nationales dans chaque pays membre de l’espace Schengen.  Ce système centralise les informations sur des personnes ou des objets signalés par les autorités administratives et judiciaires des différents états. L’autre système bénéficiaire est le système d’entrée et de sortie EES (pour  Entry/Exit System) qui enregistre et contrôle de manière automatisée les données des ressortissants de pays non membres de l’UE voyageant dans l’espace Schengen.

Dans les deux cas, cette mutualisation des données a pour objectif de faciliter les échanges, de renforcer les contrôles et donc la sécurité dans la zone européenne désormais dénuée de frontières intérieures. 

Des données suffisamment sécurisées ?

Le décret modifie également la durée de conservation des données enregistrées dans le FAED. Elle est portée à vingt cinq ans pour les crimes et certains délits et peut aller jusqu’à quarante ans pour certaines procédures criminelles.

Etant donné le volume d’informations traitées et ces nouvelles interconnexions entre les fichiers, la question se pose de la protection des données personnelles.  Suite à un rappel à l’ordre de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) qui s’en était inquiétée auprès du Ministère de l’intérieur, des mesures ont été prises pour protéger la confidentialité de ces données et procéder de manière automatisée à leur mise à jour et à leur effacement à la fin du délai de conservation. Ces mesures seront-elles suffisantes ? L’avenir le dira…

Source :
Décret n° 2024-374 du 23 avril 2024 modifiant le code de procédure pénale et relatif au fichier automatisé des empreintes digitales – Légifrance (legifrance.gouv.fr)
Chapitre Ier : Système d’information Schengen de deuxième génération (SIS II) (Articles R231-1 à R231-16) – Légifrance (legifrance.gouv.fr)
L’entrée dans l’espace Schengen : la future mise en place des systèmes EES et ETIAS – Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (diplomatie.gouv.fr)
FAED : la CNIL clôt l’injonction prononcée à l’encontre du ministère de l’Intérieur 01 février 2024 – Global Security Mag Online

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Vidéosurveillance intelligent lors des jeux olympiques de Paris 2024

Quand la vidéosurveillance devient « intelligente »

Le 23 mars dernier, l’Assemblée Nationale a adopté l’article 7 du projet de loi relative aux jeux olympiques, autorisant l’utilisation de la vidéosurveillance algorithmique. Une décision prise pour renforcer la sécurité de l’événement qui ne fait pas l’unanimité.

Avec des milliers d’athlètes et des millions de visiteurs venus du Monde entier, les Jeux Olympiques qui se dérouleront en France du 24 juillet au 8 septembre 2024 constituent un véritable casse-tête sécuritaire.

Pour y faire face, le gouvernement a souhaité mettre en place des capacités de surveillance supplémentaires dont ces caméras d’un nouveau type qui fonctionnent avec l’Intelligence Artificielle.

Vous avez dit intelligente ?

Déjà bien implantée dans les rues, les zones commerciales et les lieux de forte fréquentation, la vidéosurveillance fait désormais partie de notre panorama quotidien. Mais jusqu’à présent, il s’agissait d’une technologie classique fonctionnant avec des caméras analogiques placées sous le contrôle d’opérateurs humains formés à leur exploitation.

Les dispositifs mis en œuvre pour 2024 font quant à eux appel à des caméras dites « augmentées »qui analysent automatiquement les situations grâce à des algorithmes spécifiques et peuvent signaler rapidement des colis, des comportements suspects ou des mouvements de foule. Cette nouvelle vidéosurveillance, plus économe en ressources humaines (un seul agent peut gérer des dizaines, voire des centaines de caméras) permet en outre aux forces de sécurité de gagner un temps précieux entre l’identification d’une anomalie et l’intervention, notamment dans des lieux aussi animés que les transport en commun et les manifestations sportives ou culturelles. Un sérieux atout dans une période où le risque terroriste reste particulièrement élevé.

La surveillance, oui mais jusqu’où ?

Même si l’utilisation de cette technologie entre dans un cadre juridique spécifique « expérimental et temporaire » qui la limite théoriquement dans le temps (à priori jusqu’au 31 décembre 2024), elle ne suscite pas moins des inquiétudes, notamment chez certains élus et du côté de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) .Ils craignent que le déploiement de ces technologies puisse dériver vers une surveillance de masse permanente et l’ identification biométrique des individus par reconnaissance faciale. Face à un système algorithmique entièrement automatisé, on peut aussi redouter des interprétations erronées de gestes ou d’attitudes émanant d’un individu ou d’un groupe d’individus. En clair, quelles seraient les conséquences si la machine se trompait ?

