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Comment fonctionne les arnaques amoureuses ?

Une affaire récente impliquant une Française escroquée de plusieurs centaines de milliers d’euros par un individu se faisant passer pour Brad Pitt a largement circulé dans les médias. L’auteur utilisait des échanges prolongés, des contenus personnalisés et des supports visuels manipulés pour entretenir une relation crédible sur plusieurs mois. Si ce cas a retenu l’attention, il s’inscrit dans une tendance bien documentée. Selon la Federal Trade Commission, les pertes liées aux arnaques sentimentales ont dépassé 1,1 milliard de dollars en 2023, avec une progression continue depuis plusieurs années. Les travaux de Whitty et Buchanan (2022), publiés dans Crime Science, montrent par ailleurs que ces fraudes concernent des profils de plus en plus diversifiés, loin des stéréotypes habituels.

Comprendre l’efficacité des arnaques sentimentales

Les arnaques amoureuses reposent sur des mécanismes psychologiques robustes, largement étudiés en criminologie et en psychologie sociale. Leur efficacité ne tient pas à une faille individuelle, mais à une construction progressive.

L’interaction débute souvent de manière banale, puis évolue vers une relation personnalisée et cohérente. L’escroc adapte son discours, ajuste les temporalités de réponse, introduit des éléments biographiques crédibles et installe progressivement un climat de confiance. Ce processus repose notamment sur un engagement progressif de la victime dans la relation, une cohérence narrative qui limite la perception d’incohérences, une mobilisation des émotions (attachement, inquiétude, urgence), ainsi qu’une dissonance cognitive lorsque les premiers doutes apparaissent.

Le point de bascule : la dissonance cognitive

Cette dissonance cognitive constitue un moment clé, et probablement l’un des mécanismes les plus déterminants dans la persistance de la fraude. Elle correspond à une tension interne entre deux réalités incompatibles : d’un côté, la relation construite, investie émotionnellement, et de l’autre, l’éventualité d’une tromperie. Reconnaître l’arnaque implique alors bien plus qu’un simple ajustement rationnel. Cela signifie admettre une erreur, parfois coûteuse financièrement, mais surtout affectivement.

À ce stade, plusieurs freins entrent en jeu. La culpabilisation personnelle, le sentiment d’avoir été manipulé, la peur du regard des proches ou de leur incompréhension, mais aussi l’impression d’avoir atteint un point de non-retour renforcent le maintien dans la relation. S’y ajoute une forme de désillusion brutale, qui peut être psychologiquement difficile à intégrer.

Dans ce contexte, la poursuite de l’échange peut apparaître, paradoxalement, comme une manière de préserver une cohérence interne et d’éviter un choc émotionnel trop important. C’est précisément à ce moment que la rupture devient la plus difficile, alors même que les signaux d’alerte sont les plus présents. À mesure que la relation avance, les décisions ne sont plus évaluées uniquement de manière rationnelle. Elles s’inscrivent dans un cadre relationnel déjà investi, ce qui explique pourquoi des profils informés ou socialement intégrés peuvent également être concernés.

De l’échange à la trace

Dans une perspective criminalistique, ces affaires produisent des traces particulières. Contrairement à des preuves matérielles classiques, les éléments disponibles sont majoritairement des échanges numériques.

Messages écrits, audios, images ou vidéos constituent un ensemble de données qui ne documente pas seulement des faits, mais une interaction. Ces éléments permettent d’analyser la structuration du discours de l’auteur, le rythme des sollicitations, les moments de bascule vers des demandes financières ou encore les stratégies d’adaptation face aux réactions de la victime. L’introduction de contenus manipulés, notamment via des techniques de type deepfake, complexifie encore cette analyse. Ces supports renforcent la crédibilité perçue sans pour autant constituer des preuves directes d’identité. Dans la pratique, ce ne sont pas les éléments pris séparément qui apportent du sens, mais la manière dont ils s’enchaînent et s’inscrivent dans la durée.

