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Iris identification post-mortem avec utilisation en police scientifique - Forenseek

Identification post-mortem par l’iris

Longtemps, on a cru l’iris inutilisable presque aussitôt après la mort. Plusieurs travaux récents démontrent l’inverse, et le plus complet d’entre eux vient de paraître aux États-Unis.

L’iris est l’anneau coloré qui entoure la pupille. Son relief, fait de cryptes, de sillons et de stries, dessine une texture qui n’appartient qu’à un seul individu et qui se fixe dès la petite enfance, au point de ne plus évoluer ensuite. Une photographie en haute définition suffit à le saisir, après quoi un algorithme en extrait un code propre à la personne, puis le confronte à l’ensemble des profils déjà enregistrés dans une base de données. En France, la biométrie de l’iris reste très peu déployée, mais elle accompagne depuis des années l’identification des personnes vivantes ailleurs dans le monde. Aux États-Unis, le FBI en a fait un service à part entière, le NGI Iris Service, alimenté par un réseau national où les shérifs enregistrent l’iris des personnes mises en cause ou condamnées au moment de leur incarcération. Une question restait pourtant en suspens, que presque personne n’avait sérieusement creusée. Que devient cet identifiant lorsque la personne meurt ?

Une certitude que la science a fini par démentir

Quand survient la mort, la pupille se fige, le plus souvent grande ouverte et la cornée se couvre peu à peu d’un voile blanchâtre, ce film laiteux que l’on aperçoit parfois dans le regard d’un défunt. Dès 2001, John Daugman, l’ingénieur britannique à l’origine de la reconnaissance automatique de l’iris, expliquait à la BBC que ce double phénomène compliquait sérieusement l’analyse. L’idée s’est installée durablement, au point de nourrir l’affirmation, répétée comme une évidence, selon laquelle l’iris devenait inexploitable en quelques minutes.

Les 15 dernières années ont patiemment défait cette certitude, étude après étude [3]. Dès 2016, on a établi que l’iris pouvait encore être reconnu plusieurs jours après le décès [3]. La conservation du corps s’est vite imposée comme le facteur décisif. Lorsque le corps est en extérieur, l’iris se dégrade rapidement, là où les empreintes digitales et le visage résistent bien mieux à la décomposition, comme l’avait observé l’équipe de Bolme [3]. À l’opposé, Sauerwein et ses collègues ont retrouvé des iris parfaitement analysables 34 jours après la mort, sur des corps en extérieur mais exposés au froid de l’hiver [3]. Les premières recherches réellement suivies dans la durée, menées à Varsovie par l’équipe de Mateusz Trokielewicz, ont abouti à un constat que peu de spécialistes anticipaient. Dans de bonnes conditions, l’iris s’analyse sans difficulté notable 5 à 7 heures après la mort, et l’identification demeure parfois possible jusqu’à 3 semaines après la mort [4].

L’étude la plus complète à ce jour

La démonstration la plus aboutie est toute récente. Elle est portée par une large équipe réunissant l’université de Notre Dame et l’université d’État du Michigan, sous la direction de Rasel Ahmed Bhuiyan, et elle a été retenue par une revue de référence en biométrie [1]. Les chercheurs ont d’abord constitué un ensemble d’images sans équivalent, plus de 10 000 photographies d’iris recueillies sur 259 personnes décédées, en lumière visible comme en lumière infrarouge, celle qui révèle le mieux le relief de l’iris [1]. Pour certaines, le délai séparant la mort de la prise de vue atteignait 1 674 heures, soit près de 70 jours [1].

Le corpus comporte un cas encore jamais publié, celui d’une personne dont l’œil a été photographié avant puis après la mort, ce qui a permis d’effectuer une comparaison directe entre l’iris du vivant et celui du défunt [1]. Il intègre aussi des configurations atypiques, rarement documentées jusque-là, comme celle d’un œil sorti de son orbite à la suite d’une blessure [1]. En y ajoutant les rares collections déjà disponibles, l’équipe a réuni des images de 338 personnes décédées, le plus vaste échantillonnage jamais constitué sur le sujet, puis les a soumises à 5 logiciels de reconnaissance, des plus anciens aux plus récents, certains reposant sur l’intelligence artificielle, d’autres déjà commercialisés [1]. Le résultat confirme et affine ce que la littérature laissait entrevoir. Lorsque le corps a été conservé dans de bonnes conditions, les logiciels actuels reconnaissent encore l’iris plusieurs heures, parfois plusieurs jours, après la mort [1]. Là encore, tout se joue sur la conservation, et l’écart peut être considérable. Un corps abandonné dans un champ au cœur de l’été verra son iris se dégrader en quelques jours, jusqu’à rendre toute comparaison impossible. Le même corps placé dans un tiroir réfrigéré d’un institut médico-légal (IML), autour de 6 degrés, conserve un iris exploitable plusieurs semaines [1].

Pour un enquêteur, un magistrat ou un médecin légiste, la conséquence est limpide. Aucun délai fixe ne marque le moment où l’iris cesserait d’être identifiable. Il n’existe que des conditions plus ou moins favorables, qu’il faudra reconstituer et documenter pour chaque cas.

L’étude ne se limite pas à mesurer des performances. Elle livre aussi un logiciel libre, baptisé PMExpert conçu pour épauler l’examinateur et qui est déjà employé depuis 2021 au sein d’un institut médico-légal américain [1]. Plutôt que de trancher par un « oui » ou un « non » définitif, il indique les zones de l’iris sur lesquelles il s’appuie pour rapprocher deux images (ante-mortem et post-mortem), et laisse ainsi à l’expert la possibilité de vérifier et d’évaluer la correspondance [1]. Le logiciel et les données qui l’accompagnent sont mis gratuitement à la disposition des services, par l’intermédiaire des archives publiques américaines de la justice pénale [1].

Estimer depuis combien de temps la personne est morte

Les mêmes images ont nourri une seconde recherche, qu’il faut soigneusement distinguer de la première [2]. Celle-ci ne cherche plus à identifier un individu par son iris, mais à estimer depuis combien de temps un individu est décédé. Conduite par Rasel Ahmed Bhuiyan et Adam Czajka, présentée à la conférence WACV 2025, elle s’appuie sur des collections européennes et sur le nouveau jeu de données, soit 348 personnes au total [2]. Le principe n’a rien d’inédit. Depuis des siècles, le médecin légiste estime l’intervalle post-mortem à partir de signes positifs de la mort qui évoluent à un rythme relativement régulier, comme le refroidissement cadavérique, l’installation des lividités cadavériques ou encore l’apparition puis la disparition des rigidités cadavériques. La nouveauté tient au signe choisi et à la manière de le lire.

Ici, ce que la machine observe, c’est ce voile blanc qui gagne progressivement l’œil après la mort. Plus il est marqué, plus la mort est ancienne. Les chercheurs ont entraîné un programme d’intelligence artificielle à effectuer cette lecture à partir de la seule photographie de l’iris [2]. La précision dépend, une fois encore, des facteurs environnementaux. Dans la situation la plus proche du réel, lorsque le programme doit se prononcer sur des corps et des environnements dont il n’a pas connaissance, il se trompe en moyenne d’environ 3 jours [2]. Il peut donc désigner une période mais jamais une heure précise. La faisabilité est acquise, mais on reste loin d’un outil pleinement fiable pour dater la mort [2].

Pour la justice, une piste à manier avec prudence

Concrètement, à quoi cela peut-il servir dans une enquête ? Devant un corps non identifié, on photographie l’œil, le logiciel propose une liste de correspondances possibles à partir d’un fichier, et un expert vient ensuite confirmer ou écarter chacune d’elles [1]. L’iris ne remplacera ni l’ADN, ni les empreintes papillaires, ni l’odontologie, qui sont les trois identifiants primaires utilisés pour identifier formellement un corps. Il vient s’y ajouter, surtout lorsque ces méthodes demandent du temps ou se révèlent inutilisables, faute de données ante-mortem, sur des corps trop dégradés ou fragmentés.

