L’expertise en écritures et documents s’inscrit dans le champ de la science forensique, au sein de la rubrique G. « Criminalistique – science criminelle médico-légale / G.12. Investigation scientifique et technique » [1]. Elle examine l’écrit comme un objet d’étude à part entière, au même titre qu’une empreinte digitale, une trace biologique ou une trace ADN. Dans ce cadre, l’écriture est analysée comme un ensemble de traces matérielles résultant du geste graphique. Toute production écrite laisse en effet des indices observables tels que la pression exercée sur le support, la cadence de l’écriture, le ductus — c’est-à-dire la manière dont les traits sont exécutés et enchaînés pour former les lettres — ou encore les habitudes graphiques inconscientes, autant d’éléments profondément ancrés dans le geste scriptural. L’ensemble de ces manifestations graphiques constitue des traces exploitables selon une méthodologie rigoureuse fondée sur l’observation, la comparaison et l’interprétation. À la différence de la graphologie qui s’attache à l’étude de la personnalité à partir de l’écriture, l’expertise ne vise pas à interpréter une personnalité, mais à établir des faits à partir d’indices graphiques objectivables, afin d’identifier ou d’exclure l’auteur d’un écrit et de contribuer à la vérification de l’authenticité d’un document. C’est dans cette perspective que l’expertise en écritures joue aujourd’hui un rôle déterminant dans l’administration de la preuve, en apportant une analyse scientifique, rigoureuse et objectivée du document écrit.
L’expertise en écritures : une discipline fondée sur les mécanismes neurologiques de l’écriture
Pour mieux comprendre la technicité de cette discipline, il est nécessaire de revenir brièvement sur le processus d’écriture. L’écriture manuscrite est un acte beaucoup plus complexe qu’un simple mouvement de la main. Intrinsèquement liée à l’activité du cerveau, elle résulte d’une combinaison d’impulsions motrices, physiologiques et neurologiques mobilisant de nombreux mécanismes cérébraux.
Le cerveau planifie le geste graphique, coordonne les mouvements fins de la main et des doigts. Il traite les informations visuelles et spatiales, accède à la mémoire des formes des lettres et des mots, tout en assurant la fluidité et le rythme de l’écriture. Depuis l’intention du geste — conscient ou inconscient — jusqu’à la production écrite, de nombreuses aires cérébrales sont ainsi mobilisées. Sont notamment concernées les aires motrices du lobe frontal, l’aire de Broca, le cortex pariétal, le cervelet, l’hippocampe et bien d’autres encore. De ce fait, toute altération neurologique est susceptible d’affecter l’organisation de l’exécution du geste graphique. C’est ce qu’expliquent les professeurs Georges Serratrice et Michel Habib dans leur ouvrage :
« C’est donc bien au plus profond du cerveau, tout autant instrumental que programmateur et moteur, ou encore motivationnel et affectif, que prend sa source cette faculté étonnamment humaine qu’est l’écriture »[2].

Figure 01 : Principales régions cérébrales mobilisées par l’écriture
La mobilisation conjointe de plusieurs réseaux cérébraux explique en partie le caractère hautement individualisé du geste scriptural ainsi que la persistance de certaines habitudes graphiques propres à chaque scripteur. Cette organisation neurofonctionnelle contribue également à expliquer pourquoi l’écriture manuscrite présente à la fois des caractéristiques stables, propres à l’individu, et des variations naturelles inhérentes à tout acte graphique.
Principes fondamentaux : individualité et variabilité de l’écriture
L’expertise en écritures repose précisément sur ces deux principes fondamentaux : d’une part, le caractère individuel de l’écriture manuscrite, qui lui confère son unicité, et d’autre part, l’existence de variations naturelles propres à tout scripteur. C’est l’articulation de ces deux caractéristiques qui permet à l’expert d’identifier ou d’exclure l’auteur d’un écrit manuscrit.
L’individualité de l’écriture résulte de l’automatisation progressive du geste graphique. Bien que l’apprentissage scolaire tende à imposer un modèle commun, chaque individu, de par sa constitution neurologique, psychologique et motrice, développe au fil du temps des habitudes cinétiques qui lui sont propres. Des jumeaux parfaitement identiques peuvent donc partager certaines caractéristiques d’écriture ; toutefois leur histoire personnelle et leur fonctionnement neurologique introduisent des spécificités propres à chacun. L’écriture constitue ainsi l’expression d’un automatisme neuro-psychomoteur propre à chaque individu. À la fois stable et individualisé, ce mécanisme acquis permet d’envisager des comparaisons à des fins d’identification.