A l’heure ou l’IA et l’apparition d’algorithmes de plus en plus sophistiqués comme Chat GPT font l’objet de nombreux débats pour en assurer l’encadrement à la fois déontologique et législatif dans le respect des droits fondamentaux, les interrogations sur l’emploi de la vidéosurveillance augmentée risquent fort de se multiplier.

Les empreintes digitales, bien plus qu’une méthode d’identification

Largement utilisées par les services de police du monde entier pour l’identification des personnes, les empreintes digitales permettent également de réaliser différents tests de dépistage.

L’intérêt pour les empreintes digitales vient d’être relancé grâce à une nouvelle étude publiée le 1er février 2023 par des chercheurs de l’Unité mammaire Jasmine du Doncaster Royal Infirmary au Royaume Uni. Les scientifiques ont en effet mis au point une technique digitale qui permet de détecter le cancer du sein avec une précision de près de 98%.

Des sécrétions qui trahissent la maladie…

Dans ce cas, pas question de scruter les classes de formes des empreintes digitales ou encore les minuties, ces points caractéristiques situés sur les lignes papillaires, qui permettent une identification fiable des individus grâce à leurs empreintes. En réalisant des frottis à l’extrémité des doigts afin d’en prélever la sueur, les médecins ont détecté la présence de protéines et de peptides, indiqués comme bio-marqueurs d’un potentiel cancer du sein.

Cette technique non invasive et sans douleur pour les patientes, permettrait de différencier les tumeurs bénignes, précoces ou métastatiques. Si les résultats sont confirmés, elle pourrait être commercialisée prochainement sous la forme d’un kit afin de poser un diagnostic rapide et fiable, nettement moins traumatisant et coûteux que la mammographie, qui est à l’heure actuelle le moyen de dépistage de référence.

…Et dépistent les stupéfiants!

De la médecine aux sciences forensiques, il n’y a souvent qu’un pas, que dans ce cas, la technologie a franchi. Le prélèvement de sueur au niveau des empreintes digitales fait en effet partie des dispositifs existants pour détecter la présence de quatre classes de stupéfiants : amphétamines, cannabis, cocaïne et opiacés.

Là encore, c’est le prélèvement de sueur qui trahit l’existence de ces molécules, que le produit chimique ait été simplement manipulé ou ingéré. Il suffit de presser les doigts sur un papier spécial puis de l’analyser à l’aide de la spectrométrie de masse pour en trahir la présence, une détection possible jusqu’à 48 heures après le contact ou l’ingestion.

Contrairement aux tests sanguins qui exige toute une logistique, cette méthode d’analyse ne prend que quelques minutes et peut aussi être employée au niveau des traces papillaires relevées sur une scène de crime. Elle se révèle également efficace dans le cadre médico-légal sur des prélèvements de sueur post-mortem.

Sources :

https://www.nature.com/articles/s41598-023-29036-7

https://www.businesswire.com/news/home/20181008005386/fr/

Utilisation de l'ADN dans le portrait-robot génétique

L’ADN à l’origine des portraits-robot !

Pour dessiner le portrait-robot d’un suspect, on avait coutume de faire appel à un portraitiste et à des logiciels spécialisés. Désormais, la police scientifique utilise aussi l’ADN récupérée sur la scène de crime pour dresser un profil physique très proche de la réalité.

En 1982, Edward Crabe, un australien de 57 ans, est assassiné dans sa chambre d’hôtel de Gold Coast situé dans l’état du Queensland. Malgré les nombreux témoignages recueillis et le prélèvement d’échantillons de sang sur la scène de crime, les enquêteurs ne réussissent pas à retrouver le coupable. 40 ans plus tard, la police australienne relance ce « cold case » en faisant appel au phénotypage de l’ADN. Cette technique encore récente, pratiquée notamment dans le laboratoire d’hématologie médico-légal de Bordeaux, permet de créer à partir de quelques cellules sanguines, le portrait-robot d’un suspect susceptible d’être identifié par les témoins ou l’entourage. 

Même inconnu, l’ADN parle !