Son principal atout tient à sa rapidité. Comparer l’iris d’un œil à un fichier biométrique ne demande que quelques secondes, un argument qui peut compter lorsqu’il faut identifier de nombreuses victimes dans l’urgence, après une catastrophe de masse par exemple. Cette capacité à identifier de manière fiable un individu après sa mort soulève toutefois une difficulté de sécurité de premier ordre. Si l’iris d’une personne décédée reste identifiable, on conçoit qu’un œil arraché volontairement, ou même une simple image conservée, puisse servir à déverrouiller un téléphone ou à franchir un contrôle biométrique fondé sur ce procédé. Les auteurs ont anticipé ce cas de figure et ont adapté un logiciel chargé de repérer les faux yeux et montré qu’il apprend très vite à reconnaître l’iris d’un défunt pour le rejeter [1].

Conclusion

Reste à mesurer la portée réelle de cette avancée. La fenêtre d’exploitation existe, mais elle se referme vite, à mesure que le voile cornéen s’épaissit et que les tissus se décomposent. Les images nécessaires pour entraîner et éprouver les logiciels demeurent rares et difficiles à réunir, ce que les chercheurs reconnaissent eux-mêmes comme un frein majeur [1]. Et aucun cadre ne définit encore ce qui rendrait une telle identification recevable devant un tribunal. Tant que ce cadre fait défaut, l’iris d’une personne décédée s’apprécie comme n’importe quelle autre expertise, avec ses conditions à documenter et sa part de discussion.

Une évidence mérite surtout d’être rappelée. Identifier quelqu’un par son iris suppose de disposer au préalable de cet iris, enregistré du vivant de la personne, lors d’une demande de passeport biométrique dans les pays qui le prévoient, ou à l’occasion d’un accès à un site sécurisé par reconnaissance de l’iris. Sans cette référence, la plus performante des analyses ne mène nulle part. En France, où l’iris n’alimente aucun fichier d’identification, la technique relève donc, pour l’instant, de la veille plus que de la pratique courante. Elle mérite néanmoins qu’on la suive de près, car elle illustre une tendance de fond, celle d’une criminalistique qui apprend à faire parler le corps lorsque l’ADN et les empreintes se taisent.

Sources :

  • [1] Bhuiyan R. A., Farmanifard P., Sharma R., Kuehlkamp A., Boyd A., Flynn P. J., Bowyer K. W., Ross A., Chute D., Czajka A. (2026). Beyond Mortality, Advancements in Post-Mortem Iris Recognition through Data Collection and Computer-Aided Forensic Examination. IEEE Transactions on Biometrics, Behavior, and Identity Science, early access. arXiv:2603.26976. https://ieeexplore.ieee.org/document/11063436
  • [2] Bhuiyan R. A., Czajka A. (2025). Forensic Iris Image-Based Post-Mortem Interval Estimation. IEEE/CVF Winter Conference on Applications of Computer Vision, WACV 2025. arXiv:2404.10172.
  • [3] Boyd A., Yadav S., Swearingen T., Kuehlkamp A., Trokielewicz M., Benjamin E., Maciejewicz P., Chute D., Ross A., Flynn P., Bowyer K., Czajka A. (2020). Post-Mortem Iris Recognition, A Survey and Assessment of the State of the Art. IEEE Access, vol. 8, p. 136570-136593.
  • [4] Trokielewicz M., Maciejewicz P., Czajka A. (2024). Post-mortem Iris Biometrics, Field, Applications and Methods. Forensic Science International.

Analyse ADN laboratoire police scientifique transfert

Quand l’ADN d’un enquêteur absent se retrouve sur un scellé judiciaire

Une affaire non résolue depuis dix-huit ans est rouverte. Sur un sac plastique conservé comme scellé judiciaire, les analystes obtiennent un profil ADN complet. Comparé à la base d’élimination du personnel, il livre un nom : celui d’un enquêteur. Le problème est que cet enquêteur se trouvait à quatre-vingts kilomètres du laboratoire et n’a jamais été ni sur les lieux ni dans la salle de stockage des scellés. Le profil génétique était pourtant bien le sien. La génétique avait identifié une personne avec une quasi-certitude sur un objet qu’elle n’avait jamais manipulé. Ce cas, rapporté début 2026 par Gao et al dans Forensic Science International: Genetics, rappelle une distinction trop souvent négligée. Savoir de qui provient une trace et savoir comment elle y est arrivée sont deux questions différentes.

Identifier la source n’est pas expliquer l’activité

Le résultat du laboratoire de police scientifique répondait parfaitement à une question, celle de l’origine du matériel génétique, mais il n’apportait aucune information fiable sur les circonstances du dépôt. Cette distinction structure depuis longtemps le raisonnement des experts en génétique forensique. En 1998, Cook, Evett et al. [1] ont proposé dans Science & Justice une hiérarchie des propositions distinguant trois niveaux d’interprétation, allant de la source à l’infraction elle-même. Le niveau sous-source, propre à l’ADN, lui a été ajouté plus tard, notamment par Evett et al. en 2002 [2]. Déterminer à qui correspond le profil biologique d’une trace se situe tout en bas de cette échelle. Expliquer comment ce profil s’est retrouvé là, sur un support ou sur une scène de crime, relève du niveau de l’activité, plus élevé et bien plus difficile à établir. Pour un magistrat, la nuance est décisive. Un laboratoire peut affirmer avec une grande robustesse que le profil ADN établi à partir d’une trace biologique concorde avec le profil génétique d’un individu sans pouvoir dire, avec la même assurance, ce que cette présence signifie.

Les quatre niveaux d’interprétation

L’exemple classique de Cook et Evett, une affaire d’agression sexuelle où chaque niveau ajoute une couche d’inférence par rapport au précédent :

  • Le niveau sous-source :
    « L’ADN du prélèvement provient du suspect » (plutôt que d’une personne inconnue). C’est ce que mesure directement la comparaison génétique brute. On ne parle que d’ADN, rien de plus.
  • Le niveau source :
    « Le sperme provient du suspect ». On ajoute l’identification du fluide biologique, encore faut-il avoir établi que la trace est bien du sperme.
  • Le niveau activité :
    « Le suspect a eu un rapport sexuel avec la victime ». On ajoute le mécanisme du dépôt, là où interviennent transfert, persistance et contamination.
  • Le niveau crime :
    « Le suspect a violé la victime ». On ajoute l’absence de consentement, que l’expert ne peut pas trancher puisque cela revient au juge.

À chaque marche, la science peut en dire un peu moins, et le poids de la preuve diminue.

Ce que la sensibilité des méthodes a changé

La question n’est pas nouvelle, mais elle a changé d’échelle avec les progrès des analyses génétiques. Les kits actuels permettent l’obtention de profils ADN exploitables à partir de quelques cellules, là où il fallait autrefois une quantité d’ADN beaucoup plus importante. En 1997, Van Oorschot et Jones [9] ont montré qu’un simple contact suffit à déposer de l’ADN. Depuis, la littérature a documenté de nombreuses voies de transfert, directes comme indirectes, dont la revue de Van Oorschot et al. de 2019 [10] dresse l’état des lieux. L’effet est à double tranchant. La sensibilité qui permet de rouvrir des affaires anciennes augmente également la probabilité de mettre en évidence un profil ADN étranger aux faits. Les études restent prudentes sur les fréquences, très variables selon les conditions, au point que certains auteurs tiennent le transfert secondaire pour un événement peu courant. Aucune généralisation ne s’impose donc, ni pour minimiser le transfert ni pour le surestimer.

