Qui n’est jamais tombé sur un épisode de Dexter où le héros, penché sur une scène de crime, décrypte la moindre éclaboussure de sang pour répondre à la question centrale : que s’est-il réellement passé ? Derrière la fiction télévisée se cache bel et bien une science rigoureuse qui donne tout son sens à la formule « le sang raconte toujours une histoire » : la morphoanalyse des traces de sang.
Les traces de sang comme vecteur de la dynamique des faits
Dénommée Bloodstain Pattern Analysis (BPA) en anglais, la morphoanalyse des traces de sang est la discipline scientifique qui étudie les caractéristiques morphologiques des traces de sang visibles sur une scène de crime afin d’en reconstituer les événements à l’origine. Elle s’intéresse avant tout à la question de l’activité – que s’est-il passé et dans quelles circonstances ces traces ont-elles été créées ? – mais peut également apporter des indications sur la nature des saignements et sur l’origine de la source de sang, c’est-à-dire comment le sang a été externalisé du corps.
Ayant émergé à la fin du XIXᵉ siècle en Europe (Piotrowski, 1895, Figure 1), la morphoanalyse des traces de sang s’est structurée et institutionnalisée aux États-Unis dans les années 1960, avant de se développer en Europe à partir des années 2000 (Wonder et Yezzo, 2015 ; Esperança, 2019). Depuis lors, elle fait partie intégrante des sciences forensiques et est couramment sollicitée comme expertise dans les dossiers criminels. Associées aux conclusions de l’autopsie médico-légale et aux résultats des analyses génétiques, les constatations de morphoanalyse permettent de reconstituer la dynamique des faits et d’aiguiller sur les événements sanglants les plus probables qui s’y sont déroulés, en précisant notamment lorsque cela est possible la/les position(s) et action(s) des protagonistes.
Quel que soit son contexte d’intervention, qu’il travaille directement sur la scène de crime, à partir d’un dossier photographique – lorsque les lieux ont été libérés ou s’il s’agit d’un cold case – et/ou sur des pièces à conviction ensanglantées, le morphoanalyste a pour ambition de décrypter chaque trace de sang en s’appuyant sur les lois fondamentales de la physique et les grands principes de la mécanique des fluides (Attinger et al., 2013). Dans certains cas, il peut même recourir à l’analyse tridimensionnelle des projections afin d’identifier et de caractériser les principales zones d’impacts, tels que des coups portés par objet contondant (Joris et al., 2024).

Figure 1. Croquis réalisé par E. Piotrowski illustrant la répartition des projections d’impact créées à la suite d’un coup contondant porté à la tête d’un lapin lors d’expérimentations. Ce croquis provient du 1ᵉʳ ouvrage de morphoanalyse des traces de sang publié en 1895.
Décrire les traces de sang pour les interpréter avec justesse
Pour réaliser une morphoanalyse, la première étape de l’étude – et la plus déterminante – est celle que l’on appelle la catégorisation des traces de sang. Elle s’effectue à partir des photographies disponibles dans le dossier, et avec le moins d’informations contextuelles possibles. Il s’agit de procéder de manière rigoureuse à la cotation morphologique des traces observées sur la scène de crime ou sur les scellés judiciaires, en caractérisant notamment leur forme, leur taille, leur distribution et leur dispersion (Bevel et Gardner, 2008 ; Esperança, 2019).
Cette cotation n’est pas réalisée sur chaque trace de sang prise individuellement, mais bien en considérant des groupes cohérents au sein desquels les traces présentent des caractéristiques morphologiques similaires. Ces traces de sang, prises ensemble, correspondent à un modèle de trace de sang particulier, car elles ont été produites lors d’un même et unique événement. Il existe plusieurs classifications des traces et modèles de traces de sang. On peut distinguer par exemple les différents types de traces et modèles en mécanismes actifs, passifs et transférants (AAFS Standards Board, 2017). Cette classification permet de différencier les gouttes de sang ayant voyagé dans l’air sous l’effet principal de la pesanteur, de celles qui sont projetées sous l’effet d’une force extérieure (force de percussion, force centrifuge ou pression sanguine) ou encore d’isoler les traces de sang produites par contact avec une surface ensanglantée (Millington, 2016 ; Esperança, 2019) (Figure 2).

Figure 2. Les trois grandes catégories de traces de sang illustrées par des exemples expérimentaux : A – une trace circulaire centimétrique créée suite à la chute d’une goutte de sang sous l’effet unique de la pesanteur – trace dénommée « trace passive » ; B – une trace elliptique millimétrique ayant voyagé dans l’air sous l’action d’une force extérieure – trace dénommée « projection » ; C – une trace d’une main droite ensanglantée – trace dénommée « transfert par contact » (source des images : travaux expérimentaux du Service Expertise de la Police fédérale belge et BPA Black Box study – Hicklin et al., 2021).
