Le 6 juillet 2026, cinq ans après la disparition de son épouse, Cédric Jubillar est passé aux aveux dans un courrier adressé à l’un de ses avocats, reconnaissant avoir tué sa femme Delphine et se disant prêt à indiquer l’endroit où il a dissimulé le corps [1]. Condamné en première instance à trente ans de réclusion criminelle et en attente de son procès en appel, il n’avait jusqu’alors jamais livré l’emplacement de la dépouille, qui demeure introuvable à ce jour [1]. Cette affaire met en lumière une réalité que la fiction policière escamote souvent. Retrouver un corps enfoui, même lorsqu’un mis en cause en désigne approximativement le lieu, reste l’une des opérations les plus délicates de l’enquête criminelle. Le temps écoulé, la nature du sol, la profondeur de la fosse et les conditions climatiques effacent ou brouillent les indices, au point qu’aucun instrument ne suffit à lui seul. Pour rendre un défunt à sa famille et permettre à la justice de statuer, gendarmes et policiers scientifiques déploient un ensemble de moyens qui va du renseignement de terrain à la géophysique, en passant par la botanique, la mycologie, la chimie des sols et l’odorat des chiens. Cet article passe en revue ces méthodes, leur principe de fonctionnement, leurs atouts et leurs limites réelles.
I. Avant la technologie, le renseignement et la stratégie de recherche
Aucune caméra ni aucun radar ne remplace le travail préparatoire qui délimite la zone de recherche. Une fosse individuelle mesure rarement plus de deux mètres carrés, et la chercher à l’aveugle sur des hectares de forêt ou de champ n’a aucun sens. Les enquêteurs commencent donc par une étude documentaire qui croise l’emploi du temps du suspect, les données de téléphonie, les témoignages et l’analyse d’images aériennes, parfois anciennes, susceptibles de révéler une terre remuée ou un accès de véhicule [2]. À cela s’ajoute une évaluation de ce que les géologues nomment la facilité de creusement, c’est-à-dire la capacité concrète d’une personne à ouvrir puis à reboucher une fosse compte tenu de la profondeur des sols, de la nature géologique du terrain, de la présence d’une nappe d’eau, d’obstacles ou de racines, et des outils dont elle disposait [2]. Un système de priorisation par couleurs, rouge, orange et vert, permet ensuite de hiérarchiser les secteurs selon leur probabilité, afin de concentrer les moyens là où ils sont le plus utiles [2].

Système de priorisation par couleurs, rouge, orange et vert, permettant de hiérarchiser les secteurs de recherche selon leur probabilité, afin de concentrer les moyens là où ils sont le plus utiles. Crédit : ForenSeek
Cette démarche a été formalisée en 2021 sous le nom de stratégie de recherche géoforensique, qui organise l’enquête judiciaire en partant du plus large vers la zone la plus restreinte et du non intrusif vers l’intrusif [3]. En pratique, cela revient à procéder comme un entonnoir. Avant même d’intervenir sur le terrain suspect, les équipes règlent leurs appareils sur des sépultures expérimentales de référence, pour savoir à quoi ressemble le signal dans les conditions environnementales du site. Vient ensuite le repérage des anomalies de surface, appuyé par les chiens spécialisés, puis les méthodes géophysiques non invasives comme le géoradar. Ce n’est qu’au terme de ces étapes que l’on procède au sondage ciblé, puis à la fouille complète du site [4][5]. Cet ordre n’est pas une commodité administrative. Il évite de détruire une scène potentielle et il réserve les moyens lourds aux zones réellement prometteuses.
II. Observer depuis le ciel, la télédétection et les drones
Le relief trahit la fosse
Le premier signe qu’une fosse laisse en surface est topographique. Le creusement ameublit la terre, qui occupe alors un volume supérieur à celui du sol intact et forme un léger monticule. Avec le temps, le tassement du remblai et l’affaissement des tissus au cours de la décomposition créent au contraire une dépression. La photographie aérienne oblique et l’imagerie par drone exploitent ces variations, mais elles sont fugaces et souvent masquées par la végétation ou lissées par les intempéries. Pour retrouver ce micro-relief sous un couvert d’arbres, les équipes recourent au LiDAR, un balayage laser qui mesure des millions de points et reconstitue le relief du sol nu une fois la végétation retirée numériquement, révélant des dépressions ou des monticules discrets. Le LiDAR a l’intérêt de pénétrer les trouées de la canopée, mais il détecte une forme de terrain et non le corps lui-même, et il perd en efficacité sous un couvert très dense.