Le risque de transfert d’ADN dans la gestion des scellés judiciaires

Le cheminement d’un scellé judiciaire, de la scène de crime jusqu’à la paillasse du laboratoire, traverse une série de manipulations au cours desquelles de l’ADN peut se déplacer. Le conditionnement de l’objet lui-même y participe. Stella et al [7] ont montré en 2026 que ce transfert peut être double : l’ADN déposé sur un objet peut migrer vers la paroi interne du conditionnement, et le profil recherché manquer à l’analyse ; ou alors l’ADN peut se transférer à une autre zone de l’objet, où il n’a pas lieu d’être et brouille l’interprétation. Goray et al [6] ont relevé en 2019 que la face externe des gants pouvait porter, en plus du profil ADN recherché, celui des analystes, en particulier au moment d’ouvrir et de refermer l’emballage. C’est précisément ce risque que cherchent à écarter les protocoles d’examen mis en place par les services de police scientifique, qui imposent des gants décontaminés, changés à chaque nouvelle manipulation.

Les outils d’examen posent également un problème comparable, décrit dès 2015 par Szkuta et al [8]. Qu’un enquêteur contamine un objet ou un support après les faits n’est donc pas une hypothèse farfelue, et l’équipe de Fonneløp [3-4] a étudié ce phénomène jusque sur les sachets de scellé judiciaires.

Pour expliquer la présence de ce profil ADN sur un scellé que l’enquêteur n’avait jamais approché, Gao et al. [5] écartent le transfert d’objet à objet au profit d’une voie probablement aéroportée. L’ADN se serait fixé sur les vêtements d’un collègue avant de se détacher à l’approche de la zone de pré-traitement. Sans la base ADN d’élimination du personnel, cette hypothèse n’aurait jamais vu le jour.

Ce que cette distinction change pour l’appréciation de la preuve

Pour les professionnels du droit, la leçon à tirer de cette affaire n’est pas que l’ADN serait peu fiable, mais plutôt qu’une identification génétique solide au niveau de la source peut coexister avec une explication fragile au niveau de l’activité. Tout le risque tient dans le glissement de l’une à l’autre, quand la force de la première vient teinter l’appréciation de la seconde. Pour éviter ce glissement, une partie des spécialistes en génétique forensique milite pour que l’expert raisonne explicitement au niveau de l’activité et expose les scénarios compatibles avec ses observations. C’est notamment la position de l’École des sciences criminelles de l’Université de Lausanne et des recommandations européennes sur le rapport évaluatif [11].

Conclusion :

Le cas de l’enquêteur absent de la scène de crime illustre cet enjeu mieux qu’un rappel théorique. Son profil ADN, parfaitement authentique, figurait sur un scellé judiciaire qu’il n’avait jamais touché, dans une affaire dont il n’avait jamais visité les lieux. Sans un dispositif de contrôle qui a fait apparaître une autre explication, cette trace aurait pu être interprétée comme une véritable piste d’enquête avec un profil ADN « pertinent ». Une preuve génétique ne vaut donc pas seulement par ce qu’elle identifie, mais par ce qu’elle autorise raisonnablement à inférer. Et cela ne se décide jamais sur une seule et unique trace. Un profil génétique s’évalue dans un faisceau d’indices, jamais isolément.

Sources

  • [1] Cook R., Evett I.W., Jackson G., Jones P.J., Lambert J.A. (1998). A hierarchy of propositions: deciding which level to address in casework. Science & Justice, 38(4), 231-239.
  • [2] Evett I.W., Gill P.D., Jackson G., Whitaker J., Champod C. (2002). Interpreting small quantities of DNA: the hierarchy of propositions and the use of Bayesian networks. Journal of Forensic Sciences, 47(3), 520-530.
  • [3] Fonneløp A.E., Egeland T., Gill P. (2015). Secondary and subsequent DNA transfer during criminal investigation. Forensic Science International: Genetics, 17, 155-162.
  • [4] Fonneløp A.E., Johannessen H., Egeland T., Gill P. (2016). Contamination during criminal investigation: Detecting police contamination and secondary DNA transfer from evidence bags. Forensic Science International: Genetics, 23, 121-129.
  • [5] Gao L. et al. (2026). A rare and atypical case of long-distance indirect DNA transfer: Contamination from an investigator never present at the scene. Forensic Science International: Genetics.
  • [6] Goray M., Pirie E., van Oorschot R.A.H. (2019). DNA transfer: DNA acquired by gloves during casework examinations. Forensic Science International: Genetics, 38, 167-174.
  • [7] Stella C.J., Goray M., Meakin G.E., van Oorschot R.A.H. (2026). DNA transfer in packaging: Investigation of mitigation strategies. Journal of Forensic Sciences, 71(1), 197-210.
  • [8] Szkuta B., Harvey M.L., Ballantyne K.N., van Oorschot R.A.H. (2015). DNA transfer by examination tools, a risk for forensic casework? Forensic Science International: Genetics, 16, 246-254.
  • [9] van Oorschot R.A.H., Jones M.K. (1997). DNA fingerprints from fingerprints. Nature, 387, 767.
  • [10] van Oorschot R.A.H., Szkuta B., Meakin G.E., Kokshoorn B., Goray M. (2019). DNA transfer in forensic science: A review. Forensic Science International: Genetics, 38, 140-166.
  • [11] ENFSI, Guideline for Evaluative Reporting in Forensic Science, 2015

Analyse génétique d'un cheveu sans bulbe pour la police scientifique

Le cheveu sans racine, source fiable d’identification génétique

Le cheveu sans racine figure parmi les traces biologiques que l’on peut découvrir sur une scène de crime, et parmi les plus difficiles à exploiter dans les laboratoires de la police scientifique. Dépourvu de racine, il livre rarement un profil exploitable par les méthodes classiques et reste le plus souvent cantonné à l’analyse d’ADN mitochondrial, peu discriminante. Cependant, une étude parue dans Genome Biology en février 2026, signée par l’équipe de Joshua Kapp et Richard Green (University of California Santa Cruz et Astrea Forensics), offre désormais de nouvelles perspectives. En transposant les outils mis au point pour séquencer l’ADN ancien ou dégradé, les auteurs montrent que quelques centimètres de tige pilaire suffisent à établir un profil génétique classique exploitable, permettant de rapprocher ou d’écarter un individu avec un poids statistique élevé. L’enjeu concerne aussi bien les affaires criminelles classiques – notamment les infractions à caractère sexuel, lorsque des cheveux ou des poils pubiens sont retrouvés sur la victime – que les affaires non élucidées (cold cases) ou encore l’identification de restes humains.

Pourquoi le cheveu sans racine échappait à l’analyse ADN nucléaire

L’identification par génétique forensique repose le plus souvent sur l’analyse de marqueurs STR (Short Tandem Repeat), également appelées microsatellites. Il s’agit de courtes séquences d’ADN qui se répètent, et dont le nombre de répétitions varie d’un individu à l’autre. En analysant plusieurs dizaines de ces zones, il est possible d’établir une sorte de « code-barres » génétique propre à chaque personne. Le profil obtenu alimente les bases de données nationales, comme le FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques) en France ou le CODIS aux États-Unis. Cette approche est rapide, robuste et très discriminante, mais elle exige un ADN relativement bien conservé, composé de fragments suffisamment longs (soit plusieurs centaines de nucléotides). Or la tige du cheveu (sans bulbe) ne contient qu’un ADN nucléaire massivement dégradé. L’étude de Kapp et ses collègues (2026) confirme à ce propos que la quasi-totalité des fragments mesurent moins de cent nucléotides, soit bien en deçà de la longueur nécessaire pour réaliser une analyse STR classique. Cette absence d’ADN nucléaire exploitable ne résulte pas d’une dégradation progressive de la trace au fil du temps, mais d’un processus biologique propre à la formation du cheveu. Lors de la kératinisation, c’est-à-dire lorsque les cellules de la tige durcissent et se chargent en kératine, une endonucléase nommée DNase1L2, découpe l’ADN en très petits fragments. Ces fragments résiduels restent ensuite piégés dans la tige, comparables à des courts fragments d’ADN qui circulent librement dans le plasma sanguin. Leur taille très réduite explique ainsi pourquoi l’analyse génétique classique du cheveu sans bulbe était jusqu’ici difficile, voire impossible, et pourquoi les analyses se limitaient le plus souvent à l’ADN mitochondrial.