Il s’agit donc de classer les traces de sang en fonction de leur forme (telle que circulaire, elliptique ou indéfinie), de leur taille (centimétrique ou millimétrique) et de leur distribution (telle que linéaire, circulaire, radiaire…). Ces caractéristiques renseignent sur l’angle d’impact initial des gouttes, sur les forces en jeu et sur les mécanismes de production. Pour exemple, on qualifie de « projections de sang » les traces circulaires ou elliptiques de taille millimétrique (Figure 2-B). Correspondant à des gouttes de sang qui ont été projetées dans l’air sous l’effet d’une force extérieure, elles sont particulièrement informatives pour reconstituer des événements très dynamiques (coups, mouvements, sang expiré). Leur identification nécessite de fait une grande rigueur d’observation et d’enregistrement dès la scène de crime. La localisation des traces de sang est par ailleurs cruciale et doit être soigneusement enregistrée – par exemple sur le plafond, la manche droite d’un vêtement ou la face interne des pieds d’une victime – car elle constitue un facteur déterminant pour l’interprétation. De même, les zones non ensanglantées sont riches d’enseignements : elles peuvent révéler la présence passée d’un objet ou d’une personne ayant fait « obstacle » lors de la création des traces de sang ou permettent de déterminer des « angles limites » qui renseignent sur la position et la localisation du protagoniste lors d’une action particulière (coup, mouvement) (Esperança, 2019).
La morphoanalyse s’intéresse avant tout à la question de l’activité – que s’est-il passé et dans quelles circonstances ces traces [de sang] ont-elles été créées ?
Au terme de cette catégorisation, l’expert aura établi la liste complète des traces et modèles de traces de sang identifiés sur la scène de crime. Ces derniers vont ensuite être interprétés et synthétisés dans un langage vulgarisé au sein d’un rapport d’expertise, à la lumière des autres éléments du dossier (résultats d’analyses génétiques, constatations médico-légales ou balistiques). Dans ce rapport, le morphoanalyste se propose d’établir des hypothèses quant à la nature des événements sanglants qui ont conduit à ces traces, à leur chronologie éventuelle et répond à toutes les questions qui ont pu être formulées jusqu’ici dans le dossier judiciaire concernant les traces de sang. Ses conclusions feront in fine l’objet d’un exposé oral au procès en Assises devant les magistrats, les avocats et les jurés. Lors de ce témoignage, l’expert en morphoanalyse est tenu de partager la méthodologie et les principaux résultats de son travail dans un langage clair et compréhensible par tous et d’exposer avec transparence toute limite rencontrée au cours de l’analyse.
Positions, déplacements, chronologies et autres plus-values
Au quotidien, la morphoanalyse des traces de sang apporte diverses plus-values dans les dossiers judiciaires, dont une synthèse non exhaustive est présentée ci-dessous.
En premier lieu, et non des moindres, la présence sur la scène de crime de projections millimétriques de forme elliptique à distribution radiaire – ce qui correspond à un modèle d’impact (Figure 3) – permet de localiser la zone où la victime se situait lorsqu’elle a subi les coups (à l’aide d’un objet contondant ou piquant). En analysant minutieusement la direction de ces projections ainsi qu’en calculant leur angle d’impact à l’aide de formules trigonométriques, la zone d’origine du ou des coups peut être restituée. Ce processus est désormais largement facilité par le recours à des logiciels dédiés (Home et al., 2021), tels que ©Hemovision (Joris et al., 2024). En confrontant ce résultat avec la configuration des lieux et les constatations médico-légales, l’expert en morphoanalyse est alors capable de proposer la/les position(s) possible(s) dans lesquelles se tenait la victime lorsqu’elle a encouru le(s) coup(s). Avec l’apport récent des technologies 3D, les résultats d’analyse d’un modèle d’impact sont désormais présentables par un rendu visuel beaucoup plus parlant et didactique, ce qui facilite leur compréhension notamment par les jurés d’Assises qui ne se sont jamais déplacés sur la scène de crime (Figure 4).
Il s’agit de classer les traces de sang en fonction de leur forme, de leur taille et de leur distribution.