Toutefois, cette stabilité n’implique pas une reproduction strictement identique du geste graphique. Aucun individu ne signe ou n’écrit rigoureusement de la même manière à chaque exécution. L’écriture est naturellement soumise à des variations dues à des facteurs internes au scripteur ou à des causes extérieures. Ainsi, l’état physiologique ou psychologique, la fatigue, l’âge, le contexte émotionnel, et également la position d’écriture, la qualité du support, la nature de l’instrument scriptural sont autant de facteurs susceptibles d’affecter la stabilité de l’écriture. Ces variations, parfaitement normales, influencent le tracé sans remettre en cause les constantes fondamentales de l’automatisme graphique individuel.
L’analyse expertale consiste de fait à différencier les variations naturelles compatibles avec une même origine scripturale, des divergences révélatrices d’une incohérence, susceptibles notamment de résulter d’une imitation ou d’une falsification. Il s’agit ainsi, pour l’expert, de distinguer les fluctuations normales des discordances incompatibles.
Une telle appréciation suppose une méthodologie d’analyse structurée, fondée sur des critères d’observation, de comparaison et d’évaluation rigoureux.
La méthode ACE-V appliquée à l’expertise en écritures
L’expertise en écritures et documents s’inscrit aujourd’hui dans une démarche méthodologique reposant sur celle mise en œuvre dans d’autres disciplines de la science forensique, notamment la méthode ACE-V. Développée dans les années 1980 par David Ashbaugh, expert canadien reconnu en matière d’empreintes digitales, cette méthode scientifique constitue un cadre d’analyse rigoureux destiné à structurer le processus de comparaison et à lui conférer davantage d’objectivité.
Elle repose sur quatre étapes successives : l’Analyse, la Comparaison, l’Évaluation et la Vérification.
L’analyse :
Cette première étape consiste à analyser séparément les documents litigieux et les spécimens de comparaison. L’expert procède à l’examen de la qualité de l’écriture ainsi que de la quantité de matériel graphique disponible, c’est-à-dire du volume d’écriture exploitable pour l’analyse, tout en analysant les éléments matériels du document, tels que le support, les encres, ainsi que l’ensemble des caractéristiques techniques et graphiques de l’écrit.
L’examen du support et des encres repose sur des techniques optiques non destructives. Les documents sont observés à l’aide de sources lumineuses dans le spectre visible (de 380 nm à 780 nm), ainsi que dans les domaines ultraviolet et infrarouge. Des filtrages optiques et des variations d’angles d’incidence sont également utilisés afin de mettre en évidence des éléments non perceptibles à l’œil nu. Cette phase d’analyse vise à identifier les éléments spécifiques du geste graphique, leur variabilité intrinsèque ainsi que leur récurrence. Elle a pour objectif principal d’évaluer l’homogénéité des écritures observées, c’est-à-dire de déterminer si les graphismes d’un même corpus présentent une cohérence compatible avec une seule main scriptrice.
À cette fin, différents paramètres sont successivement analysés et mesurés : ordonnance, densité du tracé, ligne de base, inclinaison des lettres, dimensions et proportions des graphismes, système de liaison, dynamique du tracé, habitudes graphiques et morphologies. L’ensemble de ces indices fait l’objet d’une étude méthodique, rigoureuse et systématique. Cette étape d’observation permet également de rechercher d’éventuels indices de déguisement graphique ou d’imitation tels qu’une lenteur inhabituelle et inexpliquée du tracé, des hésitations, reprises ou retouches, ainsi que des ruptures de rythme ou de fluidité.

Figure 02 : Examen de la pression (méthode MEPRI[3]). L’arrêt perceptible dans la dynamique de pression traduit une hésitation d’exécution, fréquemment observée dans les processus de contrefaçon.
La comparaison :
Comparer suppose, au préalable, d’apprécier la pertinence du corpus de référence servant de base aux opérations comparatives. Un corpus de comparaison exploitable doit ainsi répondre à plusieurs exigences essentielles, d’ordre qualitatif et quantitatif : les spécimens doivent être originaux, contemporains des écrits litigieux, suffisamment nombreux, attribués avec certitude au scripteur concerné, spontanés dans leur exécution et réalisés sur un support similaire à celui des documents examinés. Le niveau de conclusion dépend directement de la pertinence des documents de comparaison soumis à l’examen.