Les outils de l’analyse d’ADN ancien au service de l’enquête judiciaire

La solution retenue par Kapp et al. (2026) ne consiste pas à améliorer les méthodes d’amplification classiques existantes, mais à adopter une approche différente fondée sur le séquençage massif de l’ADN. Les auteurs appliquent ainsi un protocole optimisé pour l’ADN très dégradé, directement issu de la paléogénomique. Il s’agit de la discipline qui a permis, dès 2010, de reconstituer le génome complet d’un individu ayant vécu il y a près de 4 000 ans à partir d’une simple mèche de cheveux conservée dans les collections d’un musée à Copenhague (Rasmussen et al., 2010).

Chaque cheveu est d’abord nettoyé en surface à l’aide d’une solution diluée d’hypochlorite de sodium, afin d’éliminer l’ADN exogène et les contaminations microbiennes. Cette étape constitue un avantage par rapport à l’os ou à la dent, dont la décontamination est plus complexe. L’ADN est ensuite extrait puis préparé selon une méthode conçue pour conserver les fragments les plus courts, sans les fragmenter davantage. Ces fragments sont enfin analysés par séquençage à haut débit, à raison d’environ 300 millions de lectures par cheveu. Point important pour les laboratoires, l’ensemble du protocole a été pensé pour pouvoir être automatisé, condition essentielle à une éventuelle utilisation en routine.

De quelques centimètres de cheveu à un profil génétique exploitable

À partir de quelques centimètres seulement (cinq centimètres de cheveu ou trois centimètres de poil pubien), les auteurs parviennent à obtenir suffisamment d’ADN nucléaire pour analyser le génome. Plus particulièrement Kapp et al. (2026) atteignent une couverture moyenne du génome de 2,18 fois pour les cheveux et 2,64 fois pour les poils pubiens. La couverture mesure le nombre moyen de fois où chaque position du génome est lue. Une valeur de « 2 » signifie que chaque position a été observée environ deux fois en moyenne. L’essentiel de l’ADN humain récupéré est nucléaire, la part mitochondriale restant minoritaire, autour de 3%. Cette quantité, modeste en apparence, suffit à reconstruire un profil de polymorphismes nucléotidiques, les SNP (Single Nucleotide Polymorphism), ces positions du génome où un seul nucléotide varie d’un individu à l’autre. Comme la couverture demeure faible, les positions non lues sont complétées par imputation, une inférence statistique qui s’appuie sur un panel de référence de génomes connus, ici le projet 1000 Génomes, pour déduire les génotypes manquants à partir des variants voisins. La détermination du sexe est immédiate puisqu’elle découle du rapport entre les lectures portées par le chromosome X et celles portées par un autosome de taille comparable. Pour les 77 cheveux dont la couverture moyenne dépasse une fois, la concordance des génotypes avec l’ADN de référence prélevé dans la salive du même donneur dépasse 99,4%.

Principe du séquençage par fragments (shotgun sequencing). L’ADN, qu’il soit naturellement dégradé ou volontairement fragmenté, se présente sous la forme de courts segments (ici < 1 000 paires de bases). Chaque fragment est séquencé individuellement, puis les lectures obtenues sont alignées par chevauchement de leurs régions communes. Cet assemblage permet de reconstituer, de proche en proche, la séquence complète de la molécule d’origine — y compris lorsque l’ADN de départ est trop court et trop abîmé pour les méthodes d’amplification classiques. Crédit : Forenseek

Identifier ou écarter une personne : l’approche statistique

L’apport décisif de l’étude de Kapp et al. (2026) tient à la fiabilité de la méthode proposée. Les auteurs ont comparé l’ADN extrait de 80 cheveux avec des profils génétiques de référence établis à partir de la salive de 50 personnes. Ils s’attendaient ainsi à 80 comparaisons positives, lorsque le cheveu et la salive provenaient de la même source, et à près de 4 000 comparaisons négatives, lorsque les échantillons provenaient de sources différentes. Pour chaque comparaison, un outil calcule un rapport de vraisemblance, c’est-à-dire le rapport entre deux probabilités : celle d’observer l’ADN du cheveu si celui-ci provient de la personne comparée, et celle de l’observer s’il provient d’un individu inconnu et non apparenté. Sur l’ensemble des tests, le calcul a fourni le résultat attendu, « identification » ou « exclusion », sans la moindre erreur. Le résultat reste valable même lorsque la quantité d’informations issues du cheveu est volontairement réduite à moins de 0,2 fois de couverture, ce qui correspond à une trace très pauvre en ADN. Les auteurs relèvent que les comparaisons négatives (lorsque le cheveu analysé ne provient pas de la personne de référence) permettent de conclure à une exclusion de manière particulièrement robuste. Les comparaisons positives (lorsque le cheveu et l’échantillon de référence proviennent de la même personne) permettent quant à elles d’établir un rapprochement, mais avec un résultat statistiquement moins marqué. Cette asymétrie permet une véritable prudence en contexte judiciaire, puisqu’elle limite le risque d’attribuer à tort une trace génétique pauvre à une personne. Concrètement, un seul cheveu peut désormais identifier une personne, et non plus seulement fournir un renseignement d’orientation.

Une vraie avancée pour les affaires non élucidées

Les conséquences de cette étude pour les enquêtes judiciaires sont multiples et notables. Les scènes de crime et certains scellés judiciaires (notamment les vêtements et linges de lit) regorgent souvent de cheveux, y compris quand les autres traces font défaut. De nombreux dossiers non résolus (cold cases) conservent par ailleurs des cheveux prélevés pour des examens morphologiques, jusqu’ici considérés comme inexploitables pour l’analyse de l’ADN nucléaire. Le profil SNP dense obtenu grâce à la méthode développée par Kapp et al. (2026) ouvre la voie à la généalogie génétique investigative, qui consiste à rechercher des parents éloignés d’un individu dans les bases de données de tests génétiques grand public, méthode à l’origine de la résolution de centaines d’affaires aux États-Unis. Une distinction importante s’impose toutefois pour le lecteur français. La recherche en parentèle, légalisée par la loi du 3 juin 2016 et codifiée à l’article 706-56-1-1 du code de procédure pénale, est autorisée. Elle permet d’interroger le FNAEG, sur la base de profils STR, pour repérer un proche parent déjà connu des services judiciaires et déjà fiché. La généalogie génétique investigative constitue une démarche différente, puisqu’elle repose sur des profils SNP et sur l’exploitation de bases de données commerciales étrangères. Cette pratique est pour l’heure interdite, le recours aux tests récréatifs étant prohibé en France et passible d’une amende. Le projet de loi dit SURE, porté par le garde des Sceaux, prévoit de l’autoriser dans son article 3, seulement pour les crimes les plus graves et sous le contrôle du juge. Adopté par le Sénat en avril 2026, le texte est en cours d’examen à l’Assemblée nationale et nourrit un vif débat sur le consentement, la fiabilité des bases étrangères et la protection des données personnelles.

Au sein de Forenseek, nous formulons toutefois une réserve quant à la portée de cette étude. En effet, plusieurs auteurs de cette étude sont liés à la société qui développe et commercialise la technologie. De nouvelles études scientifiques et une validation indépendante par des laboratoires accrédités reste à mener avant tout usage dans le cadre judiciaire. Notons que le cheveu peut également être utilisée pour une analyse protéomique à des fins d’identification.