Dans le cas où un modèle d’impact est associé à un modèle d’éjection (un ensemble de projections millimétriques de forme circulaire à elliptique présentant une distribution linéaire – Figure 5-A), il est alors également possible de suggérer des possibilités quant à la/les position(s) dans la/lesquelles se trouvait l’agresseur lorsqu’il a donné le(s) coup(s). Ces projections représentatives du mouvement d’un élément ensanglanté sous l’action de la force centrifuge (Wonder et Yezzo, 2015 ; Esperança, 2019) sont en effet indicatives de la position de l’agresseur lorsqu’il réarme l’objet ou le membre ensanglanté pour frapper. Si ce type de modèle se retrouve à plusieurs reprises dans une zone restreinte, il est envisageable de renseigner sur un nombre minimal de mouvements aller-retour exécutés au moment de porter les coups.

Figure 3. Modèle d’impact réalisé par percussion d’un marteau dans du sang liquide. A – la ligne grise délimite la répartition des projections d’impact ; B – les flèches bleues indiquent la direction avec laquelle les gouttes de sang ont impacté la surface (source des images : expérimentations réalisées dans le cadre de la BPA Black Box study – Hicklin et al., 2021).

Figure 4. Exemple d’une scène de crime d’exercice où trois modèles d’impact sont présents, salle d’expérimentation du service Expertise de la Police fédérale belge, A – acquisition 3D de la scène avec l’application Scaniverse ; B – résultat de l’analyse des projections d’impact effectuée avec le logiciel ©Hemovision, les estimations des zones d’origine des projections d’impact sont respectivement symbolisées par une sphère verte, les trajectoires de ces projections sont tracées en rouge.
Grâce aux traces de sang, il est, par ailleurs, possible d’identifier différents déplacements sur la scène de crime, qu’il s’agisse de déplacements de personnes ou d’objets. De manière assez directe, le déplacement d’une personne peut s’établir à partir de l’identification de traces de sang correspondant à des contacts de pieds ensanglantés (nus, en chaussettes ou en chaussures). L’examen précis de la concentration interne en sang au sein de ces traces peut, dans certains cas, permettre d’en restituer leur chronologie par rapport à une scène de coup. En l’absence de ce type de trace, le déplacement d’une personne sur la scène peut, tout de même, être retracé puisqu’une personne blessée ou porteuse d’un élément ensanglanté peut laisser des traces de sang spécifiques sur son passage (Wonder et Yezzo, 2015 ; Esperança, 2019). Leur nature, leur nombre, leur espacement et leur régularité permettront de statuer sur l’élément à l’origine (blessure saignant par épanchement ou propulsion sanguine versus objet ensanglanté qui goutte) ainsi que sur la manière dont le déplacement s’est fait (direction, interruption ou déviation lors du déplacement). Des saignements de nature différente (sang épanché versus sang propulsé) peuvent illustrer les déplacements de protagonistes distincts, et aiguiller ainsi sur le profil génétique attendu de la source de sang (Figures 5-B et C). Une meilleure mise en lumière et compréhension de ces différents déplacements, de personnes et/ou d’objets, peut être aisément atteinte en digitalisant la scène de crime et en les matérialisant sur la vue aérienne de ce scan tridimensionnel.

Figure 5. A – modèle d’éjection créé lors du réarmement d’un marteau ensanglanté (les flèches bleues indiquent la direction avec laquelle les gouttes impactent la surface) ; B – modèle de traces passives sur un tapis indiquant un épanchement sanguin ; C – modèle de sang propulsé sur un tapis indiquant un saignement de type artériel (source des images : expérimentations réalisées dans le cadre de la BPA Black Box study – Hicklin et al., 2021).
La morphoanalyse permet, en outre, de préciser la séquence des événements sanglants lorsque des traces s’altèrent ou se superposent les unes aux autres, ou lorsque des phénomènes naturels de coagulation, séchage ou d’altération des traces sont observés (Millington, 2016 ; Esperança, 2019). Dans ces cas de figure, seule une chronologie relative peut être proposée, c’est-à-dire une indication de l’ordre dans lequel ces événements sont survenus.
Ayant décrypté chaque trace de sang, le morphoanalyste est également à même de conseiller au mieux les équipes de Police Scientifique, l’enquêteur et/ou le magistrat instructeur quant aux prélèvements génétiques à réaliser en priorité sur les traces de sang. En effet, la présence sur la scène de trace(s) isolée(s) ou incohérente(s) avec les autres groupes de traces pourrait correspondre à du sang laissé par l’auteur lui-même, ce qui amènerait son profil génétique à être identifié plus rapidement.