Les caractéristiques observées dans les écritures contestées sont confrontées méthodiquement à celles relevées dans les spécimens de comparaison. Cette analyse comparative suit un protocole strict et standardisé, fondé sur une progression des observations allant du général au particulier.
Les observations portent plus particulièrement sur la spécificité et la finesse de la trace écrite. Il s’agit de gestes individualisés, automatisés et, le plus souvent, imperceptibles à l’œil nu, de sorte qu’ils demeurent difficilement reproductibles par un contrefacteur non averti. L’expert s’attache précisément à mettre en évidence ces caractéristiques distinctives. Parmi ces éléments figurent notamment la pression exercée sur l’outil scripteur — constituant un indice d’identification particulièrement probant — ainsi que les micro-mouvements à peine perceptibles à la surface du support, observables au début et à la fin des tracés, ou encore entre les tracés eux-mêmes. L’expert recherche simultanément les concordances et les divergences en appréciant leur nature, leur fréquence et leur valeur discriminante.

Figure 03 : Comparaison homothétique de la structure interne de signatures (logiciel NEGA). Le profil homothétique de la signature litigieuse (en pointillés rouges) apparaît discordant au regard des signatures de référence, indiquant une incompatibilité graphique soutenant l’hypothèse d’une signature contrefaite.
L’évaluation :
L’étape d’évaluation consiste à apprécier la portée des constatations effectuées. L’expert détermine si les concordances observées peuvent objectivement être attribuées à un même scripteur.
Dans une situation d’imitation, par exemple, les ressemblances peuvent résulter d’une reproduction volontaire et ne pas être significatives. À l’inverse, dans le cas d’une écriture déniée par son auteur, ces mêmes ressemblances peuvent constituer des éléments pertinents d’identification. Dans cette perspective, et à la suite d’Edmond Locard, il est rappelé que « l’indice doit être interprété », toute trace ne prenant sens qu’au terme d’une analyse contextuelle et raisonnée.
Les différences, quant à elles, sont interprétées à la lumière de la variabilité naturelle de l’écriture. En effet, l’attribution d’un écrit à son auteur repose sur l’absence de différences discriminantes. L’expert évalue ainsi les variations naturelles propres à l’écriture étudiée en les confrontant aux documents litigieux, afin de déterminer si les écarts observés présentent — ou non — un caractère significatif. Cette phase implique une appréciation critique tenant compte des limites du matériel examiné, ainsi que de la quantité et de la qualité des spécimens comparatifs disponibles, afin d’évaluer avec rigueur la portée et la fiabilité des constatations effectuées.

Figure 04 : Examen du mouvement graphique : dextrogyre (sens horaire) concernant la signature litigieuse, sinistrogyre (sens antihoraire) dans les signatures authentiques. L’analyse des marques générées par la rotation du stylo, notamment les stries orientées de l’intérieur vers l’extérieur dans les formes courbes, met en évidence un mouvement graphique que le contrefacteur n’a ni perçu ni restitué dans son exécution.
La vérification :
La méthode ACE-V préconise une étape de vérification consistant en un réexamen du dossier par un autre expert qualifié. Ce dernier appliquera la même méthodologie sur les mêmes documents et avec les mêmes moyens d’analyse. Cette étape vise à renforcer la fiabilité de l’analyse et à limiter les biais cognitifs susceptibles d’affecter l’interprétation.
L’application du modèle ACE-V à l’expertise en écritures contribue ainsi à inscrire cette discipline dans une démarche scientifique structurée. Cette méthodologie repose sur l’observation méthodique des traces graphiques, leur comparaison raisonnée et l’évaluation critique des résultats obtenus, afin de contribuer à l’objectivité des conclusions expertales. Toutefois, comme toute discipline scientifique, l’expertise en écritures et documents repose sur des conditions de mise en œuvre précises. À défaut, les éléments observés peuvent s’avérer insuffisants, à l’image d’une empreinte digitale incomplète ou altérée, dont l’exploitation ne permet pas d’aboutir à une identification fiable.