C’est en tout cas ce qu’espèrent les policiers du Queensland qui ont lancé un nouvel appel à témoins le 9 novembre 2022. Ils comptent ainsi résoudre l’assassinat d’Edward Crabe grâce au portrait-robot établi à partir du sang retrouvé dans la chambre de la victime. Un premier profil ADN avait déjà été établi en 2020 mais celui-ci n’étant pas enregistré dans les bases de données nationales, les enquêteurs s’étaient rapidement retrouvés dans une impasse. Or, l’immense avantage du phénotypage, c’est que même lorsqu’un ADN n’est fiché nulle part, il n’en constitue pas moins une mine de renseignements sur la personne correspondante.

En quoi consiste cette technique ? On sait aujourd’hui que le matériel génétique renferme de très nombreuses informations, notamment sur le sexe, l’origine ethnique, la santé et l’apparence physique d’un individu. Les récentes techniques de séquençage de l’ADN permettent désormais d’analyser les séquences génétiques dites « codantes » et d’isoler celles qui renferment les indications morphologiques. Les scientifiques peuvent ainsi déterminer de façon suffisamment précise la forme d’un visage, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, une prédisposition à la calvitie ou encore la présence de taches de rousseur. A partir de ce profil génétique, il est possible d’établir un profil physique qui n’est à l’heure actuelle, ni complet, ni parfait mais qui peut permettre de réveiller les souvenirs de potentiels témoins.

Une technique qui tend à se perfectionner

Il existe aujourd’hui dans le Monde plusieurs équipes de chercheurs qui travaillent à perfectionner l’analyse de ces séquences génétiques liées au phénotype. L’objectif ?  Aller toujours plus loin dans la recherche des caractéristiques physiques des individus en prédisant par exemple la forme du lobe des oreilles ou encore l’âge de la personne étant à l’origine de la trace relevée.

Tous ces renseignements servent ensuite à mettre au point des programmes statistiques capables d’élaborer un portrait-robot génétique le plus proche possible de la réalité. Ces programmes, qui existent déjà aux États Unis, sont nourris par les entreprises proposant aux particuliers des tests ADN pour connaître leur généalogie et qui collaborent également avec les forces de l’ordre.

Dernièrement, une étude sur les sosies réalisée par une équipe de chercheurs du Leukaemia Research Institute à Barcelone (Espagne), est venue renforcer la réalité de ce portrait physique littéralement inscrit dans les gènes. En analysant l’ADN de ces « jumeaux virtuels », les scientifiques ont identifié des caractéristiques génétiques communes qui ne s’arrêtent d’ailleurs pas à  une apparence physique similaire. Elles sont également capables d’influencer certains comportements en matière d’alimentation et même d’éducation. Des résultats qui selon l’auteure principale de l’étude, Manel Esteller  «  auront des implications futures en médecine légale – reconstruire le visage du criminel à partir de l’ADN – et en diagnostic génétique – la photo du visage du patient  donnera déjà des indices sur le génome qu’il possède. Grâce à des efforts de collaboration, le défi ultime serait de prédire la structure du visage d’une personne à partir de son paysage multiomique«  .

Portraits-robot ADN génétique police scientifique aide dans la résolution des enquêtes judiciaires.
Exemple de portraits-robot génétique édités par Snapshot DNA analysis

Le projet européen VISAGE

L’objectif global du projet européen VISAGE (VISible Attributes Through GEnomics) est d’élargir l’utilisation judiciaire de l’ADN vers la construction de portraits-robot d’auteurs inconnus à partir de traces ADN le plus rapidement possible dans les cadres juridiques actuels et les lignes directrices éthiques.

Le consortium VISAGE est composé de 13 partenaires issus d’institutions universitaires, policières et judiciaires de 8 pays européens, et réunit des chercheurs en génétique légale et des praticiens en ADN judiciaire, des généticiens statistiques et des spécialistes en sciences sociales. Les objectifs sont :

  • d’établir de nouvelles connaissances scientifiques dans le domaine du phénotypage de l’ADN,
  • d’élaborer et valider de nouveaux outils dans l’analyse de l’ADN et l’interprétation statistique,
  • de valider et mettre en œuvre ces outils dans la pratique judiciaire,
  • d’étudier les dimensions éthiques, sociétales et réglementaires,
  • de diffuser largement les résultats et sensibiliser les différents protagonistes concernant la prédiction de l’apparence, de l’âge et de l’ascendance bio-géographique d’une personne à partir de traces d’ADN,
  • d’aider la justice à trouver des auteurs inconnus d’actes criminels au moyen du profilage de l’ADN

Pour aller plus loin :

https://snapshot.parabon-nanolabs.com/

Sources

https://www.newsendip.com/fr/comment-la-police-australienne-espere-resoudre-un-meurtre-de-1982-avec-un-nouveau-portrait-robot-issu-de-ladn-du-suspect/

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/police/enquete-quand-ladn-dessine-des-portraits-robots_4882409.html

https://www.sciencedaily.com/releases/2022/08/220823115609.htm

Empreinte cérébrale une nouvelle méthode d'identification - biométrie et police scientifique Forenseek

L’empreinte cérébrale, nouvelle méthode d’identification ?