Enfin, dans une mission complémentaire, le morphoanalyste peut être amené à comparer les déclarations des différents protagonistes du dossier (victime, suspect, témoins) provenant des auditions ou de la reconstitution avec ses constatations de morphoanalyse afin de vérifier leur compatibilité (Esperança, 2019). Ce travail consiste à extraire de ces documents (auditions/reconstitution) les déclarations qui font état d’événements/actions impliquant du sang ainsi qu’à établir la liste des traces de sang qui pourraient être créées lorsqu’une telle action est effectuée. Afin d’éviter tout biais contextuel, cette première étape est réalisée à l’aveugle par un morphoanalyste qui n’a pas pris connaissance du dossier. À partir de ces extraits, les deux experts – celui qui a réalisé les constatations de morphoanalyse sur les lieux et celui qui travaille à l’aveugle – vont être amenés, de concert, à confronter les traces de sang attendues avec celles réellement constatées sur la scène de crime afin d’identifier si la déclaration en question est cohérente ou non.
Dans ce dossier, la morphoanalyse des traces de sang a permis à la fois de restituer la position de la victime dans le hall d’entrée au moment où elle a encouru une série de coups, à partir de l’analyse des projections de sang, et de retracer les différents déplacements que la victime a effectués dans l’habitation une fois blessée.
Faire parler le sang : des dossiers marquants
Première affaire criminelle :
Une femme est découverte gisant dans une mare de sang à l’entrée de son habitation, alors qu’elle a été frappée à l’aide d’un objet contondant. L’intérieur de la maison présente des signes de fouille : de nombreux objets et vêtements sont dispersés sur le sol. Le compagnon de la victime, qui l’a découverte, a tenté de lui porter secours et se retrouve ainsi couvert du sang de sa compagne.
Dans ce dossier, la morphoanalyse des traces de sang a permis à la fois de restituer, à partir de l’analyse des projections de sang, la position de la victime dans le hall d’entrée au moment où elle a encouru une série de coups (Figure 6), et de retracer les différents déplacements que la victime a effectués dans l’habitation une fois blessée.
Parmi les objets éparpillés à proximité du corps, deux vêtements – un short et un T-shirt retrouvés face contre sol – s’avèreront être des pièces à conviction particulièrement significatives pour le dossier. Ces deux textiles sont ensanglantés, ce qui peut sembler cohérent puisqu’ils ont été retrouvés au sol à proximité immédiate du corps de la victime. Toutefois, la présence et la distribution particulière de petites projections de sang inférieures au millimètre sur leurs faces avant (Figure 7) démontrent que ces vêtements n’ont pas été ensanglantés lorsqu’ils se trouvaient au sol, mais qu’ils avaient été, en réalité, portés au moment des coups par une personne faisant face à la scène de violence.
Ces constatations associées aux éléments d’enquête ont permis d’établir que le compagnon portait ces vêtements au moment des faits, qu’il s’est ensuite changé pour finalement alerter les secours et tenter une réanimation sur la victime. Il se révèlera être l’auteur de ce meurtre.

Figure 6. Localisation de deux modèles d’impact sur la scène de crime avec détail des projections d’impact. Les flèches de couleur bleue et violette illustrent la trajectoire et la direction avec laquelle les gouttes de sang ont impacté le mur. Photographies du service Expertise de la Police fédérale belge.

Figure 7. Localisation des projections submillimétriques sur les deux pièces à conviction. Illustrations et photographies du service Expertise de la Police fédérale belge.
Seconde affaire criminelle :
Dans ce dossier, un homme est retrouvé à son domicile, décédé des suites de multiples plaies par arme blanche. La principale suspecte reconnaît, lors de ses auditions, s’être rendue sur les lieux mais uniquement après les faits. Elle déclare avoir profité de la situation pour commettre un vol dans l’habitation, la victime étant alors selon elle déjà décédée. Elle indiquera par ailleurs s’être blessée lors du vol, justifiant ainsi la présence d’un foulard imprégné de son sang retrouvé dans l’habitation.
Toutefois, l’examen approfondi de ce foulard (Figure 8) par les morphoanalystes de traces de sang a permis de mettre en évidence, en plus des traces abondantes de sang appartenant à la suspecte, de fines traces de sang compatibles avec les projections dynamiques observées sur les lieux, plaçant par conséquent le foulard sur les lieux lors des faits sanglants.
L’analyse génétique de ces traces confirmera qu’il s’agit bien du sang de la victime, démontrant que celles-ci sont incompatibles avec la version de la suspecte, laquelle soutenait être arrivée uniquement après le décès de la victime. La suspecte, alors acculée, avouera avoir commis les faits.

Figure 8. Foulard retrouvé sur la scène de crime, avec présence de grands transferts de sang et la mise en évidence de trois projections de sang localisées par des stickers jaunes. Photographies du service Expertise de la Police fédérale belge.