Objectifs et contraintes de l’enquête

Les investigations liées aux arnaques sentimentales poursuivent plusieurs objectifs simultanés.

  • Le premier concerne les flux financiers. Il s’agit de tracer les transactions, identifier les comptes-relais et, lorsque cela est possible, engager des procédures de récupération des fonds.
  • Le second porte sur l’identification des auteurs. Dans de nombreux cas, les escroqueries s’inscrivent dans des réseaux organisés, avec une répartition des rôles entre créateurs de profils, opérateurs de conversation et intermédiaires financiers.
  • Le troisième objectif vise la compréhension du mode opératoire, afin d’alimenter la prévention et d’améliorer les capacités de détection.

Ces enquêtes sont rendues complexes par plusieurs facteurs : fragmentation géographique, multiplicité des identités utilisées, recours à des infrastructures techniques dispersées…

La difficulté centrale de l’interprétation

L’un des enjeux majeurs réside dans l’interprétation des échanges. Comme toute trace, les communications numériques ne prennent sens qu’à travers leur contexte. Un message ne peut être compris indépendamment de la relation dans laquelle il s’inscrit. Il ne reflète pas uniquement l’action de l’auteur, mais aussi la manière dont la victime réagit sous influence. Cette particularité impose une lecture particulièrement rigoureuse. L’analyse doit intégrer la chronologie des interactions, le contexte émotionnel, les stratégies de manipulation identifiables ainsi que les éléments extérieurs corroborants. Sans cette mise en perspective, le risque de surinterprétation reste élevé.

Vers une criminalistique des interactions ?

Ces arnaques illustrent une évolution plus large des traces exploitées en sciences forensiques. À côté des traces matérielles et numériques classiques émergent des traces interactionnelles, issues de relations médiatisées par des technologies.

Le deepfake, les faux profils ou les scripts conversationnels ne constituent pas une rupture en soi. Ils s’insèrent dans des logiques déjà existantes de manipulation, mais en renforcent la crédibilité et la scalabilité. L’enjeu pour les sciences forensiques est d’intégrer ces nouvelles formes de traces dans un cadre méthodologique robuste, capable d’articuler données techniques et analyse comportementale.

Enjeux judiciaires et perspectives

Pour les praticiens du droit, ces dossiers posent des questions spécifiques. La qualification des faits, l’appréciation du consentement de la victime et la valeur probatoire des échanges nécessitent une approche nuancée.

Un premier obstacle tient à la sous-déclaration. Les victimes portent encore rarement plainte, notamment en raison de la honte, de la culpabilité ou de la peur du jugement. Les données du Federal Bureau of Investigation (FBI) soulignent que les pertes déclarées ne représentent qu’une partie du phénomène réel. Même lorsque les faits sont signalés, les procédures aboutissent difficilement. La dimension transnationale, l’usage d’identités fictives et la complexité des flux financiers limitent fortement les poursuites et les condamnations.

Les données sont abondantes, mais leur interprétation demande une rigueur particulière. L’enjeu n’est pas de multiplier les éléments, mais de produire une lecture cohérente et scientifiquement fondée. Ces évolutions invitent à renforcer le dialogue entre enquêteurs, analystes et experts en sciences comportementales, afin de mieux appréhender des infractions où la preuve passe autant par l’interaction que par la technique.

Sources :

Federal Trade Commission (2024). Consumer Sentinel Network Data Book 2023 – Romance scam losses. Disponible en ligne : https://www.ftc.gov/reports/consumer-sentinel-network-data-book-2023

Whitty, M. T., & Buchanan, T. (2022). The online romance scam: Causes and consequences. Crime Science. Disponible en ligne : (PDF) The online dating romance scam: causes and consequences of victimhood

France Bleu (2025). Retour sur l’arnaque au faux Brad Pitt qui a coûté 830 000 euros à une internaute française. Disponible en ligne :https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/retour-sur-l-arnaque-au-faux-brad-pitt-qui-a-coute-830-000-euros-a-une-internaute-francaise-9633205

Le Monde (2025). Qui se cache derrière les arnaques sentimentales qui se multiplient en France ?
Disponible en ligne : Qui se cache derrière les arnaques sentimentales qui se multiplient en France ?