Sources :

  • Kapp J. D., Wanket C., Nguyen R. et al. Rootless hair as a reliable source of forensic genetic information. Genome Biology, 2026, 27:104. disponible ici : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/41703596/
  • Brandhagen M. D., Loreille O., Irwin J. A. Fragmented nuclear DNA is the predominant genetic material in human hair shafts. Genes, 2018.
  • Fischer H. et al. DNase1L2 degrades nuclear DNA during corneocyte formation. Journal of Investigative Dermatology, 2007.
  • Nguyen R., Kapp J. D., Sacco S. et al. A computational approach for positive genetic identification and relatedness detection from low-coverage shotgun sequencing data. Journal of Heredity, 2023.
  • National Institute of Justice. Nuclear DNA from Rootless Hair for Forensic Purposes. Project summary, 2024.
  • Code de procédure pénale, articles 706-54 (FNAEG) et 706-56-1-1 (recherche en parentèle) ; loi n° 98-468 du 17 juin 1998 ; loi n° 2016-731 du 3 juin 2016.
  • Code civil, article 16-10 (examen des caractéristiques génétiques).
  • Projet de loi relatif à la justice criminelle et au respect des victimes, dit SURE, article 3 ; dossiers législatifs du Sénat et de l’Assemblée nationale, 2026.
Quand un baiser permet de transférer l'ADN d'une tierce personne sur un mégot de cigarette. Forenseek

Mégots de cigarette : un simple baiser peut-il fausser l’interprétation ADN ?

Une problématique classique des scènes d’infraction

Le mégot de cigarette est un support biologique de premier plan. Riche en cellules épithéliales déposées par la salive, il permet généralement d’obtenir des profils génétiques exploitables. En pratique, la découverte d’un mélange ADN sur un filtre est souvent interprétée comme le signe que deux personnes ont fumé la même cigarette ou se sont succédé dans un intervalle rapproché. Or, avec l’augmentation de la sensibilité des techniques de quantification et d’amplification STR, les laboratoires détectent aujourd’hui des quantités infimes d’ADN, y compris issues de transferts indirects. La question n’est donc plus seulement de savoir « à qui appartient ce profil ? », mais « comment cet ADN est-il arrivé là ? ».

Un protocole expérimental à deux scénarios réalistes

Les auteurs de cette étude pilote ont testé deux configurations distinctes.

Premier scénario : baiser puis cigarette.
Un couple s’embrasse (baiser avec échange salivaire), puis chacun fume une cigarette à différents intervalles : immédiatement, puis 5, 15, 30, 60, 90 et 120 minutes après le contact. L’objectif est d’évaluer si l’ADN du partenaire, resté dans la cavité buccale, peut être transféré secondairement sur le filtre.

Deuxième scénario : cigarette partagée.
Les deux partenaires fument alternativement la même cigarette, reproduisant un cas de co-consommation directe. Les échantillons ont été analysés soit immédiatement après collecte, soit après un délai de conservation de 30 jours, afin d’évaluer l’effet du temps sur la quantité et la qualité de l’ADN récupéré.

Jusqu’à deux heures de persistance détectable

Dans le scénario « baiser puis cigarette », des allèles attribuables au partenaire non-fumeur ont été détectés sur les mégots jusqu’à 120 minutes après le contact. La quantité d’ADN transféré diminue progressivement avec le temps, mais reste détectable dans plusieurs conditions expérimentales. Autrement dit, la présence d’un profil minoritaire sur un mégot ne permet pas d’affirmer, à elle seule, que deux personnes ont fumé la cigarette. Un simple contact intime antérieur pourrait suffire à expliquer le mélange. Ce résultat s’inscrit dans la continuité de travaux récents montrant que l’ADN salivaire peut persister dans la cavité buccale pendant plusieurs dizaines de minutes, voire davantage selon les individus et les conditions physiologiques.

L’effet déterminant du délai d’analyse

L’étude met également en évidence une diminution significative de la quantité totale d’ADN après 30 jours de conservation, accompagnée d’une augmentation de l’indice de dégradation. Ce phénomène affecte particulièrement la composante minoritaire du mélange, plus fragile et plus susceptible de disparaître partiellement (pertes alléliques, déséquilibres). En pratique, cela signifie qu’un mégot analysé rapidement peut révéler un mélange détectable, alors qu’un traitement différé pourrait aboutir à un profil apparemment mono-contributeur. Cette variabilité temporelle complique l’interprétation et souligne l’importance de documenter précisément les conditions de stockage et les délais de traitement.

L’apport et les limites des marqueurs Y-STR

Dans les cas où la femme fumait après le baiser, les analyses Y-STR ont permis de suivre spécifiquement la composante masculine transférée. Des profils Y complets ont été obtenus jusqu’à une heure après le contact, avec des allèles encore détectables à deux heures dans certaines conditions. Toutefois, là encore, la dégradation progressive et la faiblesse quantitative du signal imposent prudence et contextualisation.

Interpréter au niveau de l’activité est un impératif

Ces résultats illustrent parfaitement la distinction désormais centrale entre :

  • Le niveau de la source : à qui appartient l’ADN ?
  • Le niveau de l’activité : par quel mécanisme a-t-il été déposé ?

En présence d’un mélange sur un mégot retrouvé sur une scène d’infraction, plusieurs scénarios peuvent être scientifiquement plausibles : co-consommation, manipulation successive, transfert secondaire après contact intime antérieur, voire combinaison de ces hypothèses. L’expert ne peut donc se limiter à constater la présence d’un profil ADN. Il doit discuter les mécanismes de dépôt compatibles avec les données scientifiques disponibles, en intégrant la dynamique des transferts secondaires et les effets du temps.

Conclusion

Cette étude expérimentale, menée dans des conditions contrôlées, ne prétend pas établir une règle universelle applicable à toutes les situations judiciaires. Elle apporte en revanche la démonstration claire qu’un transfert secondaire buccal vers un mégot est possible et peut rester détectable jusqu’à deux heures après un simple baiser. À l’heure où la sensibilité des techniques d’analyse génétique ne cesse de progresser, ces résultats rappellent une exigence fondamentale des sciences forensiques : la détection d’un ADN ne vaut pas, en soi, démonstration d’un scénario. L’interprétation doit s’inscrire dans une approche rigoureuse, contextualisée et raisonnée au niveau de l’activité, afin d’éviter toute surinterprétation devant les juridictions.

Source :

GIANFREDA, Denise, CORRADINI, Beatrice, FERRI, Gianmarco, FERRARI, Francesca, BORCIANI, Ilaria, CECCHI, Rossana, SANTUNIONE, Anna Laura. Preliminary study of mixed traces on cigarette butts and non-self DNA transfer, persistence, prevalence and recovery in different forensic scenarios. Legal Medicine, 2026, vol. 81, article 102803. DOI: 10.1016/j.legalmed.2026.102803.

Analysis hair proteomic forensic Forenseek

Identifier un individu sans ADN : l’analyse protéomique capillaire

Lorsqu’un cheveu ou un poil est retrouvé sans bulbe sur une scène de crime, aucune analyse génétique classique ne peut être réalisée. Privé d’ADN nucléaire, cet élément biologique n’offrait jusqu’ici qu’un intérêt limité et ne permettait ni l’identification formelle d’un individu, ni la consultation du fichier national génétique. Depuis quelques années, un changement majeur est intervenu : la protéomique du cheveu, qui exploite les protéines de la tige pilaire afin de révéler des marqueurs individualisants. Grâce aux progrès de la spectrométrie de masse, cette approche ouvre désormais une nouvelle voie d’identification, utile notamment dans les cold cases ou dans les situations où l’ADN est absent ou inexploitable.