L’expertise en écritures et documents : limites et contraintes
À l’instar des autres disciplines forensiques reposant sur l’analyse comparative des traces, l’expertise en écritures présente des limites méthodologiques et matérielles imposant à l’expert de formuler ses conclusions avec prudence et mesure.
Les principales difficultés résident avant tout dans la qualité et la quantité des écrits soumis à l’examen. Des graphismes ou des supports fortement dégradés, insuffisamment personnalisés — comme c’est le cas de certaines lettres anonymes rédigées en capitales d’imprimerie — ou encore des documents comportant un nombre limité de caractères, restreignent considérablement les possibilités d’analyse et d’identification. Le recours à des copies, photographies ou reproductions numériques entraîne également une perte d’informations essentielles à l’analyse. Certains éléments déterminants, tels que la vitesse d’exécution du geste graphique, la pression exercée sur le support ou encore la dynamique du tracé, peuvent devenir difficiles à apprécier, voire impossibles à évaluer objectivement.
Si une expertise demeure possible à partir d’un document numérique, elle reste limitée et ne permet pas d’exclure toute falsification, notamment sous la forme d’un montage tel que l’insertion de l’image d’une signature authentique dans un document. Certaines altérations peuvent toutefois être mises en évidence par l’examen du fichier source, notamment au travers de l’étude des métadonnées, des propriétés du document ou encore de l’homogénéité des pixels. Une photocopie de première génération et de bonne qualité peut également fournir des indices utiles. Son examen permet notamment d’apprécier la cohérence de l’impression, la qualité des images ou encore la présence d’anomalies graphiques. Toutefois, l’absence d’anomalie détectable ne permet pas de conclure à l’authenticité du document, certaines altérations pouvant demeurer indécelables en l’absence du document original.
Dans ces deux cas — document numérique et photocopie —, la mise en évidence d’incohérences techniques ou graphiques constitue un élément objectif susceptible de révéler une falsification. Il peut s’agir, par exemple, d’une signature de faible résolution alors que l’ensemble du document présente une qualité d’image élevée, ou encore d’une signature dont l’examen microscopique révèle une impression jet d’encre couleur alors que le reste du document provient d’une impression laser (xérographique au toner).
Les documents non originaux peuvent également altérer les dimensions et les proportions réelles des lettres, notamment lorsque les prises de vue sont réalisées sous un angle inadapté, par exemple une photographie d’un tag tracé au sol prise à 45 degrés. Ils peuvent ainsi dénaturer le schéma graphique initial, en masquant le mouvement du tracé, son orientation — horaire ou antihoraire, de droite à gauche ou inversement —, ainsi que le nombre de levées de main lors de l’exécution du graphisme. Enfin, les reproductions peuvent faire disparaître certains traits fins ou, à l’inverse, créer artificiellement des taches, ruptures ou irrégularités absentes du document original, compromettant ainsi la fiabilité de l’examen.
L’analyse d’un document non original ne permet pas toujours — d’autant plus lorsqu’il résulte de plusieurs générations de reproduction — de déterminer si un élément graphique a fait l’objet d’une manipulation, telle qu’un copier-coller ou une insertion d’image. L’absence du document original prive également l’expert de la possibilité de réaliser plusieurs examens techniques indispensables, en particulier les analyses optiques systématiquement utilisées pour mettre en évidence d’éventuels indices de falsification, tels que des retouches, ajouts d’encre, gommages ou lessivages.
La qualité et la pertinence du dossier de comparaison constituent des éléments déterminants dans la conduite d’une expertise en écritures, puisqu’elles conditionnent directement la portée de l’analyse comparative et en conséquence les conclusions pouvant être formulées. Un dossier de comparaison inadéquat ou quantitativement insuffisant réduit nécessairement la portée de l’analyse expertale. Comment procéder à une analyse comparative d’une signature litigieuse lorsqu’un seul spécimen de comparaison est disponible ? Une telle démarche s’avère en pratique impossible. Il en va de même lorsqu’un examen repose sur des signatures non spontanées, voire volontairement déguisées : la portée de l’analyse s’en trouve alors fortement limitée.
