Une scène de crime. Le corps d’un enfant. Les images d’une autopsie. L’analyse de centaines d’heures de vidéos à caractère pédopornographique. Le récit, mille fois répété par une victime, d’un viol ou de violences volontaires. Ceux qui font l’enquête judiciaire, qu’ils soient policiers, gendarmes, techniciens de scène de crime, médecins légistes, magistrats ou avocats, côtoient au quotidien ce que la plupart des gens ne verront jamais. Et ils sont censés rester debout, lucides, professionnels. Comme si rien ne les atteignait. Mais à force de regarder le pire en face, qu’est-ce que cela fait à un mental ? Où vont toutes ces images et tous ces récits ? Comment continue-t-on à faire son métier, et à rentrer chez soi le soir, sans y laisser une part de soi ?
Pour aborder ces questions sans détour, nous avons réuni une psychologue dont c’est précisément l’expertise. Pascale Brillon est psychologue clinicienne, spécialiste du trouble de stress post-traumatique et du deuil traumatique. Professeure au département de psychologie de l’UQAM (Université du Québec à Montréal) et directrice du laboratoire de recherche « Trauma et Résilience », elle dirige également l’Institut Alpha à Montréal et forme psychologues, psychiatres et soignants dans toute la francophonie. On lui doit plusieurs ouvrages de référence, parmi lesquels Se relever d’un traumatisme, Quand la mort est traumatique et Entretenir ma vitalité d’aidant, un guide consacré à la prévention de la fatigue de compassion chez celles et ceux dont le métier est d’aider et de protéger. Autour d’elle, trois professionnels qui connaissent ce terrain de l’intérieur mènent l’échange : Sébastien Aguilar, ingénieur de police scientifique, Béatrice Brugère, magistrate et secrétaire générale d’Unité Magistrats FO, et Stéphane Nafir-Gouillon, du même syndicat. Ensemble, ils tentent de mettre des mots sur un sujet trop souvent occulté : l’impact psychologique du travail d’enquête, et surtout, les moyens d’y faire face. Une conversation utile, sans tabou, pour tous ceux qui exercent ces métiers et pour ceux qui les côtoient.
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