Un élément pileux longtemps sous-exploité

Les cheveux et poils retrouvés sur les scènes de crime sont très souvent dépourvus de bulbe, empêchant toute analyse STR (Short Tandem Repeat). Les alternatives traditionnelles (étude morphologique ou ADN mitochondrial) n’offrent qu’une capacité discriminante réduite [1][9]. Dans de nombreuses affaires, ces éléments étaient classés parmi les « traces faibles », faute de valeur probante suffisante. Pourtant, le cheveu constitue un matériau biologiquement dense. Il est composé principalement de kératines et de protéines structurelles particulièrement stables, résistantes à la chaleur, au vieillissement et aux agressions environnementales [1]. Cette robustesse a conduit plusieurs équipes à explorer une autre voie : plutôt que de chercher de l’ADN là où il est absent ou dégradé, pourquoi ne pas s’appuyer directement sur les protéines, dont certaines varient d’un individu à l’autre ?

Figure 1 : Structure d’un cheveu. Source : cosmeticsdesign.com

De l’ADN à la protéomique

La rupture technologique s’appuie sur la spectrométrie de masse haute résolution (HRMS), associée à l’analyse bioinformatique des polymorphismes protéiques. Les travaux récents ont confirmé que l’on peut identifier des centaines de protéines dans un seul cheveu. Parmi elles, certains marqueurs, les SAP (Single Amino acid Polymorphisms), reflètent des variations génétiques individuelles [2]. Une étude majeure a montré qu’un individu présente en moyenne plus de 600 groupes protéiques détectables et plus de 160 marqueurs polymorphiques, permettant d’atteindre des probabilités de correspondance fortuite (Random Match Probability) de l’ordre de 10⁻¹⁴ [2]. Cette signature protéique se révèle donc hautement discriminante, comparable dans certains cas au pouvoir informatif de l’ADN mitochondrial, tout en échappant aux limites bien connues de ce dernier [10].

Les verrous techniques liés à l’extraction des protéines, compliquée par la structure fortement réticulée de la kératine, ont également été en partie levés. Des protocoles combinant chaleur contrôlée et agents réducteurs permettent désormais une extraction plus efficace et reproductible [3]. Ces avancées rendent la méthode plus mature et plus intégrable dans les pratiques forensiques.

Analyse protéomique du cheveu pour une identification forensique. Article Forenseek.
Figure 2 : Processus d’analyse protéomique du cheveu : des protéines extraites de la tige pilaire sont fragmentées puis analysées par spectrométrie de masse afin d’identifier des variations peptidiques individuelles. Source : [2] Parker, G. et al., Deep Coverage Proteome Analysis of Human Hair Shafts, Journal of Proteome Research, 2022.

Des opportunités concrètes pour les enquêtes

La protéomique capillaire revalorise profondément le statut du cheveu dans l’investigation. Dans les cold case, des cheveux conservés depuis des décennies peuvent fournir aujourd’hui des informations individualisantes, même lorsque l’ADN nucléaire était inexploitable au moment des faits [5]. Dans des contextes extrêmes, comme sur des scènes d’incendies, lors de la découverte de corps carbonisés, ou le prélèvement de traces très dégradées, les protéines subsistent souvent là où l’ADN s’est dégradé, ce qui en fait une ressource particulièrement précieuse [5][6].

Pour les enquêtes récentes (agressions sexuelles, enlèvements, violences, contacts rapprochés), les cheveux ou poils sans racine prélevés sur des vêtements, dans des véhicules ou sur des victimes peuvent désormais contribuer à établir des rapprochements ou à exclure des individus. Même lorsqu’elle n’aboutit pas à une identification formelle, la signature protéique permet de réduire le champ des suspects, de confirmer ou d’infirmer une hypothèse, et d’alimenter un faisceau d’indices soumis aux magistrats [4]. Sur le plan judiciaire, cette méthode doit être appréhendée comme une approche probabiliste, proche de l’analyse de l’ADN mitochondrial mais fondée sur des marqueurs plus stables [7]. Intégrée avec rigueur, elle peut devenir déterminante dans les orientations d’enquêtes judiciaires, les réexamens d’affaires anciennes ou les dossiers restés sans réponse faute d’ADN ou de traces papillaires.

Les limites et défis de la technique

Malgré son potentiel, la protéomique capillaire reste une technique encore en phase de maturation. La première limite tient aux protocoles eux-mêmes. L’extraction des protéines reste délicate en raison de la structure résistante de la tige pilaire, et la standardisation complète n’est pas encore atteinte [3]. Un second enjeu est la constitution de bases de données populationnelles suffisamment vastes pour calculer des probabilités de correspondance fortuite robustes [4]. La validation inter-laboratoire, indispensable avant une utilisation en contexte pénal, nécessite des essais menés sur des cheveux provenant de populations, d’âges, d’environnements et de conditions de conservation variés [4][6].

L’intégration juridique pose également des défis. Les magistrats et avocats devront disposer d’explications claires sur cette nouvelle forme de preuve probabiliste. Les exigences classiques d’admissibilité (fiabilité, reproductibilité, transparence méthodologique, robustesse statistique, etc.) s’appliquent pleinement [7]. À ce jour, aucune norme internationale ne cadre encore la procédure, même si des travaux préliminaires sont engagés [8].

Vers une standardisation et intégration opérationnelle de l’analyse protéomique ?

Les perspectives pour les années à venir sont particulièrement encourageantes. Plusieurs centres, notamment Murdoch University et ChemCentre près de Perth en Australie, œuvrent à la standardisation des protocoles et à la production de bases de référence diversifiées [5][6]. Les progrès de la spectrométrie de masse et des outils bioinformatiques rendent désormais possible une automatisation partielle des analyses et une intégration plus simple dans les pratiques courantes des laboratoires forensiques. Pour les enquêteurs, policiers, gendarmes, magistrats et experts, cette évolution implique une adaptation des pratiques de prélèvement et de conservation. Désormais, tout cheveu sans racine doit être systématiquement collecté et conservé. Même minuscule, même ancien, il peut contenir une signature protéique exploitable. Ce changement de paradigme pourrait transformer la réévaluation des cold cases, l’analyse des scènes d’incendie et les investigations les plus complexes.

Conclusion

La protéomique capillaire constitue l’une des avancées les plus prometteuses des prochaines années dans le domaine de l’identification forensique. En redonnant de la valeur à des traces longtemps sous-exploitées, elle constitue une alternative fiable et robuste lorsque l’ADN est absent, dégradé ou inexploitable. Si son intégration judiciaire nécessite encore validation, standardisation et pédagogie, les premiers résultats montrent clairement que cette approche pourrait jouer un rôle décisif dans les enquêtes difficiles, les scènes dégradées et les affaires non résolues.

Références :

[1] Adav, S.S., Human hair proteomics: An overview, Science & Justice, 2021. Accessible via ScienceDirect (Elsevier). Analyse des protéines capillaires, limites analytiques et potentiel médico-légal.

[2] Parker, G. et al., Deep Coverage Proteome Analysis of Human Hair Shafts, Journal of Proteome Research, 2022. Étude clé avec ≈ 632 ± 243 groupes protéiques identifiés par individu, SAP individualisants, RMP jusqu’à 10⁻¹⁴.

[3] Liu, Y. et al., Individual-specific proteomic markers from protein amino acid polymorphisms, Proteome Science, 2024. Développement de protocoles d’amélioration d’extraction et démonstration de peptide-level individualisation.

[4] Smith, R.N. et al., Forensic proteomics: potential and challenges, Proteomics, 2023. Revue systématique : maturité technologique, intégration dans les workflows médico-légaux.

[5] Murdoch University – Western Australia, Hair protein identification project (2024–2025). Programme de recherche sur l’identification humaine via polymorphismes protéiques à partir de cheveux sans ADN. Communiqué institutionnel officiel.