Les capteurs spectraux
Au-delà du relief, la décomposition modifie la signature spectrale du sol et des plantes, que des capteurs multispectraux et hyperspectraux mesurent dans des bandes invisibles à l’œil nu. Les résultats publiés invitent à la prudence. La plupart des études ne parviennent qu’à séparer un sol remanié d’un sol intact, sans pouvoir affirmer que la fosse contient un corps plutôt qu’une simple terre retournée [9]. L’exception souvent citée est l’étude de Kalacska et Bell, qui a distingué des tombes de leurs zones témoins grâce à une repousse de la végétation plus faible au-dessus des fosses, les auteurs attribuant ce défaut de reprise à la toxicité du sol provoquée par le lessivage des produits de décomposition [7]. En imagerie hyperspectrale, des travaux ont détecté des restes enfouis quelques mois après l’inhumation, y compris en milieu aride, et repéré des tombes individuelles [8][9]. Un programme mené en Colombie, pays qui compte plus de 120 000 personnes disparues, apporte une donnée marquante, puisque les fosses expérimentales y restaient repérables huit ans après l’inhumation par imagerie multispectrale dans le proche infrarouge et par le NDVI, mais pas par les capteurs optiques classiques [6]. Cet indice, le NDVI (Normalized Difference Vegetation Index), compare la lumière rouge et le proche infrarouge pour évaluer la vigueur des plantes, et il illustre bien la variabilité de ces méthodes, puisqu’il a révélé des tombes dans certaines études sans produire aucune anomalie exploitable dans d’autres [9]. Un capteur spectral n’apporte donc rien de garanti, et son rendement dépend étroitement du délai écoulé, du climat et du type de sol.
La caméra thermique
L’imagerie thermique embarquée sur drone repose sur un principe simple. La terre remaniée diffère du sol environnant par sa compaction et son humidité, donc par sa manière d’emmagasiner et de restituer la chaleur, et la décomposition active dégage elle-même un peu d’énergie. Ces écarts de température apparaissent sur une caméra infrarouge, surtout aux moments de la journée où le sol se réchauffe ou se refroidit rapidement. Des travaux ont ainsi évalué la détection de sépultures clandestines par imagerie thermique aéroportée en environnement aride [9]. L’atout de la méthode tient à sa rapidité et à sa capacité à couvrir de grandes surfaces. Sa faiblesse est que la fenêtre d’observation reste étroite et très dépendante des conditions, ce qui explique que les milieux secs et contrastés s’y prêtent le mieux.
III. Sonder l’invisible, les méthodes géophysiques
Le géoradar
Le géoradar, ou radar à pénétration de sol, est l’outil central de la géophysique appliquée aux enquêtes criminelles. Il émet des ondes électromagnétiques dans le sol et enregistre leurs échos, qui trahissent les discontinuités telles qu’une fosse, un corps enveloppé ou une cavité. Depuis le milieu des années 1990, il sert à localiser des sépultures clandestines, à rechercher des personnes disparues et à investiguer des fosses communes [10]. En 2013, dans des grottes de tuf volcanique en Italie, une antenne de 500 MHz a détecté une forte anomalie à 2 mètres de profondeur, correspondant à une cavité d’inhumation remplie d’air dont la fouille a confirmé qu’elle renfermait des restes humains [10]. Comme les autres méthodes géophysiques, il a l’avantage d’être non destructif, rapide et économe, et d’éviter de perturber inutilement les restes [11]. Le choix de la fréquence conditionne le résultat, et l’étude de référence menée sur dix ans est claire sur ce point. Les fréquences moyennes, de 225 à 450 MHz, offrent le meilleur compromis entre résolution, profondeur d’investigation, faible nombre de fausses anomalies et rapidité d’acquisition, une enveloppe entourant le corps constituant par ailleurs un excellent réflecteur [12]. La principale limite du géoradar est qu’il perd beaucoup de son efficacité dans les sols argileux ou très conducteurs, ce qui impose alors de lui adjoindre d’autres capteurs [10].
La résistivité électrique
La tomographie de résistivité électrique mesure la façon dont le sol s’oppose au passage d’un courant, un corps en décomposition et le sol remanié modifiant localement cette résistance. Elle est souvent complémentaire du géoradar et prend le relais là où celui-ci échoue. La même étude longitudinale sur dix ans montre que le signal évolue au fil du temps, ce qui est capital pour les affaires anciennes. Une inhumation nue produit de grandes anomalies de faible résistivité pendant environ quatre ans, après quoi le corps devient difficile à imager, tandis qu’une inhumation enveloppée génère de petites anomalies de forte résistivité durant quatre ans, puis de plus vastes anomalies qui restaient détectables jusqu’au terme des dix années de suivi [12]. Ces mêmes travaux recommandent de recourir à la résistivité dans les sols argileux, précisément là où le géoradar perd son efficacité, et de mener conjointement les deux méthodes lorsque l’on ignore si le corps a été enveloppé [12][13]. Ils montrent aussi que les relevés d’hiver et de printemps offrent les meilleures chances de détection [12]. Le fait que les affaires non résolues (coldcases) soient réexaminées environ tous les dix ans confère à ces suivis de longue durée une portée très concrète pour les enquêteurs [12].
