Onze ans après le viol d’une femme de 93 ans à son domicile de Biarritz, un homme de 32 ans a été mis en examen et placé en détention provisoire le 28 octobre 2026. Restée sans auteur identifié malgré un profil ADN complet, l’affaire a été résolue par le Service national de police scientifique (SNPS) grâce à une recherche en parentalité d’une précision inédite dans le FNAEG, que plusieurs médias ont présentée comme de la « généalogie génétique ». Un dossier qui pourrait faire date pour les cold cases français.
Une agression restée impunie pendant onze ans
Le 18 avril 2015, à l’aube, un jeune homme s’introduit sans effraction au domicile d’une nonagénaire à Biarritz, en se présentant comme envoyé par l’organisme d’aide à domicile qui intervient habituellement chez elle. Selon le parquet de Bayonne, tout indique que l’agresseur connaissait les lieux, savait comment y accéder et comment neutraliser le dispositif d’alerte de la victime.
La victime, incapable d’identifier son agresseur, ne peut fournir aucun élément déterminant. Les enquêteurs disposent pourtant d’un prélèvement biologique exploitable dont le profil génétique est envoyé au Fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG). Mais le profil ne correspond à aucune personne enregistrée et une première recherche en parentalité, menée dès 2016, reste vaine. Le dossier s’enlise, comme tant de cold cases où un ADN pertinent a été relevé… mais où la personne à l’origine de la trace reste inconnue du fichier.
L’ADN familial débloque l’enquête
La résolution intervient en 2026, à la faveur de nouvelles investigations génétiques conduites par le Service national de police scientifique. En ciblant des profils génétiquement proches de la trace retrouvée en 2015, les experts du FNAEG isolent quatre personnes apparentées au profil inconnu, parmi lesquelles le père du suspect. Ce lien de parenté oriente alors les enquêteurs vers un homme aujourd’hui âgé de 32 ans qui, au moment des faits, effectuait un stage d’infirmier au sein de l’organisme d’aide à domicile intervenant chez la victime. Interpellé le 27 octobre 2026, l’homme reconnaît les faits en garde à vue, tout en les minimisant, et déclare souffrir de pulsions sexuelles depuis l’enfance. Il est mis en examen pour viol sur personne vulnérable et placé en détention provisoire. La victime, elle, est toujours en vie, onze ans après les faits.
Parentalité ou généalogie génétique ?
Plusieurs médias ont parlé de « généalogie génétique ». Le communiqué du parquet décrit pourtant une technique qui relève de la recherche en parentalité, prévue par l’article 706-56-1-1 du code de procédure pénale issu de la loi du 3 juin 2016. Cette technique a d’ailleurs son histoire en France. La toute première recherche en parentalité y a été réalisée dans l’affaire Élodie Kulik par le Colonel Emmanuel Pham-Hoai, dont nous avions retracé le travail dans cet article. Le profil du père ayant permis de remonter jusqu’à l’auteur dix ans après les faits.La trace inconnue a été comparée aux profils du FNAEG afin d’y repérer d’éventuels apparentés et c’est ainsi que quatre personnes au profil proche, dont le père du mis en cause, ont été isolées. Aucune source ne mentionne le recours à des bases généalogiques privées, pilier de la généalogie génétique investigative popularisée aux États-Unis par l’arrestation du Golden State Killer en 2018, un recours qui ne serait d’ailleurs pas prévu par le droit français.
Deux facteurs expliquent très probablement ce succès tardif. D’une part, les apparentés du suspect n’étaient peut-être tout simplement pas fichés il y a dix ans. Le FNAEG, qui compte aujourd’hui quelque 4,6 millions de profils ADN, s’est considérablement enrichi depuis. D’autre part, les capacités analytiques ont nettement progressé entre-temps. Les laboratoires publics et privés français travaillaient alors sur une quinzaine de marqueurs STR en plus de l’amélogénine (marqueur du sexe biologique), quand les kits actuels de type GlobalFiler ou PowerPlex Fusion 6C analysent 21 à 23 marqueurs autosomaux, auxquels s’ajoutent l’amélogénine et des marqueurs du chromosome Y. Des profils plus riches rendent les rapports de vraisemblance bien plus discriminants et font émerger des apparentés qu’une recherche à 15 marqueurs noyait dans les candidats fortuits. La nuance avec la généalogie génétique est fondamentale puisque là où la recherche en parentalité s’appuie exclusivement sur le fichier national, encadré par le code de procédure pénale, la seconde exploite les profils déposés par des particuliers sur des bases commerciales. La montée en puissance de ces recherches génétiques élargies ouvre en tout cas des perspectives considérables pour les affaires non résolues.
Et maintenant ?
L’information judiciaire se poursuit à Bayonne puisque la procureure de la République, Mariel Garrigos, a indiqué que les investigations devront notamment établir l’existence possible d’autres victimes. Les enquêteurs vont pour cela s’intéresser au « parcours criminel » du mis en cause, autrement dit analyser l’ensemble de son parcours de vie, professionnel comme personnel, afin de vérifier si d’autres faits pourraient lui être reprochés. Une attention particulière sera portée à son mode opératoire, celui d’un agresseur qui gagne la confiance d’une personne vulnérable en se présentant comme un intervenant à domicile, ainsi qu’aux structures de soins et d’aide à la personne dans lesquelles il a pu exercer ou passer au fil des années. Le mis en examen, présumé innocent, encourt une peine criminelle devant la cour d’assises.
Sources
- ICI (France Bleu) Pays Basque — « Un viol commis à Biarritz en 2015 sur une personne vulnérable élucidé onze ans après grâce à la généalogie génétique », 30 octobre 2026
- ICI Matin Pays Basque — interview de la police scientifique sur l’utilisation de l’ADN et des empreintes génétiques
- 20 Minutes — « Il s’était fait passer pour un infirmier… Un homme écroué onze ans après le viol d’une nonagénaire », 29 octobre 2026 (communiqué du parquet de Bayonne)
- Seven Radio — « Viol d’une nonagénaire à Biarritz en 2015 : un suspect confondu onze ans plus tard par la science », 30 octobre 2026
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