[6] ChemCentre (Western Australia Government), World-first forensic proteomics research program, 2024. Projet financé sur la mise au point de protocoles standardisés pour cheveux, poils, ongles.

[7] Henry, R. & Stoyan, N., The admissibility of proteomic evidence in court, SSRN, 2020. Analyse juridique des preuves probabilistes émergentes (SAP, RMP, validation inter-lab, normes futures).

[8] ISO / ASTM – Guidelines on forensic biology & novel analytical methods, 2022–2024. Cadre normatif en évolution, discussions autour des méthodes non-ADN.

[9] Anslinger, K., Hair evidence in forensic science, Wiley, 2019. Limites des approches traditionnelles (morphologie, ADNmt).

[10] Budowle, B., Mitochondrial DNA in forensic identification, Elsevier, 2018. Base comparative pour comprendre la place de la protéomique.

Microbiome sexome nouvelle technique d'identification pour la police scientifique Forenseek

Le sexome, une preuve potentielle dans les agressions sexuelles

Grâce aux nouvelles techniques de prélèvement et d’analyse, les sciences forensiques jouent un rôle essentiel dans la résolution des crimes sexuels. Là où la recherche de sperme est mise en échec, le sexome, encore appelé microbiome génital, pourrait prendre le relais et devenir un outil complémentaire, voire déterminant.

Qu’est-ce que le sexome ? A l’heure où l’on découvre l’importance du microbiote humain dans de nombreux domaines de la santé, les chercheurs ne se limitent plus à l’analyse de cette flore bactérienne qui colonise la peau et l’intestin. Ils s’intéressent également aux micro-organismes qui peuplent les zones génitales féminines et masculines, le microbiome génital. Pour des questions de santé et notamment la prévention des infections sexuelles, mais pas seulement.

Une signature microbienne unique

L’étude menée par une équipe de chercheurs de l’Université Murdoch de Perth en Australie sur une douzaine de couples hétérosexuels, a en effet mis en évidence que chaque individu possède une flore microbienne génitale qui lui est propre. Plus abondante chez la femme que chez l’homme, elle se transfère de l’un à l’autre lors d’un rapport sexuel.  Pour Brendan Chapman, scientifique médico-légal et co-auteur de cette étude, la découverte de ces « traces » pourrait devenir une alternative efficace pour identifier l’auteur d’un crime sexuel.

Une identification possible même avec un préservatif

Selon les scientifiques à l’origine de cette découverte, cette nouvelle technique pourrait intervenir de manière décisive lorsque l’analyse ADN du sperme se révèle problématique.  Le prélèvement du matériel biologique sur une victime d’agression sexuelle est désormais très au point et permet grâce aux banques de données génétiques, de nombreuses identifications. Mais la méthode se heurte à plusieurs difficultés, notamment à la réalité temporelle. Au-delà de 48 heures, la quantité de spermatozoïdes diminue drastiquement et peut être insuffisante pour mener à bien des analyses concluantes. Par ailleurs, en l’absence d’éjaculation ou en présence d’un préservatif, ces traces biologiques sont inexistantes.

En revanche, grâce à des techniques de séquençage sophistiquées, il est possible de détecter la signature sexuelle transférée d’un partenaire à l’autre dans les échantillons prélevés jusqu’à cinq jours après le contact sexuel. Mieux encore, ces transferts sont détectables après le lavage des parties intimes, et même si c’est dans une moindre proportion, lorsqu’il y a eu utilisation d’un préservatif. Dans ce cas, précise Brendam Chapman, ce sont surtout les éléments du microbiome sexuel féminin qui sont retrouvés sur l’appareil génital masculin. De quoi confondre encore plus d’agresseurs sexuels même en l’absence d’ADN et cela, sans avoir besoin de réaliser de nouveaux prélèvements sur les victimes déjà fortement traumatisées !

La prochaine étape pour les scientifiques est d’affiner la technique en vérifiant quels sont les facteurs qui peuvent affecter le sexome, en particulier le microbiome vaginal soumis au cycle menstruel, ces variations risquant de fausser les résultats. Une recherche qui s’avère pleine d’espoir pour les sciences forensiques.

Lire l’étude complète (en anglais) ici

Fichier FAED empreintes Forenseek police scientifique

Le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED) partage ses informations

Créé en 1987, le Fichier Automatisé des Empreintes Digitales (FAED) renferme différentes données relevées lors d’une enquête judiciaire. Son utilisation, strictement encadrée par la loi, vient d’être modifiée par décret en date du 23 avril 2024.

En janvier 2024, le FAED enregistrait les empreintes digitales et palmaires de plus de 6,7 millions d’individus ainsi que près de 300 000 traces non identifiées (chiffres CNIL). Il enregistre chaque année plus d’un million de nouveaux signalements. Cette masse d’informations fait de ce fichier un outil précieux dans la résolution des enquêtes, sa consultation permettant notamment de faire des rapprochements entre certaines affaires ou encore d’identifier des personnes disparues.

Plus d’interconnexions pour plus d’efficacité.

Le FAED n’est pas le seul fichier existant, loin de là. La France en compte un certain nombre, parmi lesquels le TAJ (Traitement des Antécédents Judiciaires) le CJN (Casier Judiciaire National), le DPN (Dossier Pénal Numérique) le FPR (Fichier des Personnes Recherchées), chacun d’entre eux contenant des millions de données, sans oublier les logiciels de procédure de la Police et de la Gendarmerie Nationale, le LRPPN et le LRPGN qui permettent le traitement automatisé de données à caractère personnel.

Le décret, mis en application le 24 avril 2024, vise à assurer la connexion entre eux de ces différents fichiers, dans le but évident de faciliter les rapprochements et de gagner en efficacité.

Une coopération européenne renforcée.

Le projet ne cible pas uniquement l’échelon national, il ambitionne également de relier ces fichiers nationaux à des systèmes européens afin d’en consulter les bases de données. Ce sera le cas pour le Système d’information Schengen deuxième génération  (SIS -II) qui comporte une partie centrale basée à Strasbourg associée à des bases nationales dans chaque pays membre de l’espace Schengen.  Ce système centralise les informations sur des personnes ou des objets signalés par les autorités administratives et judiciaires des différents états. L’autre système bénéficiaire est le système d’entrée et de sortie EES (pour  Entry/Exit System) qui enregistre et contrôle de manière automatisée les données des ressortissants de pays non membres de l’UE voyageant dans l’espace Schengen.

Dans les deux cas, cette mutualisation des données a pour objectif de faciliter les échanges, de renforcer les contrôles et donc la sécurité dans la zone européenne désormais dénuée de frontières intérieures. 

Des données suffisamment sécurisées ?

Le décret modifie également la durée de conservation des données enregistrées dans le FAED. Elle est portée à vingt cinq ans pour les crimes et certains délits et peut aller jusqu’à quarante ans pour certaines procédures criminelles.

Etant donné le volume d’informations traitées et ces nouvelles interconnexions entre les fichiers, la question se pose de la protection des données personnelles.  Suite à un rappel à l’ordre de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) qui s’en était inquiétée auprès du Ministère de l’intérieur, des mesures ont été prises pour protéger la confidentialité de ces données et procéder de manière automatisée à leur mise à jour et à leur effacement à la fin du délai de conservation. Ces mesures seront-elles suffisantes ? L’avenir le dira…

Source :
Décret n° 2024-374 du 23 avril 2024 modifiant le code de procédure pénale et relatif au fichier automatisé des empreintes digitales – Légifrance (legifrance.gouv.fr)
Chapitre Ier : Système d’information Schengen de deuxième génération (SIS II) (Articles R231-1 à R231-16) – Légifrance (legifrance.gouv.fr)
L’entrée dans l’espace Schengen : la future mise en place des systèmes EES et ETIAS – Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (diplomatie.gouv.fr)
FAED : la CNIL clôt l’injonction prononcée à l’encontre du ministère de l’Intérieur 01 février 2024 – Global Security Mag Online

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Des experts de la police scientifique s'inspirent de méduses pour une nouvelle technique de révélation d'empreintes digitales. Forenseek

Révélation d’empreintes en 10sec chrono grâce aux méduses !