Les autres capteurs géophysiques
D’autres instruments complètent l’arsenal souterrain. La mesure de conductivité électromagnétique cartographie rapidement la conductivité globale du sol et aide à suivre la migration des fluides de décomposition du corps, comme l’a montré ce même suivi colombien qui a combiné drone, géoradar, résistivité et conductivité sur quatre à huit ans [6]. La magnétométrie et la mesure de susceptibilité magnétique détectent surtout les objets ferromagnétiques et les contrastes du sol remanié ou brûlé, si bien qu’elles visent davantage les objets associés à une inhumation que le corps lui-même, la susceptibilité magnétique ayant néanmoins été proposée comme outil de recherche [14][15]. Les détecteurs de métaux, enfin, restent utiles pour localiser des éléments métalliques enfouis avec la victime, bijoux, projectiles, outils ou fil d’emballage.
IV. Quand le vivant révèle la mort, végétation, champignons et chimie du sol
La végétation perturbée
Une sépulture agit sur la flore de deux manières complémentaires. Le fait de creuser un trou détruit d’abord la végétation en place, qui est ensuite recolonisée par des espèces rudérales, ces plantes qui s’installent les premières sur les sols remaniés, formant une tache distincte du couvert environnant. En parallèle, la décomposition cadavériques libère des nutriments susceptibles de stimuler la croissance, ou au contraire des composés en excès qui la freinent. Un essai expérimental portant sur cinq carcasses de porc enterrées en Italie, avec relevé mensuel de chaque plant pendant un an, a confirmé que l’inhumation modifie les communautés végétales à la fois par la perturbation mécanique et par l’altération du bilan nutritif [16]. Ces changements sont parfois subtils mais durables, et ils sont d’autant plus lisibles dans les milieux naturellement pauvres, où l’apport soudain de nutriments favorise une flore nettement différente au-dessus du corps [16]. L’un des marqueurs chimiques associés, l’afflux d’azote réactif à la ninhydrine dans le sol de sépulture, a d’ailleurs été mesuré au cours de la décomposition [19]. Cette approche botanique, déjà intégrée dès 1992 aux démarches multidisciplinaires de détection des fosses [17], est aujourd’hui documentée par plusieurs études de terrain [18].
La couleur du couvert végétal, une piste séduisante mais fragile
Parmi les indices végétaux, l’idée que la cime des arbres ou la couleur des feuilles trahisse un corps enfoui est la plus spectaculaire, et c’est aussi celle qu’il faut manier avec le plus de précaution. Elle relève pour l’heure de la recherche exploratoire et non d’une méthode validée pour l’enquête judiciaire. Des chercheurs ont proposé de transformer le couvert végétal, habituellement considéré comme un obstacle, en atout, en imaginant que le phénotypage des plantes par satellite ou par drone puisse repérer un apport massif d’azote ou des signes de stress comme la chlorose [20]. Selon eux, la rapidité avec laquelle une plante réagit à cet afflux d’azote pourrait modifier la couleur et la réflectance de son feuillage, mais ils rappellent aussitôt que d’autres grands mammifères, un cerf par exemple, meurent également dans les lieux où des personnes disparaissent, ce qui ouvre la voie aux faux positifs [20]. À ce stade, la couleur du feuillage de la cime des arbres constitue une hypothèse de travail prometteuse, à présenter comme telle et non comme un procédé opérationnel.

