ADN canin : une base de données britannique pour faire parler les poils de chien

  • 12 octobre 2026
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Un poil de chien sur un siège de voiture ou une trace de salive sur un pantalon échappent encore trop souvent à l’analyse lors des investigations de police scientifique. Des chercheurs du King’s College London et du Royal Veterinary College ont annoncé fin septembre 2026 la construction d’une base de données ADN de la population canine britannique, ayant pour objectif de donner une indication quant à la race du chien, voire d’identifier formellement l’animal, à partir des traces relevées sur une scène d’infraction [1][2].

Le projet : cartographier l’ADN des chiens britanniques

Le projet est porté par Denise Syndercombe Court, professeure de génétique forensique au King’s College London, et par Federica Giangaspero, qui a développé la base dans le cadre de sa thèse (projet « DogID »), avec l’appui des archives d’échantillons du professeur Brian Catchpole au Royal Veterinary College [1]. Les derniers travaux de l’équipe ont été publiés dans la revue Forensic Science International [1]. La base recense les profils génétiques de nombreuses races présentes au Royaume-Uni (labradors, teckels, cockers, carlins…) pour constituer une population de référence [1]. C’est ce qui donne un poids statistique à une correspondance : sans connaître la fréquence d’un profil dans la population canine, un expert ne peut pas dire au tribunal ce qu’un « match » vaut réellement.

« Les chiens occupent une place énorme dans nos vies, mais ils sont souvent négligés en criminalistique. Ils peuvent laisser des traces de leur ADN sur les scènes de crime », explique Denise Syndercombe Court [1].

Pourquoi l’ADN canin intéresse les enquêteurs

Les poils d’animaux se transfèrent facilement sur les vêtements, les sièges de véhicules ou les tapis. Sur une scène, ils sont pourtant fréquemment classés « non humains » et écartés de l’analyse criminalistique [3]. Une partie du renseignement forensique disparaît ainsi, alors que le séquençage de l’ADN mitochondrial d’un simple poil animal, pratiqué au laboratoire King’s Forensics, peut suffire à positionner un suspect sur les lieux d’un enlèvement ou d’une séquestration [3]. L’équipe travaille également à estimer la race probable d’un chien à partir d’échantillons trop petits ou trop dégradés pour les tests commerciaux de généalogie canine [3].

Les applications vont de l’orientation d’enquête avec le lien « suspect-scène d’infraction » à l’identification formelle d’un chien impliqué dans une attaque sur une personne ou sur du bétail, en passant par les vols et trafics de chiens [1][2]. Le précédent existe chez le chat puisqu’en 2013, des poils retrouvés sur le rideau qui enveloppait le corps d’une victime, comparés à une base d’ADN mitochondrial félin constituée par l’université de Leicester, avaient contribué à la condamnation de David Hilder pour homicide à Portsmouth [5].

L’ADN non humain, un champ encore sous-exploité

Si l’ADN animal reste marginal dans les laboratoires forensique, c’est d’abord faute de bases de référence, de kits validés et de standards d’interprétation comparables à ceux de l’ADN humain. Une base de population documentée et publiée lève une partie de cet obstacle puisqu’elle permet de chiffrer la valeur d’une correspondance et de la défendre lors du débat contradictoire.

En France, le terrain n’est pas totalement vierge. L’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale (IRCGN) possède depuis 1992 un département Faune et Flore Forensiques (3FFF), rattaché à sa division criminalistique et identification humaine. Ses experts exploitent déjà les traces d’origine animale, qu’il s’agisse de poils, de plumes, de sang ou de tissus, pour identifier une espèce par biologie moléculaire et relier des lieux ou des personnes par l’intermédiaire d’un animal, notamment dans les affaires de trafic d’espèces, de braconnage ou de maltraitance [6]. Le projet britannique va un cran plus loin puisqu’il vise l’identification individuelle et la prédiction de race, ce qui suppose des bases de population dédiées.

Reste à savoir si de telles bases verront le jour pour les populations canines locales, en France comme ailleurs, et à quelles conditions ces analyses pourront être admises dans nos procédures judiciaires.

Sources

[1] King’s College London — Cracking crimes with canines: forensics experts build database of dog DNA, communiqué du 28 septembre 2026
[2] The Guardian — DNA database of UK dogs could help police collar criminals, 25 septembre 2026
[3] King’s College London — Dog bites to kidnapping: how King’s Forensics uses canine DNA to solve crime, avril 2023
[4] Forensic Magazine — Forensics Experts Build Database of Dog DNA to Help Solve Crimes, 28 septembre 2026
[5] NBC News — Cat of the Baskervilles: Pet DNA helps convict British killer, août 2013
[6] Gendarmerie nationale — Département faune et flore forensiques (DFFF), IRCGN

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