Federal Bureau of Investigation (2024). Internet Crime Report – Romance scams. Disponible en ligne : https://www.ic3.gov/Media/PDF/AnnualReport/2023_IC3Report.pdf

Un laboratoire dédié à l’investigation numérique de terrain

TRACIP, spécialiste de l’investigation numérique, a développé plusieurs laboratoires mobiles afin de permettre aux forces de l’ordre de mener leurs investigations au plus près du terrain. Parmi ces laboratoires, le mobil’IT est un modèle exclusif permettant aux enquêteurs spécialisés en numérique de réaliser des analyses forensiques et de la récupération de données, en mode autonome, nomade et collaboratif.

L’enjeu de la mobilité pour l’enquête

Les enquêteurs sont confrontés à plusieurs enjeux dans le cadre de leurs investigations et notamment la nécessité d’accélérer leurs enquêtes. Raccourcir les délais et limiter les étapes et manipulations pour préserver la preuve numérique en raison notamment de sa « fragilité » est une préoccupation croissante. Les solutions qui permettent de déployer les moyens de traitement et d’analyse de la preuve au plus près de la scène d’intervention apportent une réponse à ces défis. Tracip (entité de Deveryware appartenant à Flandrin technologies, la division cyber du groupe ChapsVision), premier laboratoire français privé d’expertise judiciaire numérique a développé depuis 2014  le mobil’IT dédié à l’investigation numérique. Conçu pour accompagner les enquêteurs lors de leurs interventions, ce laboratoire est un véhicule comprenant toute l’installation nécessaire à la réalisation d’investigations numériques sur le terrain.

Proposer les mêmes qualités qu’un laboratoire fixe

Le mobil’IT, véhicule hautement équipé, a été pensé pour tirer le meilleur parti des équipements et optimiser les processus de travail, en situation d’itinérance. Il dispose des mêmes fonctionnalités qu’un laboratoire fixe, « traditionnel », tout en étant totalement autonome. Le Système d’Information y joue alors un rôle central : il est le centre névralgique qui permet aux équipes d’enquêteurs de réaliser leurs missions sans contrainte, et de rester connectés avec l’extérieur, que ce soit par des moyens de communication traditionnels (4G, satellite…) ou spécifiques (réseau privé chiffré). La distribution du réseau interne se fait de la même façon que pour tout autre laboratoire, qu’il soit cuivré ou fibré. En outre, il dispose de ses propres ressources en interne pour une autonomie complète, avec l’intégration de différents serveurs. La configuration permet également d’accéder au contenu de mémoires flash et de disques durs défectueux ou endommagés.

Alimentation électrique autonome, équipements spécifiques (baie informatique, stations de travail, salle blanche), dispositifs de communication, etc., la configuration offre souplesse et efficacité au service de la résolution des enquêtes.

Intérieur du mobil'IT - investigation numérique
Les équipements du mobil’IT permettent de mener des investigations numériques
en complète autonomie

Spécificité de la preuve numérique

Aujourd’hui, il est difficile pour un enquêteur de synthétiser de manière pertinente et rapide de grandes quantités d’informations. Les outils d’analyse et les méthodes évoluent, afin de traiter et d’exploiter des volumes de données toujours plus importants dans le but de mettre en relief rapidement les éléments les plus pertinents. Dans un monde de plus en plus numérisé, l’accès aux éléments de preuves impose de mettre en œuvre des techniques de recueil rigoureuses qui ne seront pas sujettes à contestation devant la justice.