Les champignons, marqueurs discrets des sépultures
La mycologie forensique offre un indice moins connu et plus surprenant. Deux groupes de champignons proches, les champignons ammoniophiles et les champignons dits de post-putréfaction, sont associés aux produits de décomposition des cadavres, et leurs sporophores ont été observés dans des boisements du monde entier, marquant parfois les sites de sépulture selon des successions caractéristiques [21]. Ces champignons se développent dans les sols riches en composés azotés, l’ammoniac libéré par la décomposition étant nécessaire à leur fructification, ce qui explique leur affinité avec les fosses peu profondes [21]. Certaines espèces du genre Hebeloma ont même acquis le surnom de champignon découvreur de cadavres, à l’image d’Hebeloma syrjense, dont le statut taxonomique reste néanmoins discuté [21]. Deux limites imposent une grande prudence. D’une part, aucun cas judiciaire publié n’a établi que des champignons aient permis de localiser un corps, la valeur de ces observations restant à démontrer pour la pratique [23]. D’autre part, les espèces qui colonisent le sol autour d’une sépulture ne se confondent pas avec celles qui poussent directement sur la dépouille, si bien qu’il faut se garder d’assimiler tout champignon présent sur un corps à un marqueur de tombe [21][23]. La piste est réelle et documentée depuis les travaux fondateurs sur les champignons ammoniophiles [22], mais elle demeure un outil d’appoint en cours d’évaluation.

Découverte de champignons Hebeloma syrjense en zone forestière. Crédit : ForenSeek
L’îlot de décomposition et la signature chimique du sol
Sous la plupart de ces indices se trouve un même phénomène, la transformation locale du sol par la décomposition. Les scientifiques parlent d’îlot de décomposition cadavérique pour décrire cette zone enrichie en composés issus du corps, véritable point chaud biochimique où l’azote, le phosphore et d’autres éléments affluent dans le sol sous-jacent [24]. Les données récentes obtenues sur cadavres humains quantifient cet enrichissement. Une étude de 2025, première du genre à mesurer les isotopes stables du carbone et de l’azote dans les sols de sépulture humains, montre que la teneur en azote du sol fait plus que doubler entre le dixième et le quinzième jour, passant d’environ 0,4 à 1,05 %, tandis que la signature isotopique de l’azote, le δ15N, s’enrichit de quinze à vingt pour mille au cours du premier mois et reste élevée ensuite [25]. Fait notable pour l’enquête judiciaire, ce marqueur peut trahir un îlot de décomposition même lorsque le corps a été déplacé [25]. Ces indicateurs, azote, phosphore, acidité, conductivité et isotopes, deviennent exploitables par prélèvement une fois une zone suspecte identifiée, et ils s’accompagnent d’un bouleversement des communautés microbiennes du sol qui suit la progression de la décomposition [24]. Cette signature chimique constitue le socle objectif sur lequel reposent, à des degrés divers, la botanique, la mycologie et la détection d’odeur.
V. Suivre l’odeur, chiens et détection instrumentale
Les chiens de recherche de restes humains
Sur le terrain, le chien demeure l’un des moyens les plus efficaces pour localiser une dépouille. Ces animaux sont entraînés à repérer les composés organiques volatils émis par la décomposition, ces molécules odorantes qui diffusent dans le sol et l’air. Les performances mesurées sont notables. Sur des sols de sépulture, les chiens ont donné près de 93 % de réponses correctes, et ils ont détecté la présence de restes dans le sol jusqu’à 915 jours après le décès, l’échantillon le plus ancien étant reconnu dans 100 % des cas [26]. Un programme de terrain avait auparavant établi un taux de récupération d’environ 81 % [27], et l’analyse chimique a identifié plusieurs composés signatures au-dessus d’inhumations humaines [28]. La texture du sol influence toutefois le résultat, car elle conditionne l’échappement des gaz de décomposition, un sol sableux facilitant une réponse plus rapide qu’un sol argileux [29]. Ces atouts s’accompagnent de limites qu’il faut assumer. Les chiens spécialisés sont coûteux à former et à entretenir, ne travaillent que par courtes périodes, peuvent produire de fausses alertes et ne peuvent pas indiquer précisément ce qu’ils détectent [30].
Le nez électronique
Pour objectiver ce flair et en compenser les contraintes, la recherche développe des nez électroniques capables d’analyser les composés volatils. Un dispositif portable, le NOS.E, a détecté et différencié une gamme de molécules liées à la décomposition avec une sensibilité moyenne de l’ordre de huit parties par million, et a distingué un donneur humain de témoins dès le troisième jour suivant le décès, tout en offrant portabilité, rapidité et coûts inférieurs à ceux des chiens et des instruments de laboratoire [31]. Les approches les plus récentes couplent des réseaux de capteurs à l’apprentissage automatique, un nez électronique à trente-deux capteurs à oxyde métallique ayant classé les échantillons post mortem et ante mortem avec 98,1 % de justesse, et distingué les tissus humains des tissus animaux avec 97,2 % de justesse [32]. La limite pratique tient à la dispersion de l’odeur, un appareil fixe pouvant manquer un panache dilué, et à la matrice échantillonnée, le sol et l’air ne livrant pas exactement les mêmes composés, ce qui invite à prélever les deux [31][33]. Le nez électronique ne remplace pas encore le chien, mais il en constitue un complément prometteur et reproductible.