La morphoanalyse des traces de sang : une discipline complexe en constante évolution
Bien que des avancées technologiques s’intègrent de plus en plus à la discipline, notamment la digitalisation de la scène de crime et l’analyse tridimensionnelle des modèles d’impact, la morphoanalyse des traces de sang demeure une discipline exigeante. Elle requiert un travail de fond fastidieux, une attention soutenue aux détails ainsi qu’une collégialité assumée afin de minimiser tout biais interprétatif.
Néanmoins, tout ne peut être expliqué sur une scène de crime par la morphoanalyse, d’autant plus que cette discipline se concentre exclusivement sur les événements impliquant du sang. Il n’est d’ailleurs pas possible d’établir une chronologie absolue des événements, ni de déterminer avec précision le nombre de coups portés ou le volume exact de sang perdu.
Comme toute discipline scientifique, la morphoanalyse est un domaine en constante évolution. Afin de mieux appréhender la dynamique des fluides et sa manifestation sur une scène de crime, il est souvent nécessaire de mener des expérimentations, en variant les paramètres et les types de supports. De plus, le morphoanalyste doit veiller à se former de manière continue, suivre attentivement la littérature scientifique et participer à des groupes de travail afin d’être à jour quant aux avancées de la recherche dans ce domaine. Actuellement, un important travail de standardisation est notamment en cours au sein des groupes de travail francophones et européens de morphoanalyse, en particulier au sein de l’European Network of Forensic Science Institutes (ENFSI). L’objectif principal consiste à parvenir à un consensus scientifique visant l’harmonisation des critères morphologiques utilisés pour l’identification des différents modèles de traces de sang.
Il est indéniable qu’à l’avenir les apports de l’intelligence artificielle, de la 3D et de la réalité virtuelle permettront de renouveler le champ de cette discipline, que ce soit dans l’étape de catégorisation des traces de sang ou lors de la présentation des résultats en cour d’Assises.
[La morphoanalyse des traces de sang] requiert un travail de fond fastidieux, une attention soutenue aux détails ainsi qu’une collégialité assumée afin de minimiser tout biais interprétatif.
Conclusion
Éclairant la dynamique des faits sous plusieurs aspects, l’apport de la morphoanalyse des traces de sang apparaît incontestable. Cet apport est d’autant plus précieux lorsque les informations contextuelles souffrent d’un manque de fiabilité, par exemple quand les témoignages sont contradictoires entre les différents protagonistes impliqués.
Les nombreux atouts de la morphoanalyse des traces de sang expliquent que cette expertise soit de plus en plus sollicitée dans le cadre des investigations judiciaires courantes. En Belgique, les professionnels de cette expertise au sein de la Police fédérale traitent ainsi environ 80 dossiers par an.
Références :
- AAFS Standards Board, ASB Technical Report 033: Terms and Definitions in Bloodstain Pattern Analysis, 2017, p. 1-9.
- Attinger, Moore, Donaldson et al. (2013). Fluid dynamics topics in bloodstain pattern analysis: Comparative review and research opportunities, Forensic Science International 231 (2013) 375-396.
- Bevel & Gardner, Bloodstain Pattern Analysis with an Introduction to Crime Scene Reconstruction, Boca Raton, CRC Press (2008) 440 p.
- Esperança, Morphoanalyse des traces de sang – une approche méthodique, Presses polytechniques et universitaires romandes, coll. Sciences Forensiques (2019) 160 p.
- Hicklin, Winer, Kish et al. Accuracy and reproducibility of conclusions by forensic bloodstain pattern analysts, Forensic Science International 325 (2021) 110856.
- Home, Norman & William, Software for the trajectory analysis of blood-drops: A systematic review, Forensic Science International 328 (2021) 110992.
- Joris, Moermans, Jenar et al., Area of origin estimation from multiple arbitrarily oriented surfaces using marker-guided structure from motion, Forensic Science International 361 (2024) 112140.
- Millington, « Chapter 7: Bloodstain Pattern Analysis » in Peter C White (dir.), Crime Scene to Court: the Essentials of Forensic Science, Cambridge, The Royal Society of Chemistry (2016) 213-250.
- Piotrowski, Ueber Entstehung, Form, Richtung und Ausbreitung der Blutspuren nach Hiebwunden des Kopfes, Institut de Médecine légale de l’Université impériale et royale de Vienne, Vienne (1895) 58 p.
- Wonder & Yezzo, Bloodstain patterns. Identification, Interpretation, and Application, Oxford, San Diego, Academic Press (2015) 327 p.
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