La Terre compte huit milliards d’habitants et chacun d’entre eux est unique. Une spécificité largement utilisée dans les procédés d’identification, grâce à la génétique, à la dactyloscopie et dans un futur proche, à l’empreinte cérébrale.

Si le XXème siècle a été celui des progrès technologiques, le XXIème sera sans aucun doute le siècle des neurosciences. Grâce aux nouvelles techniques d’IRMf (Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle), il est possible de capter en moins de deux minutes l’empreinte d’un cerveau, une empreinte tout aussi unique que celles qui se trouvent au bout des doigt et qui permet d’identifier un individu avec une précision proche des 100% .

Une empreinte cérébrale unique

Outre le volume du cerveau et l’épaisseur du cortex, l’équipe de chercheurs de l’université de Zurich qui travaille sur cette question, a mis en évidence les caractéristiques anatomiques spécifiques de chaque cerveau avec notamment une organisation des crêtes et des sillons qui n’est pas sans rappeler celle des empreintes digitales. Cette « architecture » cérébrale est modelée non seulement par la génétique mais également par la pratique de certaines activités, les événements de la vie (comme un accident physique ) ainsi que par les différentes expériences qu’une personne peut connaître dans son existence.

Toutefois, ce n’est pas tant l’image du cerveau que son activité neuronale qui permet de caractériser cette empreinte cérébrale. Les signes d’ activité captés par l’IRMf sont synthétisés de façon à donner une carte des réseaux neuronaux, appelée connectome cérébral fonctionnel. En analysant ce connectome, il est possible d’en établir un résumé visuel sous forme d’un graphique qui permet de suivre l’activité du cerveau, de comprendre quelles en sont les zones sollicitées (sensorielles ou cognitives) et point essentiel dans le domaine de l’identification, de différencier les individus entre eux.

L’empreinte cérébrale utilisée en biométrie

Dans la mesure où la réalisation d’une IRM est aujourd’hui encore longue et coûteuse, il est peu probable que ce procédé d’identification remplace dans un futur proche les appareils capteurs d’empreintes digitales.

En revanche, les institutions gouvernementales comme certaines entreprises privées exerçant dans des secteurs dits sensibles, s’intéressent de près au développement de techniques biométriques basées sur l’identification des signaux cérébraux qui permettraient de sécuriser de façon très poussée les identités numériques.

Du simple smartphone aux lieux de haute sécurité, il existe déjà des systèmes d’identification pourvus de lecteurs d’empreintes digitales mais l’on sait d’expérience qu’il existe des possibilités de falsification. L’empreinte cérébrale quant à elle, se révèle infalsifiable car elle est obtenue grâce à une technologie qui fait intervenir un algorithme spécifique et complexe. Pour mettre en place cette biométrie cérébrale, les scientifiques enregistrent à l’aide d’un casque pour EEG (électroencéphalographie) les ondes cérébrales émises face à différents types de stimuli sensoriels, mots peu fréquents, images en noir et blanc et en couleurs par exemple. Ces réponses, différentes pour chaque individu, constituent une identité inviolable car nichée au sein du cerveau et dont le profil serait perturbé dans le cas où l’on exercerait des pressions ou des violences sur la personne en question. On peut donc imaginer disposer avec l’empreinte cérébrale d’une technique biométrique supérieure à celles existantes, même la technique de la rétine considérée comme l’une des plus sophistiquées ou encore de nouvelles applications dans le domaine de la police scientifique.

Sources :

https://www.futura-sciences.com/tech/actualites/technologie-biometrie-empreintes-cerebrales-nous-identifier-62535/

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/neurosciences-chaque-cerveau-possede-sa-propre-empreinte-digitale_158577

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1832469/cerveau-empreintes-cerebrales-empreintes-digitales