VI. De l’anomalie à la preuve, confirmer et exhumer
Aucune de ces méthodes non intrusives ne prouve à elle seule la présence d’un corps, car toutes signalent une anomalie qu’il faut confirmer. Après le géoradar viennent le sondage ciblé, réalisé par carottage ou à l’aide d’une sonde métallique dont on sent les gaz, puis les prélèvements de sol, de végétation ou d’eau, avant le décapage progressif et la fouille complète [4]. Cette dernière étape relève de l’archéologie et de l’anthropologie forensiques, seules à même de dégager les restes selon une méthode rigoureuse qui préserve leur position, les traces associées et la valeur probante de l’ensemble [34]. C’est ce passage maîtrisé de l’anomalie détectée à l’exhumation documentée qui transforme une hypothèse de localisation en preuve utilisable devant une juridiction.
Synthèse comparative des méthodes
Le tableau suivant récapitule les principales méthodes, ce qu’elles cherchent à détecter, leurs conditions favorables, leur limite majeure et leur caractère plus ou moins intrusif.
| Méthode | Ce qu’elle vise | Conditions favorables | Limite principale | Invasivité |
| Photographie aérienne, micro-relief | Perturbation du relief | Terrain dégagé, tombe récente | Traces fugaces, masquées par la végétation | Nulle |
| LiDAR | Micro-dépressions sous couvert | Zones boisées, sol nu modélisable | Détecte le relief, pas le corps | Nulle |
| Imagerie multispectrale et hyperspectrale | Stress végétal, sol remanié | Après recolonisation, quelques mois | Résultats variables, sensible au sol nu | Nulle |
| Imagerie thermique par drone | Contraste thermique du sol remanié | Milieux arides, transitions du jour | Fenêtre étroite, très dépendante des conditions | Nulle |
| Géoradar | Fosse, corps, cavité | Sols sableux ou secs, corps enveloppé | Échoue en sol argileux ou conducteur | Nulle |
| Résistivité électrique | Anomalie de résistivité du sol | Sols argileux, conditions humides | Signal qui évolue et s’estompe avec le temps | Nulle |
| Conductivité électromagnétique | Fluides de décomposition, sol remanié | Cartographie rapide de grandes zones | Résolution moindre que la résistivité | Nulle |
| Magnétométrie, susceptibilité | Objets ferreux, sol brûlé | Objets métalliques associés | Vise l’objet plus que le corps | Nulle |
| Végétation, botanique | Changement de communauté végétale | Sols pauvres, suivi dans le temps | Indice subtil et peu spécifique | Faible |
| Couleur du couvert (phytoforensique) | Réflectance et chlorose induites | Concept, à valider | Non validé, faux positifs (faune) | Nulle |
| Champignons marqueurs | Sporophores liés à la décomposition | Boisements, fructification saisonnière | Aucune validation judiciaire, présence transitoire | Faible |
| Chimie du sol, îlot de décomposition | Signature azote, isotopes | Zone déjà présélectionnée | Nécessite un prélèvement ciblé | Faible |
| Chiens de recherche | Composés volatils de décomposition | Sol meuble, sessions courtes | Coût, fatigue, fausses alertes, résultat non explicable | Nulle |
| Nez électronique | Composés volatils objectivés | Prélèvements sol et air | Dispersion du panache, technologie jeune | Faible |
| Sondage, archéologie forensique | Confirmation et exhumation | Zone restreinte confirmée | Destructif, lent | Élevée |
Conclusion
La recherche d’un corps enfoui n’est donc pas l’affaire d’un capteur miracle, mais d’une chaîne cohérente où le renseignement délimite le terrain, où la télédétection et la géophysique repèrent des anomalies, où la botanique, la mycologie et la chimie du sol apportent des indices convergents, et où la fouille confirme. La réussite dépend toujours du type de sol, du climat, de la profondeur, du délai écoulé et de la façon dont le corps a été enfoui. La bonne question n’est donc jamais seulement quelle méthode employer, mais quelle méthode employer, à quel moment et dans quel sol. Dans une affaire comme celle de Delphine Jubillar, des aveux et une indication de lieu ne referment pas la recherche, ils la rouvrent, et c’est précisément cet arsenal scientifique qui devra convertir une déclaration en localisation, puis une localisation en une dépouille enfin rendue aux siens.
Références :
[1] Affaire Jubillar, de la disparition de Delphine aux aveux de Cédric. CNews, 6 juillet 2026. Aveux confirmés par La Dépêche du Midi et l’Agence France-Presse.
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