Deux plongeurs retrouvés après 30 ans au fond de la Méditerranée

  • 19 octobre 2026
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Disparus lors d’un même accident de plongée en décembre 1993, deux hommes ont été retrouvés 30 ans plus tard par plus de 100 mètres de fond et à seulement 13 mètres l’un de l’autre. Pourtant, à durée d’immersion égale et dans la même mer, les deux corps ne présentaient pas le même état de conservation. En publiant ce cas dans l’International Journal of Legal Medicine, l’équipe du service de médecine légale du CHU de Nice rappelle qu’en milieu sous-marin, l’aspect d’un corps ne donne pas forcément d’indications fiables quant à la durée de son séjour dans l’eau [1].

Les faits

Les deux plongeurs avaient disparu ensemble lors d’un accident survenu en décembre 1993 en Méditerranée. Leurs dépouilles n’ont été localisées que 30 ans plus tard, reposant par 103 et 113 mètres de profondeur, à 13 mètres de distance l’une de l’autre [1]. Prises en charge par le service de médecine légale du CHU de Nice, elles ont fait l’objet d’un scanner post-mortem du corps entier, d’un examen externe, d’une autopsie, d’analyses toxicologiques et d’une identification génétique [1]. Celle-ci a abouti pour les deux hommes, à partir de tissu musculaire pour le premier et d’os fémoral pour le second. Les analyses toxicologiques se sont révélées négatives [1].

Deux corps, deux évolutions taphonomiques

Les deux corps présentaient des altérations de même nature, à savoir une squelettisation avancée touchant principalement le haut du corps, associée à la persistance de tissus d’allure adipocireuse dans la région pelvienne et les membres inférieurs [1]. Au scanner, ces tissus affichaient des valeurs d’atténuation comprises entre −100 et −40 unités Hounsfield, compatibles avec de l’adipocire [1]. La différence tenait à la qualité de ce qui subsistait. Chez le premier plongeur, les tissus résiduels étaient largement désorganisés et réduits à des agrégats jaunâtres à bruns. Chez le second, la peau, les cheveux et des masses musculaires encore identifiables aux membres inférieurs avaient été conservés [1]. L’adipocire, substance cireuse issue de la transformation des graisses corporelles en milieu humide et pauvre en oxygène, est connue pour freiner durablement la dégradation des tissus qu’elle imprègne.

L’équipement de plongée fournit une piste d’explication.

Le premier portait une combinaison semi-étanche en deux pièces, le second une combinaison étanche intégrale [1]. Les auteurs mettent ces écarts en relation avec les caractéristiques du matériel et avec les conditions du micro-environnement immédiat de chaque corps [1]. Une combinaison étanche limite les échanges avec l’eau de mer et l’accès de la faune nécrophage, ce qui a pu favoriser la formation de l’adipocire puis sa conservation pendant 30 ans.

Ce que cela change pour l’expertise

Les auteurs en tirent une mise en garde qui concerne autant les médecins légistes que les enquêteurs. L’état de décomposition visible ne permet pas, à lui seul, d’estimer de façon fiable le délai de submersion, ce que la littérature anglo-saxonne désigne sous le nom de postmortem submersion interval (PMSI) [1]. Deux corps immergés au même moment et au même endroit peuvent présenter, 30 ans plus tard, des caractéristiques cadavériques différentes, de quoi fausser une estimation fondée sur les seuls critères morphologiques.

Le cas illustre aussi le poids des facteurs individuels en taphonomie sous-marine, un champ encore bien moins documenté que son équivalent terrestre. L’équipement de plongée, les vêtements, la corpulence ou le micro-environnement immédiat peuvent modifier profondément l’évolution d’un corps immergé. Il confirme enfin que l’identification génétique reste possible après 30 ans d’immersion profonde, y compris à partir de tissus mous lorsqu’ils ont été préservés, une donnée précieuse pour les enquêtes sur des disparitions anciennes en milieu aquatique [1].

Ce constat rejoint directement les préoccupations du projet LETHE (Localisation des épaves, traitement hydrographique et enquête), lancé par la gendarmerie nationale à l’été 2025 et piloté depuis Conflans-Sainte-Honorine par le détachement du Pôle national de gendarmerie nautique [2]. Né de la découverte, en octobre 2023, d’ossements à l’intérieur d’une voiture immergée depuis une quarantaine d’années dans la Seille, une petite rivière de Côte-d’Or, le projet entend cartographier l’ensemble des véhicules reposant au fond des cours d’eau, lacs et étangs de métropole, afin d’y rechercher d’éventuelles victimes et d’élucider des affaires restées sans réponse [2]. En février 2026, trois corps avaient déjà été découverts, et le dispositif intéresse de près la Division des affaires non élucidées (DIANE) de la gendarmerie ainsi que le pôle des crimes sériels ou non élucidés du tribunal judiciaire de Nanterre (PCSNE) [2]. Un appel à contribution a depuis été lancé auprès des pêcheurs équipés de sonar, des plongeurs et des archéologues pour signaler les épaves repérées [3]. Lorsque ces épaves livrent des restes humains, ces derniers ont souvent séjourné plusieurs décennies sous l’eau. Le cas niçois montre que leur identification demeure envisageable et que l’estimation de la durée de leur séjour dans l’eau appellera, elle, la plus grande réserve.

Références

[1] Bernardi C., Amoretti N., Isaac A., Nogueira L., Temma J., Leccia C. et Alunni V. (2026), Two divers submerged in the Mediterranean Sea for 30 years, persistence of adipocere and implications for postmortem submersion interval estimation, International Journal of Legal Medicine, publié en ligne le 9 octobre 2026, DOI 10.1007/s00414-026-04038-y.

[2] Faure A. (2026), LETHE, un outil cartographique pour recenser les épaves immergées, Gendinfo, Gendarmerie nationale, 20 février 2026.

[3] Gendarmerie nationale (2026), Épaves immergées, le projet LETHE lance un appel à contribution citoyenne, Gendinfo, août 2026.

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