Dans de telles situations, un dossier de comparaison à la fois abondant et qualitativement pertinent est indispensable afin d’apprécier la variabilité naturelle du geste graphique et d’identifier les automatismes graphiques propres au scripteur. Un imitateur reproduit généralement les éléments les plus visibles de l’écriture ou de la signature, notamment leur forme générale et certains détails morphologiques. Il en va de même pour une personne qui cherche à déguiser son écriture : son attention se porte principalement sur les aspects morphologiques du graphisme. Or, les caractéristiques les plus discriminantes résident souvent dans des éléments moins perceptibles, liés à l’automatisation du geste, à son rythme, à sa dynamique, à ses proportions (rapports entre les différents éléments constitutifs) ou encore à l’organisation spatiale du graphisme. Celle-ci est largement influencée par des repères extérieurs au scripteur, tels qu’un cadre, une ligne ou une mention dactylographiée, à partir desquels celui-ci positionne spontanément son écriture ou sa signature.
Seul l’examen d’un nombre suffisant de graphismes authentiques permet d’évaluer la permanence et la variabilité de ces caractéristiques et, par conséquent, d’apprécier la valeur probante des similitudes et des différences observées.
À ces contraintes matérielles s’ajoutent des facteurs intrinsèques et extrinsèques susceptibles d’altérer de manière significative le geste graphique, parfois jusqu’à le rendre difficilement exploitable. L’âge, certaines pathologies neurologiques ou tremblements, la fatigue, les traitements médicamenteux ou encore les contraintes posturales constituent autant d’éléments susceptibles de modifier de façon notable l’écriture d’un individu. Là encore, un échantillon de référence scrupuleusement contemporain, recueilli dans des conditions aussi proches que possible de celles des écrits litigieux, est indispensable afin d’apprécier si les différences observées relèvent de la variabilité naturelle du geste graphique ou traduisent des incohérences susceptibles de révéler une contrefaçon.
L’absence de conclusion induite par un défaut qualitatif ou quantitatif ne saurait être interprétée comme une faiblesse de la discipline, mais comme l’expression d’une démarche scientifique rigoureuse, respectueuse des limites objectives du matériel examiné. Comme le soulignait Paul L. Kirk, la crédibilité des sciences forensiques repose autant sur leur capacité à reconnaître leurs limites que sur leur aptitude à identifier une trace ou un auteur.
Conclusion
L’écriture manuscrite constitue ainsi une véritable trace forensique, issue d’un processus humain complexe et individualisé, au même titre que d’autres indices matériels exploités dans le cadre des investigations techniques. Son analyse s’appuie sur une méthodologie rigoureuse, fondée sur des principes scientifiques et sur une évaluation comparative structurée des caractéristiques graphiques observées.
L’expertise en écritures et documents s’inscrit dans un équilibre constant entre méthode, expérience et prudence interprétative. Si des référentiels tels que la méthode ACE-V permettent de renforcer la fiabilité et l’objectivité du raisonnement expertal, les limites inhérentes aux supports examinés et aux éléments de comparaison imposent une approche mesurée. La valeur de cette discipline réside dès lors dans la capacité de l’expert à appréhender les indices graphiques dans leur globalité, afin d’apporter au débat judiciaire une analyse argumentée, nuancée et scientifiquement fondée.
Bibliographie :
Alain Buquet, L’expertise des écritures manuscrites, Masson, Paris, 1991
Pr. G. Serratrice et M. Habib, L’écriture et le cerveau. Mécanismes neurophysiologiques, Masson, Paris, 1993
Harralson H., Miller L., Huber and Headrick’s Handwriting Identification: Facts and Fundamentals, 2e éd., CRC Press, Boca Raton, 2018, ISBN 978-1-4987-5130-8
Hicklin R. A., Eisenhart L., Richetelli N. et al., « Accuracy and reliability of forensic handwriting comparisons », Proceedings of the National Academy of Sciences, 2022, vol. 119, n° 32, e2119944119, doi.org/10.1073/pnas.2119944119
Crot S., Marquis R., « A comparative review of error rates in forensic handwriting examination », Journal of Forensic Sciences, 2024, vol. 69, p. 2127-2138, doi.org/10.1111/1556-4029.15589
[1] Arrêté du 5 décembre 2022 relatif à la nomenclature prévue à l’article 1er du décret n° 2004-1463 du 23 décembre 2004
[2] Pr. SERRATRICE et HABIB, L’écriture et le cerveau. Mécanismes neurophysiologiques, p. 1, MASSON.
[3] Mise en Évidence de la Pression avec Radiation IR. AIEED-2001
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