Aux États-Unis, une loutre nommée Splash a été entraînée pour repérer des cadavres immergés grâce à son odorat hors du commun. Une initiative inédite en criminalistique qui ouvre de nouvelles perspectives pour la recherche de corps dans les fleuves et les rivières. Alors qu’en France, quatre corps ont été découverts récemment dans la Seine, ce protocole pourrait inspirer les brigades fluviales de la Police Nationale et de la Gendarmerie Nationale et renforcer l’efficacité des enquêtes judiciaires.
Les animaux au service de la criminalistique
Depuis des décennies, les animaux jouent un rôle majeur dans les enquêtes judiciaires et dans la police scientifique (Cf. odorologie et empreinte olfactive). Les chiens de recherche de cadavres sont aujourd’hui indispensables dans les enquêtes judiciaires : ils repèrent les effluves liés à la décomposition humaine et aident à localiser des corps enterrés ou dissimulés. Mais dans l’eau, ces méthodes se heurtent à de sérieuses limites : visibilité réduite, courants forts, profondeur variable. C’est dans ce contexte qu’est née une idée novatrice en Floride : confier cette mission à un animal parfaitement adapté à l’environnement aquatique. La loutre, agile, rapide et dotée d’un odorat exceptionnel, s’est imposée comme candidate idéale. L’association Peace River K9 Search & Rescue a ainsi lancé un programme inédit en entraînant Splash, une loutre cendrée devenue la première « loutre enquêtrice » au monde.
Un protocole d’entraînement inédit : des bulles d’air pour simuler un cadavre
L’entraînement de Splash repose sur un protocole précis et rigoureux. Dans le jardin de son dresseur, des piscines ont été aménagées pour créer un environnement contrôlé. L’eau y est imprégnée de bulles d’air contenant des composés organiques volatils, similaires à ceux émis par un corps humain en décomposition.
La mission de la loutre est claire : repérer ces bulles invisibles à l’œil humain. Lorsqu’elle identifie l’odeur, elle alerte immédiatement son dresseur en tirant sur le masque qu’il porte. Ce signal, simple mais efficace, permet de confirmer la présence d’une « cible ». Ce concept repose sur une capacité étonnante et encore peu étudiée : la loutre peut littéralement « goûter » les bulles d’air sous l’eau, et y détecter chimiquement des marqueurs spécifiques. Là où les plongeurs et les chiens rencontrent des limites, la loutre excelle grâce à son aptitude naturelle à évoluer dans des environnements complexes et opaques.
La loutre au service des enquêtes judiciaires
La police scientifique américaine suit de près ce projet. Le FBI et le Florida Department of Law Enforcement ont déjà exprimé leur intérêt pour cette méthode, qui pourrait accélérer les recherches lors d’enquêtes criminelles ou de catastrophes naturelles. Les applications sont multiples :
- Retrouver des victimes de noyades, d’homicides ou de crues soudaines dans des lacs, étangs, fleuves ou rivières.
- Localiser rapidement un corps immergé dans des zones à faible visibilité.
- Compléter les moyens déjà existants (plongeurs, sonars, chiens).
Pour les enquêteurs et magistrats, ce gain de temps est crucial : la découverte d’un corps immergé peut fournir des preuves essentielles (traces de violences, analyses médico-légales) avant que les corps ne se dégradent davantage permettant d’orienter rapidement l’enquête judiciaire.
Et si la France s’inspirait de Splash ?
En France, la découverte de quatre corps dans la Seine le 13 août 2025 à Choisy-le-Roi (94) a rappelé à quel point la recherche de cadavres immergés reste complexe. Les brigades fluviales de la Gendarmerie Nationale et Police Nationale mobilisent déjà plongeurs, sonars et chiens pour localiser les victimes. Mais malgré ces moyens, certaines affaires demeurent non résolues faute de découverte de corps. L’utilisation d’animaux comme les loutres pourrait constituer un outil complémentaire. Leur odorat, leur rapidité et leur capacité à évoluer en immersion pourraient augmenter les chances de découverte, notamment dans un fleuve comme la Seine, où la visibilité est quasi nulle et où les courants entraînent parfois les corps loin de leur point d’immersion. Un tel dispositif pourrait aussi être utile dans d’autres contextes : barrages, canaux, grands étangs. En matière d’homicides ou de disparitions inquiétantes, chaque technologie ou protocole susceptible d’accélérer la localisation d’un corps représente un atout majeur pour l’enquête judiciaire.
Limites et questions éthiques
Si la méthode suscite l’intérêt, elle soulève aussi plusieurs questions. Former des loutres demande du temps, une expertise spécifique et une éthique irréprochable en matière de bien-être animal. L’intégration dans les dispositifs officiels nécessiterait des protocoles stricts, une validation scientifique et un cadre juridique adapté. Cependant, comme pour les chiens de recherche, les avantages sont tels qu’il ne parait pas illusoire d’imaginer une adoption progressive de cette approche. Les enquêteurs, confrontés à des affaires sensibles (homicides, disparitions), savent combien chaque outil supplémentaire peut s’avérer décisif.
Conclusion
L’histoire de Splash illustre une nouvelle synergie entre nature et criminalistique. Là où la technologie et les plongeurs atteignent leurs limites, les animaux, dotés de sens exceptionnels, rappellent que la police scientifique peut aussi puiser dans le vivant. Si l’hypothèse d’intégrer des loutres aux recherches de la brigade fluviale peut sembler atypique, elle représente néanmoins une piste sérieuse : accroître l’efficacité des investigations et améliorer les chances de retrouver rapidement des corps immergés.
Références :
- IFLScience – Meet Splash, the world’s first search-and-rescue otter hunting for missing people in Florida, consultable ici.
- Popular Science – This otter is training to be a search and rescue diver, consultable ici.
- Interesting Engineering – US otter trained for underwater search and rescue, consultable ici.
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