L’investigation numérique permet de valoriser les indices en preuves numériques, afin d’en garantir l’admissibilité dans le cadre de l’enquête judiciaire. Aujourd’hui, l’émergence du cloud, l’augmentation de la diversité et du volume de données et des crimes dont la nature est devenue bien plus technique (faille de réseau…cybersécurité, etc.), pousse l’investigation numérique à évoluer. La fiabilité des résultats est une exigence à satisfaire, tout comme la vitesse de traitement surtout lorsque les échéances sont courtes. Par exemple, lorsqu’un suspect est en garde à vue, le temps de traitement est très limité. Et lorsqu’il s’agit d’une disparition, chaque minute compte.

L’enjeu pour l’investigation numérique est ainsi de favoriser la sauvegarde de la preuve et d’éviter l’altération, la falsification des données d’identification (auteur, horaire, matériel), pour prouver l’origine et l’intégrité du document numérique. Sans quoi il ne pourra pas être retenu par un juge.

La collecte, l’analyse et la restitution d’éléments de preuves issus de supports numériques dans une opération « terrain », imposent donc une vigilance accrue quant au traitement de la donnée.  Dans un contexte d’intervention en situation de mobilité, la preuve numérique est d’autant plus fragile, volatile, et complexe à localiser. Un défi auquel permet justement de répondre le mobil’IT.

Les laboratoires d’investigation mobiles, une expertise de TRACIP

TRACIP a développé une expertise unique en matière d’investigation numérique mobile : laboratoires déployables sur le terrain et kit d’investigation terrain (notamment le « Field k’IT backpack » conditionné dans un sac à dos et comprenant un hexib’IT laptop, un bloqueur externe et un duplicateur).

Concernant les laboratoires mobiles, TRACIP a développé conjointement avec l’IRCGN (L’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale) le mobil’DNA, laboratoire mobile dédié à l’analyse ADN rapide pour l’identification humaine. Ce dispositif projetable est sans équivalent dans le monde pour opérer rapidement des analyses génétiques d’une grande quantité de prélèvements biologiques, pour l’identification de victimes multiples, qu’il s’agisse d’actes terroristes, d’accidents ou de catastrophes naturelles. En juillet 2022, le Centre de crise et de soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères a fourni à la procurature générale d’Ukraine un mobil’DNA / Lab’ADN. Cette action s’inscrit dans le cadre du soutien de la France aux autorités ukrainiennes pour l’identification de leurs victimes suite à l’agression de la Russie.

L’analyse ADN express

Contrairement aux procédés habituels d’analyse ADN, deux heures suffisent au mobil’DNA pour obtenir les profils génétiques des 21 premiers échantillons d’analyse, incluant les étapes de mise en route et de calibration des équipements. Puis 21 nouveaux résultats d’analyse sont obtenus toutes les 30 minutes. Cette performance s’appuie sur l’innovation brevetée par l’IRCGN : le GendSAG (Gendarmerie Sample And Go), écouvillon de nouvelle génération, incluant un réacteur biologique supprimant l’étape d’extraction. Ses microfibres ont la propriété de collecter les traces biologiques avec une grande précision, minimisant ainsi leur altération et permettant de rendre l’ADN directement disponible pour une amplification par PCR et un génotypage par un séquenceur à électrophorèse capillaire.

Mobil'DNA laboratoire mobile génétique offert à l'Ukraine par la France - investigation numérique
Le mobil’DNA livré à l’Ukraine en juillet 2022 – Crédit : Jonathan Sarago – MEAE

Entièrement autonome en énergie, le mobil’DNA est capable d’analyser génétiquement jusqu’à 200 prélèvements biologiques par jour. Il embarque un cycle complet à bord, du prélèvement au résultat. De plus, les équipements d’analyse sont projetables si besoin par voie aérienne. Ce dispositif a été éprouvé à de multiples reprises, notamment lors de la tempête Alex (Alpes-Maritimes – 2020), de l’attentat de Nice (2016) ou du crash de l’avion de la German Wings (Alpes du Sud – 2015).