Finies les poudres dactyloscopiques ou les réactifs chimiques pour relever les empreintes digitales ? C’est en tout cas ce qu’espèrent des scientifiques en proposant cette alternative qui pourrait révolutionner les méthodes de police scientifique.

Utilisé depuis le XIXème siècle sur les scènes de crime, le relevé d’empreintes papillaires a déjà connu quelques évolutions techniques depuis sa mise en place. A côté des poudres dactyloscopiques classiques, les agents de la police scientifique disposent aujourd’hui de réactifs chimiques, notamment la ninhydrine, l’indanedione, le DFO ou encore le Lumicyano, une technique luminescente mise au point en 2013 par des experts français, qui utilise du cyanoacrylate fluorescent par fumigation.

Ces différentes techniques présentent toutefois quelques inconvénients : Certaines formulations contiennent des composants qui peuvent se révéler toxiques à fortes doses, elles peuvent dégrader l’ADN présent dans les empreintes (sueur, cellules épithéliales) et nécessitent par ailleurs plusieurs minutes pour révéler une trace.   

Inspirantes méduses …

Afin d’améliorer les capacités opérationnelles des équipes présentes sur les scènes de crime, des scientifiques basés en Chine et au Royaume Uni ont mis au point une alternative en s’inspirant … Des méduses ! Ces organismes marins que l’on connaît plus pour leurs piqures urticantes que pour leurs aspects positifs, produisent en effet la GFP (Green Fluorescent Protéin) une protéine fluorescente soluble dans l’eau et compatible avec les systèmes biologiques. Elle a donné naissance à deux colorants, le LFP jaune et le LFP rouge, dont la particularité est d’interagir avec les acides gras et les acides aminés présents dans le sébum et la sueur qui imprègnent les empreintes digitales et dont la formulation est compatible avec les analyses ADN ultérieures.

Un spray actif en 10 sec

Le nébulisateur ultrasonique imaginé par les scientifiques offre l’avantage de vaporiser une brume très fine qui se dépose sans altérer les empreintes. Une fois au contact de la surface à traiter, les molécules des colorants se lient aux sécrétions sébacées et eccrines des empreintes. Il suffit ensuite d’exposer la zone à la lumière U.V pour qu’apparaisse une empreinte claire et contrastée en seulement dix secondes, prête à être photographiée.

Ce gain de temps se double d’une capacité à révéler des traces papillaires anciennes déposées plusieurs jours auparavant et d’une véritable efficacité sur des surfaces réputées difficiles comme la céramique, le plastique, le papier aluminium ou plus rugueuses comme la brique. Des performances qui ont encore besoin d’être optimisées avant que cette nouvelle technique ne soit intégrée dans l’arsenal forensique mais qui ouvre de nouvelles perspectives pour la police technique et scientifique.

Sources :
Une nouvelle technique inspirée des méduses pour relever les empreintes digitales (fredzone.org)
De nouveaux colorants en spray peuvent révéler instantanément les empreintes digitales sur les scènes de crime – Oxtero

Identification des victimes de catastrophes en Israel - Police scientifique - Forenseek

L’IVC, une approche pluridisciplinaire d’identification des victimes

Les événements tragiques qui viennent de se dérouler en Israël mais également en Ukraine remettent en lumière la difficulté extrême d’identifier les victimes de catastrophes de masse. Pour faciliter ces procédures complexes mais nécessaires, INTERPOL a mis en place le protocole IVC, aujourd’hui internationalement reconnu.

Répondre le plus rapidement possible aux proches plongés dans une attente insoutenable tout en gardant une stricte approche scientifique est une gageure à laquelle sont confrontées toutes les équipes dépêchées sur les lieux d’une catastrophe ! Rédigé pour la première fois en 1984 et remis à jour tous les cinq ans, le guide IVC d’Interpol (Identification des Victimes de Catastrophes, DVI ou Disaster Victim Identification dans sa version anglaise) propose aux unités sur le terrain une procédure qui permet une identification formelle.

Un protocole en 4 étapes

Mis en pratique en 2004 lors du tsunami en Thaïlande puis de façon systématique lors de chaque catastrophe, qu’il s’agisse d’un événement naturel, d’un accident ou d’un attentat comme celui perpétré par le Hamas en Israël ces derniers jours, le protocole comprend quatre étapes complémentaires afin de ne laisser aucune place à l’erreur :

L’examen des lieux de la catastrophe afin de procéder au relevage des corps mais également de tous les objets personnels,

Le recueil de preuves médico-légales ou données post-mortem: relevé d’empreintes digitales et examen dentaire lorsque l’état de la dépouille le permet, prélèvements ADN (superficiels ou profonds), recherche de particularités physiques (tatouages, cicatrices, taches de naissance…), examen radiologique (recherche de prothèse, implants, broches, etc.).

La consultation de données ante-mortem : il s’agit des dossiers médicaux existants ou de données recueillies par les équipes à l’issue de l’ouverture d’une fiche « Interpol – Personne disparue ». Dans ce cas, il va s’agir de récupérer l’ADN de la personne disparue via un object qu’elle a l’habitude de manipuler (brosse à dents, à cheveux, rasoirs) ou de le déterminer à l’aide de probabilités en récupérant l’ADN de personnes apparentées (parents, enfants, cousins, grands-parents, etc). Enfin, les experts de la gendarmerie nationale ou de la police nationale pourront également récupérer les empreintes digitales de la personne disparue soit dans un fichier soit sur un objet dont elle est la seule à manipuler.

-La confrontation des différentes données post-mortem et ante-mortem afin de pouvoir réaliser des rapprochements et grâce à une analyse approfondie par les experts, de procéder à une identification formelle d’une victime. Dès lors que l’identification est établie, le certificat de décès est délivré et les familles peuvent désormais récupérer le corps de leur proche et entamer ce long et douloureux processus de deuil.

Une expertise de pointe au chevet des morts

L’efficacité de cette intervention est intimement liée à la conjugaison de plusieurs expertises. En dehors de la police scientifique spécialisée dans les scènes de crime et des unités d’enquête, des experts en médecine légale, odontologie médico-légale, des anthropologues, des biologistes et des experts en empreintes digitales travaillent en concertation avant de rendre leurs conclusions.

La France qui a été régulièrement confrontée à ces situations dramatiques ces dernières décennies, s’est dotée d’unités de pointe : l’UPIVC (Unité de Police d’Identification des Victimes de catastrophes) qui est intervenue notamment lors des attentats du 13 novembre 2015 et dont la mise en œuvre est confiée au Service National de Police Scientifique (SNPS) et l’UGIVC (Unité de Gendarmerie d’identification des Victimes de Catastrophes) dont la mise en oeuvre est confiée à l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN). Ces services spécifiques se déploient rapidement sur les lieux d’une catastrophe majeure, qui est dite « fermée « (lorsqu’elle concerne un groupe de personnes précis et identifiable comme lors d’un crash d’avion) ou «ouverte» (lorsqu’il est difficile de connaître le nombre de victimes comme lors de l’attentat de Nice en 2016).

Lorsque l’intervention d’une seule unité ne suffit pas, l’Unité Nationale d’Identification des Victimes de Catastrophes (UNIVC) prend temporairement le relais en activant conjointement les deux unités précédentes.

Sources :

Identification des victimes de catastrophes (IVC) (interpol.int)
L’Unité Gendarmerie d’Identification des Victimes de Catastrophe (UGIVC) – PJGN (interieur.gouv.fr)
ATTENTATS : UPIVC, l’unité de police d’identification des victimes de catastrophe en action –