Quand un médicament devient un produit de trafic

  • 25 février 2026
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Identifier la molécule

Sur le plan analytique, les laboratoires disposent de méthodes éprouvées pour identifier la prégabaline et vérifier sa composition. Les techniques de chromatographie couplées à la spectrométrie de masse permettent de confirmer la nature de la molécule présente, d’en évaluer la pureté et de détecter d’éventuelles modifications, comme un mélange avec d’autres substances. Cette étape reste essentielle. Elle permet d’exclure une contrefaçon ou un produit altéré et d’objectiver la composition réelle du médicament saisi. Dans certains cas, la présence d’autres substances psychoactives ou d’irrégularités de formulation peut constituer un indice important. Mais l’identification chimique, à elle seule, ne suffit pas à démontrer un détournement.

L’incohérence entre usage médical et situation observée

La démonstration repose souvent sur un décalage entre l’usage thérapeutique attendu et les circonstances concrètes de la saisie. Des volumes très importants, un conditionnement fractionné en sachets, l’absence d’ordonnance ou la présence d’importantes sommes en espèces sont autant d’éléments qui peuvent suggérer une finalité de revente. En criminalistique, aucune conclusion ne peut reposer sur un élément isolé ; pris séparément, ces indices ne suffisent pas à caractériser une infraction. C’est leur convergence qui permet d’étayer l’hypothèse d’un véritable trafic illicite. 

Vers une traçabilité pharmacologique ? 

Les médicaments ne sont pas des produits anonymes. Ils comportent des numéros de lots et s’inscrivent dans une chaîne de distribution réglementée. L’analyse de ces éléments peut révéler qu’un lot a quitté le circuit pharmaceutique de manière irrégulière, qu’il a été volé ou soustrait lors de sa distribution, ou qu’il provient d’un circuit d’approvisionnement différent de celui autorisé en France. 

Ce travail permet également de répondre à une question essentielle : le produit est-il authentique ou s’agit-il d’une contrefaçon ? L’examen du conditionnement, de l’impression, de la composition et des caractéristiques physico-chimiques peut mettre en évidence des anomalies incompatibles avec une fabrication réglementée. La distinction est déterminante, car un médicament authentique revendu illégalement et un produit contrefait ne relèvent pas des mêmes infractions ni des mêmes peines pénales. La comparaison des lots saisis peut enfin faire apparaître des points communs entre différentes affaires, suggérant une source d’approvisionnement commune ou l’existence d’une organisation structurée.

Un rôle d’appui technique à la qualification des faits

Dans ce type de trafic, le laboratoire d’analyses ne se limite pas à confirmer la présence d’une molécule. Les analyses réalisées permettent d’apporter des éléments techniques utiles à l’enquête comme la composition exacte du produit, la nature de produits de coupage, d’éventuelles modifications, ou des anomalies susceptibles d’orienter les investigations. Elles sont ensuite mises en perspective avec les informations issues de l’enquête (volumes saisis, conditions de détention, circuits d’approvisionnement…) afin d’éclairer la qualification des faits. L’identification de la substance demeure ainsi une étape essentielle. Mais l’exploitation des résultats analytiques contribue également à déterminer si le produit s’inscrit dans un usage thérapeutique cohérent ou dans une logique de revente illicite.

Un phénomène qui n’est pas isolé

La prégabaline n’est pas un cas isolé. D’autres médicaments ont déjà illustré cette porosité entre usage thérapeutique et trafic illicite. Le fentanyl, opioïde de synthèse extrêmement puissant utilisé en anesthésie et dans le traitement des douleurs sévères, a fait l’objet de détournements massifs dans plusieurs pays, avec des conséquences sanitaires majeures. En France, la morphine à libération prolongée commercialisée sous le nom de Skénan® a également été impliquée dans des usages hors cadre médical, notamment par injection après extraction du principe actif. Ces exemples rappellent que le détournement médicamenteux ne repose pas sur une molécule “exotique” ou inconnue. Il concerne des substances autorisées, produites légalement, dont l’usage devient problématique lorsqu’il s’inscrit dans un circuit parallèle ou une logique de revente.

Source :

Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières – DNRED (2025). On la surnomme « la drogue du pauvre » : le trafic de prégabaline en hausse en France. Direction Nationale du Renseignement et des Enquêtes Douanières – DNRED. Disponible en ligne : https://www.linkedin.com/posts/direction-nationale-du-renseignement-et-des-enqu%C3%AAtes-douani%C3%A8res_on-la-surnomme-la-drogue-du-pauvre-l-activity-7430284047429574656-2fZY

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